Les indépendantistes canadiens ont gagné les élections. Pauline Marois, une victoire douce-amère

Pauline Marois salue ses partisans, au siège du Parti québécois, au soir de la victoire. Mais les lendemains ne s’annoncent pas flamboyants pour les souverainistes, contraints à un gouvernement minoritaire. © AFP.

PORTRAIT

De notre correspondant à Montréal

Une mince victoire qui freine l’ordre du jour du PQ », a titré en une le quotidien anglophone montréalais The Gazette mercredi matin. Pauline Marois formera un gouvernement minoritaire. Le PQ – parti québécois – a obtenu 32 % des voix, contre 31 % au Parti libéral, 27 % à la CAQ (Coalition avenir Québec) et 6 % à Québec solidaire (gauche). Sur 125 sièges à l’Assemblée nationale, la future cheffe du gouvernement ne pourra compter que sur 54 députés et sur le soutien de deux députés de Québec solidaire. Pas assez pour obtenir la majorité, fixée à 63 parlementaires. Lors d’un vote de confiance, les 50 députés libéraux, alliés aux 19 députés de la CAQ, pourraient aisément défaire le gouvernement souverainiste.

Victoire personnelle

La nouvelle équipe aura du mal à abolir la hausse des frais de scolarité, qui ont mené les étudiants à l’une des plus grandes grèves de l’histoire du Québec. Elle peinera aussi à faire voter une loi renforçant l’usage du français au Québec ainsi qu’une charte de la laïcité. Elle devra rassurer la communauté d’affaires, « inquiète », selon le président du conseil du patronat, Yves Thomas Dorval. Dans ce contexte, un référendum sur l’indépendance est repoussé aux Calendes grecques. La patronne du PQ devrait disposer d’un répit, un an à 18 mois, avant que son gouvernement ne soit renversé, la durée de vie moyenne des gouvernements minoritaires.

Mais pour Pauline Marois, ces résultats sont surtout une victoire personnelle. « Pour la première fois, le gouvernement du Québec sera dirigé par une femme », a-t-elle déclaré, au soir de sa victoire. À 63 ans, la députée de Charlevoix réalise le rêve de toute une vie. Car Pauline Marois a souvent connu les défaites. Au milieu des années 1980, puis en 2005, dans sa course à la tête du Parti québécois tout d’abord. Sa nomination à la tête du PQ en 2007 a été une revanche pour cette femme ambitieuse, tenace et féministe qui a occupé plus d’une dizaine de postes ministériels au cours des 35 dernières années.

Son accession comme Première femme à la tête du gouvernement québécois est une consécration. Pauline Marois a longtemps traîné comme un boulet son image de grande bourgeoise. Mère de 4 enfants, elle a été raillée pour son train de vie et son manoir montréalais qu’elle partage avec son époux multimillionnaire. Cette politicienne d’expérience, unanimement reconnue pour sa connaissance des dossiers, a toujours eu du mal à se faire accepter par les militants.

Elle est perçue comme une « souverainiste molle ». Les militants doutent qu’elle mène le Québec à l’indépendance. Depuis 5 ans, elle martèle d’ailleurs que « le Parti québécois doit rompre avec le piège de l’obligation référendaire ». Elle n’a pas changé de position. Femme de compromis, Pauline Marois devra faire preuve de tous ses talents de négociatrice pour ne pas être « l’étoile filante » du PQ.

LUDOVIC HIRTZMANN
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