Somalie Le Parlement a élu un président issu de la société civile

Même si ce ne sont pas les citoyens qui votent, le président de transition sortant, Sharif Cheikh Ahmed, candidat à sa réélection, a fait placarder des affiches à Mogadiscio. Selon l’ONU, son gouvernement a détourné systématiquement les fonds humanitaires… © Feisal Omar/REUTERS.

Le Parlement somalien a mené ce lundi une procédure de vote pour élire le prochain président. Quand on lit cette phrase, on pourrait avoir l’impression que la Somalie est un pays normal, qui aurait comme particularité une élection indirecte du chef de l’Etat. Il n’en est pourtant rien…

La Somalie n’a plus de vrai gouvernement depuis 1991, 21 années durant lesquelles le pays a été à la merci de groupes armés, de querelles entre chefs de clans. Depuis 2000, l’ONU tente d’y mettre sur pied une transition politique avec des résultats très mitigés. Vu l’absence de sécurité sur le terrain, les députés n’ont pas été élus mais désignés par des chefs coutumiers après de savants marchandages entre clans.

La démocratie n’a donc pas grand-chose à voir avec ce renouvellement des institutions politiques somaliennes, institutions dont l’autorité se limite d’ailleurs à quelques quartiers du centre de Mogadiscio, tenus par les troupes du gouvernement. Le reste de la sécurité est assuré une force de l’Union Africaine (AMISOM) soutenue par l’ONU, et par les troupes éthiopiennes et kenyanes qui ont repoussé les milices islamistes des Shebab au sud et au centre du pays.

Cette élection, qui aurait dû être finalisée le 20 août, date officielle de la fin de quatre années de transition, a cependant été saluée comme « une des dates les plus importantes de l’histoire de la Somalie » par l’envoyé spécial des Nations unies, Augustine Mahiga. Un enthousiasme qui semblait très exagéré : plusieurs des personnalités en lice pour le poste étaient soupçonnées de corruption et notamment de détournement d’aide humanitaire. A commencer par le président sortant, Sharif Cheikh Ahmed, candidat à sa propre succession : un récent rapport de l’ONU estime que, durant sa présidence, « détournements de fonds systématiques, accaparement pur et simple de fonds et vols d’argent public sont devenus des systèmes de gouvernement ». Près de 70 % des aides humanitaires reçues par ce gouvernement auraient été détournés.

Mais le verdict, surprenant, tombé lundi soir, apparaît clairement comme un signe d’espoir : c’est un outsider issu de la société civile, l’universitaire Hassan Cheikh Mohamoud, 56 ans, qui a recueilli la majorité absolue des suffrages au second tout de scrutin.

Autre indice positif : depuis août 2011, les Shebab ont été chassés de la capitale par les militaires de l’AMISOM, et la vie a repris. Le bruit des armes automatiques a été remplacé par celui d’innombrables chantiers. De très nombreux Somaliens qui s’étaient installés à l’étranger reviennent et investissent. Des restaurants s’ouvrent où l’on peut manger des langoustes fraîchement pêchées dans l’Océan Indien, les commerces occupent à nouveau des bâtiments qui étaient partiellement détruits. On assiste à un véritable boom économique, nourri par l’injection de dizaines de millions de dollars arrivés de l’étranger. Des milliers d’emplois sont créés, qui commencent aussi à attirer les jeunes membres de milices armées : il devient plus intéressant pour eux de travailler que de continuer à tuer…

Les habitants de la capitale sont aussi revenus sur la plage du Lido, proche du centre-ville. L’an dernier, la ligne de front ne passait pas très loin. Quand le gouvernement a décidé de rouvrir la plage au public, il y avait encore des cadavres et des ossements humains. Maintenant, les familles vont y pique-niquer…

Depuis que le calme est revenu et que les islamistes sont partis, des concerts ont même été organisés au Théâtre National : les premiers depuis 20 ans. Le théâtre avait surtout servi de dépôt d’armes et puis de toilettes publiques…

Mais cette renaissance de Mogadiscio est précaire : si les militaires étrangers se retiraient, le chaos reviendrait. Où trouver une solution durable ? Pour Alex De Waal, de la World Peace Foundation, le premier tort des Occidentaux a été d’appuyer jadis le gouvernement brutal et corrompu du dernier « vrai » président somalien, Siad Barre, qui a mené à la désintégration de la Somalie. Les Somaliens gardent d’ailleurs une vraie méfiance face au type de gouvernement, artificiel et de plus corrompu, que, tentant de bien faire, la communauté internationale veut leur imposer.

Dans le nord du pays, les Somaliens entre eux ont réussi à se mettre d’accord et ont créé, sans aide extérieure, un petit Etat démocratique et relativement prospère, le Somaliland. Pourquoi ne pas s’en inspirer ?

KIESEL,VERONIQUE
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