Une marée nationaliste déferle à Barcelone

Ils étaient un million et demi à réclamer l’indépendance de la Catalogne dans les rue de Barcelone, ce mardi. © Lluis Gene / AFP

reportage à Barcelone

In – Inde – Independencia », hurlaient un million et demi de manifestants en défilant mardi à Barcelone, à l’occasion du Jour de la Catalogne et à l’appel des indépendantistes qui accusent l’Etat central d’entraîner cette grande région endettée dans la spirale de la crise. « Le peuple catalan a répondu d’une façon magnifique » à l’appel, a affirmé Carme Forcadell, présidente de l’Assemblée nationale catalane (ANC), une association organisatrice de la manifestation, au début du défilé parti du centre-ville de Barcelone (nord-est) jusqu’aux abords du Parlement de la région.

La police catalane a chiffré le nombre de manifestants, souvent jeunes mais également venus en famille, à 1,5 million, tandis que la presse soulignait une participation sans précédent depuis le défilé historique de 1977 pour l’autonomie de la région. Fait exceptionnel, les organisateurs ont réussi, malgré des dissensions, à rassembler quasiment toutes les autres organisations indépendantistes ou souverainistes sur un parcours unique.

Dans une ambiance festive, deux heures avant le début du défilé, les rues du centre avaient déjà été envahies par une marée humaine aux couleurs rouge et jaune du drapeau catalan et du drapeau indépendantiste, le même mais frappé d’une étoile blanche sur un triangle bleu. La foule était si nombreuse que plusieurs manifestants ont emprunté d’autres chemins que le parcours prévu. Des heures après la fin du défilé qui s’est disloqué dans le calme, rues et bars étaient remplis de manifestants.

« Que veut cette foule ? Un nouvel Etat d’Europe. Que veulent ces gens ? Une Catalogne indépendante », hurlaient en catalan les manifestants venus en famille et entre amis. « La crise donne des arguments pour l’indépendance », affirme Mar Tarres, une avocate de 24 ans venue avec des amis de Terrassa, à 40 kilomètres à l’ouest de Barcelone, arborant un drapeau indépendantiste sur les épaules. « Il y a le sentiment qu’il y a plus de coupes ici parce que nous payons pour les autres. Par exemple, il y a des régions où ils ont construit des aéroports sans avion comme à Castellon » (Valence), ajoute-t-elle.

« Nous sommes totalement spoliés et l’argent de nos impôts se perd à Madrid », s’emporte aussi Eva Garcia, une étudiante en histoire de 21 ans. « Le système de solidarité entre régions est injuste. L’Allemagne le fait mieux que nous », renchérit Oriol Trullas, conseiller financier de 24 ans.

Le gouvernement nationaliste (CiU) de Catalogne avait lui-même appelé à une participation massive, décidé à faire pression sur Madrid pour revoir le pacte budgétaire qui définit combien l’Etat, qui collecte l’impôt, reverse à la région. « S’il n’y a pas d’accord sur le terrain économique, vous savez que la voie de la Catalogne vers la liberté est ouverte », a menacé le président de la région, Artur Mas, mardi.

D’autant que selon un sondage réalisé en juillet et publié dans le journal La Vanguardia, 51,1 % des Catalans voteraient « oui » aujourd’hui à l’indépendance en cas de référendum, contre 36 % en mars 2001. Selon la Catalogne, l’Etat, qui collecte l’impôt, ne reverse pas assez à la région qui représente, avec environ 200 milliards d’euros, un cinquième du produit intérieur brut annuel du pays.

INGRID BAZINET, AFP
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