Union européenne La Cour de Karlsruhe a débouté les opposants au Mécanisme européen de stabilité

José Manuel Barroso à la tribune du Parlement européen, mercredi à Strasbourg : un plaidoyer pour transformer l’Union européenne en une fédération d’Etats-nations. © CHRISTIAN LUTZ/ AP.

DE NOTRE ENVOYÉ SPÉCIAL à STRASBOURG

José Manuel Barroso vient juste de se rasseoir. Une heure durant, le président de la Commission européenne a plaidé ce mercredi matin à Strasbourg, debout devant les eurodéputés, pour un renouveau de l’Union et sa transformation en une « fédération d’Etats-nations » à la fois compétitive dans la mondialisation et capable de protéger son « économie sociale de marché ».

Soudain, le président socialiste du Parlement européen Martin Schulz interrompt le leader libéral Guy Verhofstadt, appliqué à répondre : la Cour de Karlsruhe vient de débouter les opposants au Mécanisme européen de stabilité (MES), le futur Fonds monétaire de la zone euro.

Soulagement dans l’hémicycle. Applaudissements. Les fédéralistes convaincus, comme Daniel Cohn-Bendit, profitent de l’aubaine pour moucher les parlementaires eurosceptiques britanniques, prompts à invectiver Barroso. « L’Europe s’en sortira malgré vous », tonne l’eurodéputé écologiste.

Les réserves des magistrats allemands sur le MES sont ignorées. L’inquiétude sur les résultats des législatives néerlandaises, attendus en soirée, est mise entre parenthèses. Déjà, les premiers communiqués optimistes tombent sur les portables et les tablettes, y compris sur l’iPad que le président Barroso consulte dans l’assemblée. Angela Merkel, victorieuse, se félicite au Bundestag de cette « bonne journée pour l’Europe ». Le Premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker, président de l’Eurogroupe, annonce une réunion du conseil du MES le 8 octobre, tout en fixant son activation « au plus tôt au 1er janvier 2013 ».

Le commissaire au marché intérieur Michel Barnier, à Strasbourg pour présenter son projet de supervision bancaire unique confiée à la Banque centrale européenne (BCE), respire. Un rejet du MES aurait tout bloqué. L’Espagne, sur le point de solliciter l’aide de la zone euro, se serait retrouvée acculée. La Grèce, pour laquelle Daniel Cohn-Bendit vient d’estimer « qu’une rallonge sera de toute façon nécessaire », aurait probablement dévissé. « Ça sent le tournant. La digue est renforcée », confie un conseiller de Michel Barnier.

L’attention, dès lors, peut se reporter sur le discours de José Manuel Barroso. Un MES dans l’impasse aurait ruiné à coup sûr les efforts du chef de l’exécutif communautaire tout à sa vision de l’avenir de l’UE. Mais là, ses mots résonnent. « En finir avec cette conception des sommets européens-matchs de boxes » ; « il faut redonner une direction à l’Europe, oser la repenser » ; « les pays les plus puissants de l’UE ne doivent plus alimenter les doutes sur leur sens des responsabilités », « un changement des Traités européens sera requis pour cette Fédération d’Etat-nations qui ne sera pas un super-Etat »…

Les échéances aussi redeviennent crédibles. Les 18 et 19 octobre, le prochain sommet européen examinera un rapport d’étape de la Commission sur l’approfondissement de l’Union économique. En décembre, un rapport final sur l’Union bancaire et une plus grande intégration politique et budgétaire sera remis aux Vingt-Sept…

Litanie de dates et d’ambitions, une fois de plus ? En partie. Le blocage des négociations sur la fiscalité au sein de l’UE que dénonce Barroso démontre combien les actes diffèrent des promesses. Idem pour le budget communautaire 2014-2020, « outil indispensable à la relance » selon le président de la Commission, mais pilonné par les capitales. Le feu vert au MES offre un répit, pas un tremplin. D’autant qu’aux Pays-Bas, pays fondateur, les critiques contre l’Europe ont dominé la campagne électorale.

Et maintenant ? Dès vendredi, les ministres des Finances de l’UE seront à Chypre pour parler de l’Espagne, faire le point sur les réformes en Grèce et au Portugal, et entamer leurs négociations sur la future supervision bancaire unique à propos de laquelle, pour des raisons différentes, l’Allemagne et le Royaume-Uni ont de fortes réticences. « Il faudra au moins un an pour verrouiller tout », prédit un eurodéputé familier des discussions.

Les grandes manœuvres financières se poursuivront donc en 2013. Avec l’espoir qu’en 2014, l’année des prochaines élections européennes, la politique puisse reprendre ses droits. José Manuel Barroso a encouragé les grands partis à présenter chacun un candidat pour lui succéder. Soit. Mais d’ici là, l’UE reste en mode « sauvetage ».

P. 25 l’union bancaire

WERLY,RICHARD
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