Pays-Bas Libéraux et travaillistes l’emportent sur l’euroscepticisme

Victoire des libéraux du Premier ministre sortant Mark Rutte crédités de 41 sièges de députés (sur 150) © AFP PHOTO

Analyse

Après la décision de la justice allemande de donner son feu vert au plan de lutte contre la crise de l’euro (lire ci-dessous), le verdict des élections législatives néerlandaises a l’heur de soulager ce matin Européens convaincus et milieux patronaux. Le bord pro-européen représenté par les libéraux et les travaillistes l’a en effet largement emporté hier aux Pays-bas, rassurant tous ceux qui avaient craint l’euroscepticisme des populistes de Geert Wilders et des socialistes (SP, gauche « dure ») d’Emile Roemer.

Ces résultats nous apprennent aussi que si une majorité des Néerlandais font confiance à l’Europe pour sortir de la crise, ils se partagent presque équitablement entre ceux qui prônent l’austérité et ceux qui placent leurs espoirs dans la relance. Le Premier ministre sortant Mark Rutte et ses libéraux (VVD), qui se sont attachés à assainir les finances publiques dans le précédent gouvernement, sont récompensés par l’électeur, lequel a fortement accru hier leur présence au Parlement. Et comme s’il avait fallu donner le change, les partisans de la relance en ont fait autant pour les travaillistes.

A l’heure de boucler cette édition, les deux partis qui remportaient chacun une quarantaine de sièges (sur 150) restaient au coude-à-coude, l’élection attendant le nom de son vainqueur.

La victoire des partis pro-européens s’accompagne d’une débâcle totale pour Geert Wilders et son Parti de la liberté (PVV), deux ans seulement après sa montée en puissance lors des législatives de 2010.

Cette fois, le vent semble bien avoir tourné pour les populistes, La perte de crédit de Wilders et de ses thèses xénophobes et antieuropéennes est énorme. « J’en suis tombé de ma chaise », a déclaré mercredi soir le député, reconnaissant sa défaite. « Mais notre lutte contre l’Europe et l’immigration est plus que jamais nécessaire. Les plus belles années du parti sont devant nous ».

L’espoir déçu des socialistes

Opposé à l’« Europe de Bruxelles » et à son libéralisme, les socialistes se contentent d’un statu quo par rapport à 2010, alors que des mois durant les sondages leur avaient promis monts et merveille. Une défaite donc, l’ancien leader du SP Jan Marijnissen jugeant dès hier soir que son parti resterait sans nul doute sur les bancs de l’opposition.

Enfin, pour les chrétiens-démocrates du CDA, associés au précédent gouvernement avec les libéraux et plus largement à la conduite du pays depuis des décennies, c’est une nouvelle bérézina.

Les libéraux sortent rassérénés de cette élection. « Ce résultat montre un très large soutien aux Pays-Bas pour la politique de Mark Rutte, cela montre que réaliser des économies est la bonne chose à faire », a déclaré le libéral Uri Rosenthal, ministre des Affaires étrangères dans le gouvernement sortant.

Mais il reste maintenant à former une équipe gouvernementale, ce qui risque de prendre des semaines, sinon des mois.

Les analystes avaient majoritairement parié ces derniers jours sur une victoire au coude-à-coude des libéraux de Mark Rutte et des travaillistes de Diederik Samsom. « Une coalition entre les libéraux et les travaillistes semble inévitable », assurait la Rabobank dans un rapport. La banque estimait toutefois qu’un gouvernement de gauche, incluant notamment travaillistes et socialistes, et que redoute le secteur financier, ne serait pas totalement exclu, surtout si les travaillistes terminaient en tête des élections.

Les milieux européens auraient dans ce cas quelques soucis à se faire. Le SP, qui avait mené en 2005 la fronde contre la Constitution européenne avant qu’elle ne soit rejetée par référendum, affirme vouloir une Europe solidaire, mais pas une Europe du grand marché.

La présence des libéraux dans le prochain gouvernement les rassurera au contraire : ceux-ci souhaitent ramener le déficit public sous la barre des 3 % dès 2013, comme l’exige Bruxelles, grâce à un vaste programme de coupes budgétaires, alors que les travaillistes préfèrent parler de croissance et de relance.

DOMINIQUE BERNS,PASCAL MARTIN
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