René Thierry nous a quittés

Pionnier de l'info télé, René Thierry avant commencé à l'INR en 1965, alors que l'information télévisée n'était encore qu'une succursale de la radio © Alain Dewez/ Le Soir

Quand la nouvelle tombe et qu’on l’annonce à ses collègues, c’est le choc : à peu près tous les jeunes en dessous de 30 ans vous répondent : « Qui ? » Alors, pour ces « gamins », et pour tous ceux qui se souviennent de lui, on revient sur la carrière de René Thierry, dont on a appris hier le décès à l’âge de 80 ans.

René Thierry (de son vrai nom René-Thierry Baetslé) fut un pionnier de l’info télévisée.

Un monde dans lequel il entre par hasard : il avait commencé par des études de médecine, avant de se tourner vers le journalisme à l’ULB. A ses débuts, en 1955-1956, il collabore au Peuple, à France Soir et même à Europe 1.

Il fait sa première expérience à ce qu’on appelle la Télévision expérimentale à la même époque, de façon étonnante : l’INR avait acheté le documentaire tourné par un ami de René Thierry lors d’une expédition spéléologique dans les Pyrénées, expédition à laquelle le journaliste avait lui-même participé ; il fallait quelqu’un pour interviewer les membres de l’expédition en marge de la diffusion. Et voilà notre homme en direct sur antenne – à l’époque, les émissions n’étaient pas enregistrées. L’essai est concluant puisque le jour même, on lui propose de lire certains commentaires des Carnets de l’actualité.

Mais, pour être pris au sérieux, il passe l’examen de journaliste. Et fait de la radio – jusqu’en 1960, les infos télévisées ne sont qu’une succursale du Journal parlé, personne n’y croyant vraiment. Avec David Lachterman, Henri-François Van Aal et Robert Stéphane, les trois autres petits jeunes, ils insufflent un ton nouveau, moins engoncé, inspiré de ce que fait Europe 1 – ce qui leur vaut d’être surnommés « les fellaghas », en référence aux indépendantistes algériens.

En 1960, l’INR est devenu la RTB et la télé a un vrai statut. René Thierry y est logiquement l’un de ceux qui présentent le JT. Il s’occupe aussi de politique étrangère, couvrant la guerre d’Algérie, le Congo, le Proche-Orient. Il effectue aussi pas mal de reportages sur l’aéronautique – un sujet qui le passionne, lui qui a son brevet de pilote – et commente les défilés du 21 juillet. A partir des années 70, il fait de l’information régionale, alors que vient d’être lancé le Centre de production de Bruxelles. Dans les années 80, il est éditeur du JT. Il lance aussi la formule du JT dernière. Avant de revenir à la présentation, de la fin des années 80 à 1993.

René Thierry ne cesse, tout au long de sa carrière, de faire des allers-retours entre la télévision et la radio. Beaucoup se souviennent encore du direct radio de quatorze heures qu’il assure, en 1967, lors de l’incendie de l’Innovation à Bruxelles. Un vrai passionné de l’info qui est mortifié lorsqu’on le pousse vers la sortie, fin 1993, cinq ans avant l’âge de la retraite, dans le cadre du plan « Horizon 97 » – la RTBF est contrainte de faire des économies.

« Il n’avait pas froid aux yeux, il n’avait pas la crainte du puissant », se souvient François De Brigode, qui a été formé par René Thierry à la présentation pour JT dernière et qui rappelle le fameux « Morituri te salutant » envoyé en plein JT à Robert Stéphane, venu présenter « Horizon 97 ». « C’était un homme attachant, à l’humour parfois cinglant, à la contrepèterie parfois un peu lourde, mais un grand professionnel, qui avait pour exigence de poser la bonne question. »

GORISSEN,AGNES
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