La colère essaime contre le brûlot anti-islam

à Karachi, au Pakistan, des protestataires sunnites ont enflammé le drapeau américain et une poupée à l’effigie d’Obama. © AFP

Du Niger à Borgerhout, Gand et Bruxelles, de Kaboul à Paris, du Pakistan à Sydney, de l’Indonésie à Londres et Amsterdam : le grossier brûlot anti-islam L’innocence des musulmans, un « film » amateur réalisé aux Etats-Unis, a continué à faire des vagues ce week-end, en Asie, au Moyen-Orient, en Afrique et même en Europe. Les protestations ont toutefois pris un caractère moins violent qu’en fin de semaine dernière, lorsque certains extrémistes avaient pris le parti de répondre à la haine par la haine violente : au moins onze personnes ont été tuées jeudi et vendredi lors d’affrontements avec les forces de l’ordre, au Yémen, à Tunis, au Soudan et au Liban. A Sanaa, la capitale yéménite, une manifestation contre la présence de marines américains, a même été annulée dimanche, faute de participants…

Reste que le déchaînement d’indignations lié à cette obscure vidéo islamophobe ne finit pas d’étonner, et d’inquiéter.

Les USA, déjà très présents militairement dans la zone arabo-musulmane, ont envoyé des forces en renfort pour répondre aux troubles. Samedi, Washington a ordonné le départ du personnel diplomatique « non essentiel » et de leurs familles des ambassades américaines au Soudan et en Tunisie. Le Département d’Etat a aussi invité ses ressortissants à éviter la Tunisie pour le moment. De même, la Belgique déconseille depuis ce week-end les « voyages non essentiels » au Soudan et conseille aux Belges présents « de rester chez eux jusqu’à ce que la situation se calme ». Le Canada a aussi fermé hier ses missions diplomatiques en Egypte, en Libye et au Soudan.

Si des milliers de musulmans ont manifesté dans le calme leur colère face aux propos outrageux du film, d’autres ont saisi l’occasion pour exprimer parfois violemment un antiaméricanisme profond. Comme si l’acrimonie anti-US de l’ère du président Bush n’avait pas été effacée par la présidence Obama, pourtant marquée par des velléités de réconciliation (son fameux discours du Caire en 2009), puis le soutien à l’élan démocratique du Printemps arabe.

Il est vrai que certains leaders aujourd’hui portés au pouvoir dans ces pays sont issus de mouvances islamistes qui ont assis leur popularité avec un discours anti-Etats-Unis qui « soutenaient » les dictateurs en place… Par ailleurs, l’inaction ou l’impuissance à résoudre le conflit israélo-palestinien, l’Afghanistan et les métastases d’Al-Qaïda suscitent aussi des résistances…

Alliance contre l’intolérance

Cela étant, l’immense majorité des musulmans, qui ont bien d’autres préoccupations sociales en tête, a préféré ignorer l’ignoble vidéo – on est loin des foules par millions de la place Tahrir contre Moubarak. Et on a même vu, en fin de semaine à Tripoli, des Libyens manifester leur soutien à l’ambassadeur américain Chris Stevens et aux trois fonctionnaires tués le 11 septembre à Benghazi.

Plusieurs leaders religieux de l’islam ont condamné ce week-end la violence, et le pape, en visite au Liban, a proposé à l’islam une alliance contre l’intolérance fondamentaliste violente.

PHILIPPE REGNIER
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