ArcelorMittal sanctionne Cockerill

Bloqué dans sa volonté de finaliser la fermeture de la phase à chaud, ArcelorMittal place les 2.000 emplois des usines du froid en sursis. © Dominique Duchesnes/Le Soir

La brutalité de l’annonce par ArcelorMittal du retrait d’un plan d’investissement de 138 millions d’euros au profit de Cockerill tranche avec l’enjeu qui motive sa décision : un blocage dans une négociation.

« Malgré tous les efforts développés jusqu’à ce dimanche soir, un accord unanime n’a pas été trouvé sur la finalisation de la procédure Renault pour fin octobre (…), dénonce la maison-mère de Cockerill, faisant référence aux négociations sociales relatives à la fermeture de la phase à chaud annoncée en octobre 2011. En conséquence et comme annoncé, le plan industriel mis sur la table par ArcelorMittal (…) a été retiré par le Groupe ce lundi matin. La prise de commande pour les produits du fer-blanc a également été arrêtée. »

Posé jeudi, l’ultimatum avait conduit la direction et les syndicats à négocier d’arrache-pied. Le compromis de 3 pages, qui en était à sa… 14ème version dimanche soir, visait à « finaliser le plus rapidement possible les accords nécessaires permettant de pérenniser les outils restant en activité dans la sidérurgie liégeoise (…), et lever les incertitudes juridiques actuelles relatives à la procédure Renault ».

C’est sur ce dernier point que les négociations ont bloqué, à la colère de la direction. L’enjeu ? La menace syndicale d’introduire des recours contre la procédure Renault, au motif qu’ArcelorMittal avait annoncé en octobre la perte de 581 emplois directs avant de la porter à 795 salariés. Or, pareil recours pourrait enclencher une… deuxième procédure Renault pour les 214 salariés concernés, dont le sort serait alors lié par les syndicats à celui de leurs 581 collègues. Bref, rien ne pourrait être bouclé avant des mois alors que le sidérurgiste s’impatiente, le seul maintien « en l’état » de la phase à chaud condamnée lui coûtant, dit-il, jusqu’à 5 millions par mois.

Côté syndical, on estime que l’ultimatum était intenable. « Impossible de négocier avec le couteau sur la gorge un plan social et un plan industriel de manière crédible d’ici le 31 octobre, affirme Jean-Luc Rader, secrétaire régional de la FGTB qui mène le front du refus. On nous demande d’accepter un plan industriel pour le froid, mais sans aucune garantie réelle, et de renoncer à tout recours individuel ou collectif alors que c’est la direction qui ne respecte pas la procédure légale. »

Négocier, la seule voie ?

Mais il y a manifestement davantage. « Ce qui se passe est très sérieux », commente Etienne Botton, le directeur de la communication de Cockerill. « Le groupe se demande si, oui ou non, Liège veut encore travailler avec ArcelorMittal. Et c’est d’autant plus inquiétant quand on sait que le site de Liège a enregistré une perte opérationnelle de 427 millions d’euros sur les 12 derniers mois. »

Pour Jordan Atanasov, secrétaire régional de la CSC, il n’y a pas d’autre choix que de forcer un retour aux négociations : « Le blocage est réel, il est complexe, et ArcelorMittal met brutalement ses menaces à exécution, regrette-t-il. Mais Mittal est le propriétaire des outils et c’est de lui que dépendent les investissements dans le froid et le maintien des 2.000 emplois concernés. »

Evoquant une « prise en otage » des outils par la multinationale, le ministre wallon de l’Economie, Jean-Claude Marcourt, entend mettre le dossier à l’ordre du jour du gouvernement wallon cette semaine. Qu’en ressortira-t-il ? Appelant les autorités wallonnes à soutenir leur projet alternatif de relance des hauts-fourneaux et à négocier avec ArcelorMittal la cession de ceux-ci, les syndicats sont en attente de l’étude, promise par le ministre de l’Economie, visant à tester la viabilité de leur projet – quitte à l’enterrer et à ouvrir la voie à la reconstruction de relations plus sereines avec la maison-mère de Cockerill.

« En réalité, rien ne bouge, déplore un cadre de Cockerill. Soit on accepte la fin du chaud et on travaille à l’avenir du froid via l’investissement promis de 138 millions. Soit on valide le projet alternatif de relance et on négocie avec Mittal, ce qui n’est pas gagné. Mais Mittal, lui, n’attend pas. Le blocage lui coûte de l’argent : en pareil cas, il n’hésite pas à trancher. »

BENOIT JULY
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