Philippe Gilbert sacré champion du monde

Le Belge a confondu ses détracteurs au terme d’une course parfaite © Belga

De notre envoyé spécial à Valkenburg

La perfection n’existe pas, surtout pas en sport. Pour reprendre une expression favorite du nouveau champion du monde : « Le vélo, ce n’est tout de même que du sport et le but, c’est d’offrir un peu de plaisir aux gens. Dans la défaite, quand cela va mal, je me dis toujours cela, c’est ce qui me permet de surmonter les échecs. Je suis surtout convaincu que la désillusion nourrit les performances futures. J’en suis l’illustration. » Philippe Gilbert a expliqué cela en anglais, dimanche soir à Val-kenburg devant le parterre de la presse internationale, impressionnée par tant de lucidité.

Ce n’est que du sport. Gilbert a raison mais quand il est pratiqué au niveau de l’excellence, à l’image de la performance de la sélection belge de cyclisme dimanche aux Pays-Bas, il est difficile de ne pas utiliser les superlatifs que le cyclisme a désappris à utiliser par crainte de le regretter le lendemain. Mais jamais avec Gilbert. La preuve.

Pour aboutir à un résultat que la Belgique espérait beaucoup, peut-être trop, depuis tant d’années. Cette médaille d’or qui se refusait à elle malgré les performances individuelles de ses représentants sur les courses d’un jour. Complémentaires et subjugués dès qu’une course en ligne se présente à l’horizon de leurs ambitions, Tom Boonen et Philippe Gilbert trustent depuis plusieurs années les titres sur les podiums des classiques. Au printemps mais en automne aussi à l’image du bilan de Gilbert (deux Tour du Piémont, deux Paris-Tours, deux Tour de Lombardie, par exemple). Mais en équipe nationale, un peu à l’image des Diables Rouges, l’association des stars ne faisait pas forcément la différence.

Il est vrai que Boonen ne fut pas de la partie à Copenhague (2011), à Geelong (2010), que le parcours était trop dur pour lui à Mendrisio (2009), ainsi qu’à Stuttgart (2007). Finalement, à l’inverse de Gilbert, de deux ans son cadet et qui n’a manqué aucune compétition arc-en-ciel depuis qu’il est professionnel (Hamilton, 2003), l’Anversois a visé la cible au bon moment en grattant le titre à Madrid devant Valverde, avec la complicité, en amont, de Gilbert, qui s’était détaché dans l’avant-dernier tour. Hier, devant un public conquis, le colosse de Balen savait qu’il était impossible de résister à la « giclette » de son compatriote dans le Cauberg. Un fauve qui avait faim, comme le Remoucastrien, était invincible. Boonen avait pourtant encore l’espoir qu’un sprint à une vingtaine de coureurs se dessine, et c’était parfaitement concevable vu la physionomie de la course, et c’est pour cette raison qu’il a exigé de l’équipe nationale un bloc qui n’a jamais affiché une telle homogénéité dans une finale de championnat du monde. Pensez donc, dans le dernier tour, les Belges étaient cinq, comme les Espagnols. Les Allemands étaient encore bien là avec Degenkolb, les Australiens avec Gerrans, cela finissait par sentir le sprint, un comble sur un tel parcours. Sauf qu’à l’inverse de plusieurs épreuves disputées sur le circuit lors de cette semaine arc-en-ciel, le vent était

favorable. Les nombreux drapeaux belges, wallons et flamands flottaient dans le bon sens et cela, Gilbert l’avait évidemment vu. Il n’avait qu’une chance, une cartouche qu’il a tirée au même endroit que lors de ses deux succès ici même à l’Amstel Gold Race (2010, 2011). Tous ses adversaires le savaient pourtant.

Protégé qui plus est par le « bloc belge, » le Wallon n’a plus eu le vent de face qui s’était opposé à lui 2 ans plus tôt à Geelong. Dans son dos, il était trop tard pour se réorganiser, lancer une poursuite. Le vent de la gloire, les encouragements d’un public unanimement conquis le portèrent vers le titre que sa sélection pouvait partager du premier au dernier élément, à commencer par le sélectionneur Carlo Bomans, tellement critiqué pour sa timidité excessive et son manque de charisme. Le « fédéral » eut, pour la petite histoire, une panne de télévision dans sa voiture au moment décisif et ne revit les images qu’à 100 mètres de l’arrivée. Mais n’eût-il vu que cette image-là, d’un Belge lever les bras, que le reste n’avait nulle importance.

STEPHANE THIRION

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