Environnement : 25 milliards pour sécuriser le nucléaire européen

Faudra-t-il débourser jusqu’à 25 milliards d’euros pour renforcer la sécurité des 134 réacteurs nucléaires européens ? C’est en tout cas la fourchette haute de l’évaluation réalisée par la Commission européenne au terme de la relecture des rapports de stress tests effectués en Europe après la catastrophe de Fukushima. Toutes les centrales, sur 68 sites, ont été passées au crible et aucune d’entre elles n’échappe aux recommandations des experts. « Si l’on se base sur les stress tests, indique la Commission, pratiquement toutes les centrales ont besoin de mettre en œuvre des améliorations de sécurité : des centaines de mesures techniques ont été identifiées ».

Menés pendant plusieurs mois, les stress tests ont vérifié la capacité des installations nucléaires à rester « sous contrôle » en cas d’événements extérieurs naturels ou humains (catastrophes, attentats, accidents…). Tirant les conclusions de l’exercice dans une communication accompagnée d’un document technique, la Commission ne recommande aucune fermeture d’outil pour des raisons de sécurité. Il y a cependant une sérieuse marge de progrès dans certains pays, témoignent les rapports. Ainsi, certaines installations ne disposent que d’à peine une heure de refroidissement en cas de perte d’alimentation. D’autres – une dizaine – n’ont aucun système de mesure de séisme.

200 millions de travaux pour les centrales belges

Les centrales de Doel et de Tihange n’échappent pas aux remarques. Celles-ci correspondent aux éléments d’amélioration mis en évidence par l’Agence fédérale de contrôle nucléaire (AFCN) à la fin de l’année dernière. « Nous n’avons pas encore reçu officiellement les rapports de la Commission, indiquait-on mardi soir dans l’entourage de la ministre de l’Intérieur Joëlle Milquet (CDH). Mais d’après ce que nous en savons, les conclusions recoupent largement le plan d’action que nous avons adopté au début de cette année ». Les deux sites doivent mettre à jour leurs appareillages de mesure des séismes, recommandent les experts. Ils devraient également être dotés de système d’extraction et de filtration permettant d’évacuer un éventuel trop-plein de pression et d’hydrogène. On se souvient qu’à Fukushima l’accumulation d’hydrogène à l’intérieur des enceintes de confinement avait provoqué l’explosion de celles-ci.

La centrale de Tihange devra être mieux protégée contre les inondations. Pour cela, on construira un mur séparant le site de la Meuse toute proche. Enfin, la centrale liégeoise devra être dotée d’un bunker afin d’abriter des systèmes de contrôle de seconde ligne. Coût total des investissements estimés par Electrabel, l’opérateur des centrales : 200 millions d’euros.

Mais la Belgique n’est pas concernée que par ses seules centrales. Elle est directement intéressée par les remarques portant sur quatre centrales situées à proximité de nos frontières : Borssele (Pays-Bas), Gravelines, Chooz et Cattenom. Ces trois dernières centrales françaises font l’objet de 5 à 7 recommandations sur les 11 points examinés par les experts. Selon la ministre française de l’environnement, Delphine Batho, il n’y a « rien de neuf » dans les documents européens. Selon elle, la France a anticipé ces rapports. « Des travaux sont en cours et ils seront réalisés ». .

MICHEL DE MUELENAERE
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