James Bond a 50 ans et ne meurt jamais

C’est la saga la plus longue du cinéma. Dès 1962, 007 s’est inscrit en icône du 20e siècle. La chute du Mur ne l’a pas tué. Et voici pourquoi il passera vendredi le cap des 50 ans et, le 26 octobre, celui du 23e épisode.

Cinquante ans après la première mondiale au London Pavillon Theatre de Dr No, James Bond s’apprête une nouvelle fois à conquérir le monde. L’assaut sera lancé le vendredi 26 octobre. Nom de code : Skyfall. Ce sera le vingt-troisième opus de la franchise, héritée de l’imaginaire de l’écrivain Ian Fleming, et il serait difficilement imaginable que cela ne soit pas un nouveau triomphe.

En 1962, l’agent 007 jouait les curiosités, sous la silhouette solide de Sean Connery. Un an plus tard, John Kennedy, inconditionnel des romans de Fleming, ne jure que par Bond. Il verra Bons baisers de Russie deux jours avant l’attentat de Dallas.

La légende est en route : très vite, James Bond devient une incroyable icône populaire, plus célèbre encore que les acteurs qui l’incarnent. Le cocktail est aussi détonant que gagnant. Car à bien y regarder, Bond a un double visage : d’un côté, celui d’un gentleman courtois, spirituel, élégant, flegmatique ; d’un héros viril, protecteur, intrépide, porté par des idéaux nobles… L’homme parfait, en somme, qui ne pouvait être qu’aimé des femmes.

Celui, par ailleurs, d’un play-boy misogyne, violent, bestial, voire potentiellement sadique (la tendance Daniel Craig)… un superhéros qui ne pouvait qu’être admiré des hommes.

Celui, en somme, d’un gentleman-hooligan, fifty-fifty : mi-conservateur toujours aux services de Sa Majesté ; mi-rebelle, jamais en défaut de chercher à cogner, à frimer et à tirer un maximum de jolies pépées. Mi-esthète, amateur de Dom Pérignon, de vodkas Martini, d’Aston Martin, de smoking ou de Rolex. Mi-évangéliste, rescapé de la guerre, résistant, missionnaire, inlassable serviteur d’un monde libre, libéré du fascisme, du communisme, de la barbarie.

Rajoutez au mythe le goût de l’exotisme et des grands espaces. La folie des grandeurs et des effets spéciaux. La tradition des personnages archétypaux (la James Bond girl menaçante et désirable, le méchant assoiffé de mal). Saupoudrez le tout d’une pincée d’autodérision, rendue autant célèbre par les parodies de la saga (OSS 117, Austin Powers, le Casino Royale de 1966…) que par les tonitruantes audaces de 007, capable de sauter en parachute au-dessus du stade olympique de Londres… aux bras de la reine Elizabeth II.

James Bond est un miraculé. La logique aurait voulu qu’il s’éteigne, tel un dinosaure en fin de course, avec le vingtième siècle. La chute du Mur de Berlin, en novembre 1989, a signé la mort des combats anti-communistes, et mis un trait sur l’héritage de la Seconde Guerre mondiale, dont l’agent Bond, anti-fasciste et anti-rouge de la première heure, semblait indissociable.

Le style flegmatique et gentleman à la Roger Moore, remplacé par après par d’honnêtes serviteurs à qui il manquait juste ce grain de génie (Timothy Dalton, Pierce Brosnan), est devenu avec le changement d’époque totalement old-fashioned. Et puis, surtout, de nouveaux superhéros ont jailli du sol tels des champignons sauvages, en mettant en péril le règne de 007. Jason Bourne, Ethan Hunt (Mission impossible), Thor, Spiderman, Jack Bauer, et puis surtout Batman, transcendé par la trilogie de Christopher Nolan, trustent régulièrement les premières places du box-office.

Or voilà, James Bond ne s’est jamais aussi bien porté qu’aujourd’hui. Les deux derniers opus (Casino Royale et Quantum of solace) sont même les « épisodes » les plus rentables de l’histoire de la franchise.

A quoi doit-on ce miracle ? A plusieurs facteurs. Bond s’est désormais trouvé de nouvelles cibles : le terrorisme et la corruption financière, notamment, deux fléaux qui ont caractérisé les événements les plus marquants du siècle nouveau. Le premier fait référence au 11 Septembre. Le second au krach boursier et à la propagation de nouvelles mafias.

Bond s’est aussi changé de tête, de look, de style. En succédant en 2006 à Pierce Brosnan, Daniel Craig avait fait grincer beaucoup de dents. Il était blond, impardonnable !, sérieux comme un pape, et semblait manquer du plus élémentaire des savoir-vivre. Or précisément, c’est l’animalité et le potentiel hyperviolent de l’acteur anglais qui vont provoquer un lifting salutaire à Bond. Désormais, fini de rire, 007 ne fait pas dans la dentelle. Et, notent les puristes de la première heure, Craig n’a jamais été aussi proche du modèle brutal conçu, dès 1953, dans les romans d’Ian Fleming.

Si l’on ajoute à cela un habillage musical en phase avec l’époque (Adele aujourd’hui, après Jack White en 2008), une quête de l’excellence qui se traduit dans des castings à tomber par terre (Bardem, Dench, Fiennes, Finney… rien que pour Skyfall) et, bien sûr, un génie jamais démenti du marketing (merci à la famille Broccoli), on tient là une recette exemplaire. Qui laisse augurer d’un avenir encore et toujours glorieux. Les diamants sont éternels !

Ian Fleming, le créateur

James Bond, un personnage de papier

C’est en janvier 1952, dix ans avant que le cinéma ne s’intéresse à lui, que James Bond, gentleman viril et agent secret au service de Sa Majesté, voit le jour. Il a pour père un romancier séducteur et mélancolique, Ian Fleming, qui lui donne vie depuis sa propriété jamaïcaine de Goldeneye, et qui va prolonger cette existence littéraire tout au long de douze romans, d’Espions faites vos jeux jusqu’à L’homme au pistolet d’or. Fleming puisa souvent à l’inspiration de sa propre vie, puisqu’il fut lui-même espion durant la Seconde Guerre mondiale, et alla jusqu’à traquer quelques dignitaires nazis (dont Rudolf Hess !).

Les aventures romanesques de Bond survivront à la disparition de Fleming, en 1964. Une petite dizaine d’écrivains, depuis, se sont succédé afin d’alimenter la saga de l’agent 007. Une saga rentable, forcément.

6 Bond, du flegme à la brutalité

Au commencement était Sean Connery

Le premier Bond à l’écran est aussi celui que les fans de la saga considèrent comme le meilleur 007. Celui, aussi, qui inspirera, pour l’anecdote, la parodie de Jean Dujardin dans OSS 117. C’est à 32 ans que Sean Connery, bodybuilder écossais, endossera en 1962 le costume taillé sur mesure de James Bond. On verra Connery dans cinq autres films de la franchise, sans compter un retour à 51 ans dans le remake d’Opération tonnerre, Jamais plus jamais.

Roger Moore, le flegme britannique

L’acteur londonien, qui fête ses 85 ans la semaine prochaine, est à ce jour celui qui a joué le plus souvent Bond : sept fois, de Vivre et laisser mourir (1973) à Dangereusement vôtre (1985). Son style de dandy raffiné, flegmatique, spirituel, a amené 007 vers davantage de légèreté et de facéties. Au détriment, parfois, d’une certaine virilité. Roger Moore est en cela l’anti Daniel Craig. Un authentique gentleman.

 

Son nom est Lazenby, George Lazenby

Oublié de tous, sauf des aficionados de la première heure, tant sa seule apparition repasse rarement sur le petit écran, Lazenby a fait un petit tour et puis s’en est allé. En 1969, c’est à lui qu’incombe la mission ingrate de remplacer Connery (qui reviendra en 1971 sur Les diamants sont éternels). Le top model australien, qui n’avait jamais fait de cinéma, s’en tira honorablement, dans Au service secret de Sa Majesté.

Timothy Dalton, retour au réalisme

Après le long règne de Roger Moore, on annonçait déjà l’arrivée de Pierce Brosnan… et ce fut finalement un acteur gallois, plus habitué jusque-là à fréquenter le théâtre shakespearien, qui prit le relais, le temps de deux films (Tuer n’est pas jouer, Permis de tuer), en ramenant le personnage de Bond à un profil beaucoup plus réaliste, sinon plus froid.

Pierce Brosnan, charme et virilité

Du charme, du charisme, de la virilité. Pierce Brosnan, débauché par Albert Broccoli qui le voyait en remplaçant de Roger Moore, dut attendre 1995 pour prendre la couronne du célèbre agent secret, et ce fut un très grand succès (GoldenEye). On vit encore l’acteur irlandais dans trois autres Bond (Demain ne meurt jamais, Le monde ne suffit pas, Meurs un autre jour).

Daniel Craig, l’animal

Jamais, depuis George Lanzeby, un Bond n’avait au moment de son intronisation été autant malmené par la rumeur. Or, en un film (Casino Royale) et deux succès planétaires (l’autre étant Quantum of solace… en attendant Skyfall), le blond Daniel Craig a mis tout le monde d’accord. Pas de recours à l’humour. Peu de cérémonial. Craig, héros brutal, presque sadique, rompt de manière nette avec ses prédécesseurs.

NICOLAS CROUSSE
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