Musique : le 5 octobre 1962 paraissait « Love Me Do », et les Beatles chantaient…

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Avec la sortie de Dr. No et la naissance de James Bond, ce jour-là, et la sortie du premier 45 tours des Beatles, le 5 octobre 1962 est entré dans l’histoire de la culture populaire comme une date phare pour la révolution pop qui allait secouer tout le Royaume-Uni avant d’essaimer dans le monde entier.

Aujourd’hui encore, 50 ans plus tard, on regarde les James Bond et on écoute les Beatles. Pour les quatre de Liverpool, cette « naissance » mettait le point final à cinq ans d’une longue histoire acharnée pour exister et enfin connaître le succès. C’est en 1957 que Paul et John font connaissance et se mettent à jouer au sein des Quarrymen.

Durant cinq ans, ils sillonneront l’Angleterre dans une camionnette pourrie, se produiront à Hambourg lors de cinq séjours différents et, jusqu’au 3 août 1963, joueront 292 fois à la Cavern de Liverpool.

C’est là, dans cette cave, que Brian Epstein, les découvre avant de devenir leur manager. Ce disquaire fera le tour des firmes de disques, à Londres, avant ce fameux rendez-vous le 1er janvier 1962 avec Dick Rowe, directeur artistique chez Decca. Les Beatles, avec encore Pete Best à la batterie, y enregistrent quinze titres, mais Rowe entrera dans l’histoire de la musique en leur disant de rentrer chez eux car « les groupes à guitares vont bientôt disparaître ». Heureusement pour lui, il se rachètera en signant les Rolling Stones.

Six mois plus tard, le 6 juin pour être précis, une nouvelle audition est organisée aux studios Abbey Road d’EMI. George Martin, producteur mais surtout patron du label Parlophone, a entendu les bandes Decca et est intéressé. L’homme, très distingué, est déjà connu dans le milieu. Tout de suite, il sent intuitivement le potentiel de ce groupe de Liverpool à qui il fait écouter le résultat de l’audition. « Y a-t-il quelque chose qui ne vous plaît pas ? », demande-t-il aux quatre musiciens. Et George Harrison de répondre : « Oui, je n’aime pas votre cravate ! »

Ainsi est née une amitié qui durera jusqu’à la séparation des Beatles et le choix, par George et John, de Phil Spector pour la production de Let It Be. D’autres problèmes naissent en cet été 1962 : George Martin trouve Pete Best trop faible à la batterie. Il veut que les Beatles s’en séparent (ce qu’ils feront au mois d’août, le remplaçant par Ringo Starr) et, surtout, préfère que le premier 45 tours soit une reprise de Mitch Murray, « How Do You Do It ». Si les Beatles acceptent de se séparer de Best et d’enregistrer cette reprise lors de la session du 4 septembre, ils resteront fermes sur leur envie d’imposer une de leurs compositions, depuis longtemps testée sur scène avec succès : « Love Me Do ».

Martin, au flair exemplaire, se rend vite compte que cette chanson est plus forte que « How Do You Do It ». Lors de la session du 11 septembre, il la laisse tomber au profit de « P.S. I Love You », « Love Me Do » et une première version de « Please Please Me ». Dernier rebondissement : George Martin impose un musicien professionnel, Andy White, à la batterie, reléguant Ringo aux maracas. Ce dernier mettra du temps à digérer cette humiliation. Le plus drôle, c’est que les trois versions de « Love Me Do » existent. Celle avec Pete Best (du 6 juin) se trouve sur Anthology I. Celle avec Andy White (du 11 septembre) est sur l’album Please Please Me et sur la compil dite « album rouge ». Et enfin, celle avec Ringo, du 4 septembre, sortira en 45 tours le 5 octobre, avec « P.S. I Love You » en face B.

« Love Me Do » ne sera pas numéro un au hit-parade (du moins pas avant sa sortie aux Etats-Unis le 24 avril 1964 !). Il entrera 49e dans les charts de sa Majesté où il restera 18 semaines, avec pour meilleur classement la 17e place. Mais pour les Beatles, c’est amplement suffisant. Depuis le temps qu’ils attendaient cela : un de leurs disques diffusé à la radio dans tout le pays. Cette chanson, signée Lennon-McCartney, est d’autant plus importante qu’elle est d’une simplicité remarquable. « Je t’aime, alors s’il te plaît, aime-moi » (avec le mot love répété 21 fois). Les harmonies vocales, l’harmonica de John, le petit côté mélancolique… Tout cela tranche avec ce qu’on entend à la radio.

Leur deuxième 45 tours, « Please Please Me », paraîtra le 11 janvier 1963. Il atteindra la première place des hit-parades. La « beatlemania » est en marche. Les Beatles vont devenir le groupe pop le plus important du siècle. Et ça, c’est une autre histoire !

ACTUALITÉ

Chiffres

12 albums et 200 chansons en dix ans

Plus de 2 milliards de disques vendus

Leurs 50 ans
Disques

L’intégrale des Beatles en disque vinyle 180 grammes, le 12/11 (Apple-EMI).

The Magical Mystery Tour réédité en DVD et Blu-Ray (Apple-EMI).

Le DVD Produced By George Martin retrace leur belle aventure commune (Eagle-PiaS).

Livres

With the Beatles : inside the beatlemania, par Robert Whitaker, livre de photos paru aux éditions Life Magazine (sortie le 15/10, 31 euros).

The Beatles on the road : 1964-1966, par le photographe Harry Benson (Taschen, 475 euros).

Le petit livre des Beatles, BD de Hervé Bourhis (Dargaud, 160 p., 19,90 euros).

Les Beatles : 50 ans de légende (Bréal, 264 p., 18,90 euros).

En télé

Ce soir sur la Deux, Yeah Yeah Yeah (20 h 05), un documentaire sur la beatlemania aujourd’hui, puis (21 h), le concert donné par Paul McCartney en 2009 au Shea Stadium de New York 44 ans après le concert des Beatles au même endroit.

En radio

Toute la journée sur Classic 21 un documentaire inédit sur les 50 ans de « Love Me Do ».

THIERRY COLJON
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