Venezuela : nouvelle victoire pour Chavez… La dernière ?

Bonheur, soulagement : le président Hugo Chavez, qui se dit guéri de son mystérieux cancer, a remporté une belle victoire qui, cette fois, n’allait pas de soi. © AFP/JUAN BARRETO

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Durant l’année écoulée, il s’est battu pour sa vie, luttant contre un cancer. Et ces dernières semaines, il s’est battu pour sa survie politique, face à un adversaire qui pour la première fois avait de vraies chances de l’emporter. Dans les deux cas, Hugo Chavez le battant a gagné. Selon des résultats portant sur 94% des bulletins, Chavez a obtenu 54,66% des voix contre 44,73% pour le candidat unique de l’opposition, Henrique Capriles.

Sentant le vent du boulet, le président Chavez a mobilisé tous ses partisans, les « chavistes » en t-shirt rouge, tout ce réseau d’activistes de base qui croient en la révolution bolivarienne. Le charisme de l’ancien militaire a aussi fait merveille, même si son énergie lui a en partie été volée par la maladie. A 58 ans, Chavez n’a plus pu suivre le rythme effréné de ses précédentes campagnes. C’est un homme encore convalescent, qui ces douze derniers mois a subi plusieurs opérations, de la chimiothérapie, des rayons pour un cancer toujours classé au rang des secrets d’Etat. Est-il guéri comme il l’affirme ? Ne bénéficie-t-il que d’une pause dans une maladie d’une extrême gravité ? Les rumeurs vont bon train, mais beaucoup se demandent s’il ira jusqu’au bout de ce nouveau mandat de six ans.

Hugo Chavez a en tout cas été réélu après une belle élection. Si la campagne électorale n’a pas été exemplaire, le président abusant des moyens médiatiques à sa disposition et multipliant les insultes à l’égard du candidat de l’opposition, l’élection même a été exemplaire. Plus de 80 % des électeurs s’étaient mobilisés, et le vote a eu lieu dans le calme.

Il faut dire que les Vénézuéliens ont l’habitude : depuis que Chavez est au pouvoir, ils ont eu au moins un scrutin par an… que Chavez a tous remportés sauf un référendum sur un changement constitutionnel qu’il a perdu en 2006. « Somos la mayoria ! (Nous sommes la majorité) » a proclamé Chavez. Il a raison, mais cette majorité est confrontée à une minorité de plus en plus forte. Henrique Capriles a obtenu le plus beau score jamais réalisé par l’opposition face à Chavez, qui a cette fois une avance de moins de 10 points (9,93) contre 26 % en 2006.

Cette élection-ci sera donc probablement la dernière présidentielle que Chavez disputera (même si avec lui, il faut s’attendre à tout…). En conséquence, Chavez va sans doute vouloir accélérer les réformes pour approfondir sa révolution bolivarienne. En même temps, il a forcément perçu le message envoyé par les 6 millions d’électeurs qui ont voté pour Capriles.

A l’annonce de sa victoire, il a appelé avec émotion l’opposition à « l’unité nationale », lui « tendant les deux mains, parce que nous sommes tous les fils de la patrie de Bolivar ». Il a promis d’être un « meilleur président ». Il a aussi salué Capriles qui a très vite reconnu sa défaite. Mais le candidat de l’opposition avait alors insisté : « Il y a un pays qui a deux visions et être un bon président, c’est travailler pour tous les Vénézuéliens. »

Face à cette minorité de plus en plus large, on s’attend que Chavez procède à des changements dans son gouvernement : il s’agit d’obtenir rapidement des changements notamment en matière de sécurité – le Venezuela est devenu le pays le plus violent au monde – mais aussi en matière d’économie ou de santé publique. Trois gros chantiers où, jusqu’ici, la révolution bolivarienne a plutôt échoué.

Réactions

A Cuba, le président Raul Castro a assuré Chavez de « la solidarité et du soutien inébranlables » de Cuba. En Argentine, la présidente Cristina Kirchner a tweeté : « Hugo, tu as labouré, semé, arrosé et aujourd’hui tu as récolté ». En Equateur, le président Rafael Correa a été enthousiaste : « Vive le Venezuela, vive la Grande Patrie, vive la Révolution bolivarienne ! ». Pour le président de Bolivie Evo Morales, « la victoire de Chavez est la victoire de tous les peuples d’Amérique latine qui luttent avec leur dignité, leur souveraineté et leur destin propres ». La responsable de la diplomatie de l’Union européenne Catherine Ashton a elle appelé Chavez à « tendre la main à tous les secteurs de la société vénézuélienne pour renforcer les institutions du pays et promouvoir les libertés fondamentales ». La réaction des Etats-Unis, allait dans le même sens : un porte-parole du département d’Etat a insisté sur la nécessité d’entendre la voix des électeurs ayant voté pour l’opposition.

VERONIQUE KIESEL
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