La zone euro lance le MES, son arme anti-crise

« C’est un bon jour pour l’Europe », a jugé Jean-Claude Juncker (ici au centre de la photo de famille prise hier à Luxembourg), Premier ministre luxembourgeois et président du conseil des gouverneurs du MES. ©AFP

La zone euro a lancé officiellement lundi le Mécanisme européen de stabilité (MES), de 500 milliards d’euros.

Réunis à Luxembourg, les ministres des Finances des 17 ont signé l’acte de naissance de cet instrument financier.

Le mécanisme prendra à terme la relève du Fonds de secours actuel, le FESF. Les deux instruments vont cohabiter jusqu’en juin 2013, ce qui permettra un temps de cumuler leur capacité de prêts pour atteindre 700 milliards d’euros.

Cet instrument permanent est stratégique car il pourra servir à recapitaliser directement les banques de la zone euro, sans alourdir la dette des Etats.

Comment fonctionne ce Mécanisme européen de stabilité ?

Le MES – Mécanisme européen de stabilité – est le second fonds de secours européen. D’où vient-il, à quoi sert-il, que fait-il ?

1. Qu’est-ce que le MES ? C’est un fonds de secours permanent, créé par les 17 Etats de la zone euro, qui a pour objectif d’aider financière un pays ou un système bancaire en difficulté. Les 17 pays vont injecter (cette année et l’an prochain) 80 milliards d’euros en capital. Mais 620 milliards d’euros de capital « appelable » sont ajoutés, afin de donner au fonds une taille respectable susceptible d’en imposer au marché. Le MES devra toujours avoir en capital un montant correspondant à au moins 15 % de l’encours de ses emprunts. Sur cette base, le MES, qui a été crédité hier d’une note « triple A » par les agences de notation Fitch et Moody’s (cette dernière ayant associé à cette note une « perspective négative »), peut lever jusqu’à 500 milliards d’euros dans le marché, et reprêter cet argent au pays en difficulté qui en aura fait la demande.

Sa création a été décidée lors du Conseil européen des 16 et 17 décembre 2010, mais sa mise en place a nécessité de très longs mois, d’abord parce que chacun des Etats signataires devait ratifier ce nouveau traité, ensuite parce que la Cour constitutionnelle allemande, qui avait été saisie, n’a rendu son jugement qu’à la mi-septembre.

2. Pourquoi fallait-il un nouveau fonds ? Lorsqu’il a fallu sauver la Grèce, au printemps 2010, l’Europe a d’abord créé un premier mécanisme de secours, qui reposait sur trois piliers : la Commission européenne, le Fonds monétaire international et le FESF (Fonds européen de stabilité financière). Le FESF est un fonds de secours temporaire (il ne pourra plus accorder de nouveaux prêts à partir de juillet 2013). Contrairement au MES, dans lequel les Etats injectent du capital, le FESF, lui, ne bénéficie « que » de la garantie des Etats. Sa capacité d’intervention (440 milliards d’euros) n’est plus que d’environ 200 milliards aujourd’hui puisque 192 milliards ont déjà été utilisés pour aider la Grèce, l’Irlande et le Portugal. Il fallait donc un nouvel outil, et permanent celui-là, pour pouvoir intervenir au cas où un grand pays comme l’Italie, viendrait à demander de l’aide.

Pendant quelques mois, MES et FESF cumuleront une capacité d’intervention de 700 milliards.

3. Quels sont ses outils ? Le MES peut intervenir de quatre manières différentes. Il peut prêter directement à un Etat en difficulté. Il peut aussi acheter des obligations de cet Etat, sur le marché primaire (acheter des nouvelles obligations émises par cet Etat) ou secondaire (acheter à des investisseurs des anciennes obligations). Lors du conseil du 21 juin dernier, on a ajouté à la fonction du MES celle de sauver non seulement les Etats, mais aussi les systèmes bancaires.

4. Ce qu’il faut encore décider Le MES est donc en théorie opérationnel, mais on négocie encore en pratique ses modalités de fonctionnement. Le MES remplira aussi la fonction de « fonds de résolution » bancaire, ce fonds qui, dans le processus d’union bancaire adopté par les Etats de la zone euro fin juin, doit aider à démanteler en douceur une banque défaillante ? On ne sait toujours pas. Est-ce que le MES peut déjà intervenir pour sauver les systèmes bancaires irlandais, grec ou espagnol, qui sont les plus fragiles aujourd’hui ? Trois des quatre pays « triple A » (Allemagne, Pays-Bas, Finlande) disent que non. Est-ce qu’à l’avenir le MES pourrait sauver directement une banque ou doit-il prêter la somme nécessaire à l’Etat concerné – ce qui alourdirait l’endettement de cet Etat ? On ne sait toujours pas. Et comment être sûr que les pays qui appellent à l’aide mettront en place des mesures afin de restaurer leur solvabilité au plus vite ? Tout cela se négocie encore aujourd’hui. .

Belgique : une facture totale de 37 milliards

Notre pays a déjà avancé – en prêt, en injection ou en garantie – 6,9 milliards d’euros aux pays en difficulté. Au printemps 2010, notre pays a prêté à la Grèce 1,935 milliard. Puis le FESF, le fonds de secours temporaire, est intervenu pour sauver la Grèce, le Portugal et l’Irlande, pays auxquels il a déjà prêté 103,3 milliards. Comme la Belgique garantit le FESF à 3,72 %, l’exposition de notre pays s’élève à un peu plus de 3,8 milliards d’euros.

A cela, il fait ajouter le montant, 1,113 milliard, que notre Trésor va verser ces jours-ci au MES, le fonds de secours définitif. Mais la facture totale sera sensiblement plus élevée : en tenant compte de ce que notre pays peut mettre au total dans le MES (24,3 milliards) et de la totalité des prêts du FESF (292 milliards à la Grèce, au Portugal et à l’Irlande et à l’Espagne), l’exposition totale de la Belgique (injection en capital, prêt et garantie) à ces divers programmes dépasse les 37 milliards d’euros. Soit 10 % du PIB.

PIERRE-HENRI THOMAS

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