Russie : la justice de Poutine sépare les Pussy Riot

Ekaterina Samoutsevitch, Maria Alekhina, et Nadezhda Tolokonnikova (de g. à dr.) : un verdict « à deux vitesses », qui interpelle... © Sergeï Ponomarev/ AP.

Le verdict en appel maintient la condamnation pour deux des jeunes femmes et libère la troisième d’entre elles. Manipulation ?

CORRESPONDANCE A MOSCOU

A l’issue du procès en appel qui s’est tenu mercredi au tribunal de Moscou, Ekaterina Samoutsevitch a été remise en liberté, tandis que ses camarades, Nadejda Tolokonnikova et Maria Alekhina, devront purger leur peine de deux ans dans un camp.

« Je suis évidemment contente, mais je suis triste pour les filles », a déclaré Samoutsevitch, assaillie par les journalistes, tandis que ses amis essayaient de lui frayer un chemin de sortie à travers la foule compacte, sous une pluie battante. La semaine dernière, Samoutsevitch a décidé de changer d’avocat. Comme elle l’a expliqué hier, les trois avocats qui défendent le trio des Pussy Riot depuis leur arrestation n’accordaient pas suffisamment d’importance à la particularité de son cas : contrairement à ses copines, Samoutsevitch n’a pas dansé devant l’autel de la cathédrale, elle a été expulsée avant le début de la performance. Elle n’est donc pas coupable de « hooliganisme », a fait valoir Irina Khrounova, qui représente désormais les intérêts de la jeune femme, et mérite un traitement différencié.

De tous les arguments de la défense pour remettre en cause le jugement, celui-là seul a été retenu. Pendant l’audience, les trois jeunes femmes ont de nouveau clamé leur innocence et nié toute motivation antireligieuse de leur « prière punk » dans la cathédrale du Christ-Sauveur le 21 février dernier. « Nous n’avons jamais eu l’intention d’offenser les croyants », ont-elles répété. « Notre action était purement politique. Nous présentons nos excuses aux croyants. »

Les avocats de la défense ont tour à tour dénoncé des vices de forme et de procédure. Ils ont remis en cause la légitimité de l’expertise qui a servi de base à l’accusation ; ils ont rappelé que la juge avait refusé la comparution des témoins de la défense. Enfin, en rendant son jugement, le tribunal de première instance n’a pas tenu compte des circonstances atténuantes, telles que des casiers judiciaires vierges, et surtout les deux enfants en bas âge de Tolokonnikova et Alekhina.

Des avocats perplexes

A la sortie de l’audience, les avocats des deux punkettes qui restent derrière les barreaux semblent perplexes. « Nous ne comprenons pas cette différenciation », commente Mark Feyguine. « Nous sommes très heureux que Samoutsevitch ait échappé au cauchemar de l’incarcération, mais considérons toujours que Tolokonnikova et Alekhina sont innocentes, et méritent le même traitement. » Feyguine n’exclut une manipulation politique les visant eux, les avocats issus des rangs de l’opposition au régime. « La situation s’est débloquée quand l’une de nos clientes a choisi un autre défenseur. Peut-être que nous devrions nous séparer aussi de nos clientes, pour leur propre bien », s’est interrogé Feyguine, qui soupçonne aussi, à mots couverts, qu’un arrangement ait été trouvé entre Samoutsevtich et les autorités…

Désormais, c’est à Strasbourg, devant la Cour européenne des droits de l’homme, que Feyguine et ses collègues iront porter l’affaire.

VERONIKA DORMAN
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