Elections communales : la Belgique en sursis, la N-VA poursuit sa marche en avant

Bart De Wever, le premier bourgmestre nationaliste d’Anvers, gravit les marches de l’hôtel de ville, aux côtés de Liesbeth Homans, deuxième candidate d’une liste N-VA qui a fait un malheur dans la ville portuaire comme dans les campagnes flamandes. © Pierre-Yves Thienpont.

Tout reste en suspens. Les élections communales ne rassurent pas sur l’avenir de la Belgique – loin de là. Elles ne scellent pas non plus son sort, comme on pouvait le craindre. Une demi-mesure qui laisse entrevoir une fin de législature fédérale – jusqu’à 2014, en principe – sous haute tension.

A Anvers, certains sondages annonçaient un coude-à-coude. Mais Bart De Wever a empoché plus de 37 % des voix (et 76.000 voix de préférence, au moment de boucler cette édition), loin devant le maïeur sortant Patrick Janssens, dont la liste n’atteint pas 30 % (lui-même récoltant 49.000 voix).

En gagnant son pari dans la métropole flamande, désignée comme la rampe de lancement pour la conquête de la Flandre, Bart De Wever s’engage dans la maxi-campagne de 2014. En vue du triple rendez-vous électoral, législatif, régional, et européen. Dimanche soir, apparaissant triomphant devant ses troupes, le leader de la N-VA a interprété aussitôt sa victoire à Anvers, et le comportement encourageant de son parti dans la Flandre profonde (il s’implante un peu partout, emportant plusieurs villes), comme un « point de non-retour » dans la destinée politique du pays, promis au big-bang.

Bart De Wever s’est adressé directement à Elio Di Rupo, Premier ministre, l’implorant d’entendre le message de l’électeur flamand, d’acter combien, selon lui, l’exécutif fédéral n’a pas la confiance des gens du Nord, et d’entamer sans tarder des négociations pour une forme de « confédéralisation » de la Belgique – un autre nom pour son éclatement.

Elio Di Rupo n’a pas relevé évidemment. S’exprimant dimanche soir depuis Mons, où il a conforté sa majorité absolue, le Premier socialiste a minimisé : ce sont des élections « communales », point. A charge pour lui, maintenant, de faire redémarrer la machine gouvernementale, mise en veilleuse le (trop long) temps de la campagne électorale, à commencer par l’ouverture de négociations problématiques sur la confection du budget 2013. Après la victoire de la N-VA, tout se complique un peu plus. Mais tout n’est pas perdu. Le maintien du CD&V de Wouter Beke – décidément bien ancré au Nord – offre des perspectives, alors qu’une contre-performance du parti flamand-pivot dans la majorité fédérale aurait très lourdement hypothéqué l’avenir du gouvernement Papillon.

Faut-il préciser que la nouvelle poussée droitière (même si le Vlaams Belang paie cash le succès N-VA) en Flandre n’a d’égal que la relative stabilité au sud du pays, où, malgré des résultats en dessous des attentes (2006 avait été une mauvaise année), le PS maintient son leadership. Deux mondes, comme dirait l’autre.

DAVID COPPI

Anvers La vague jaune et noir déferle

Reportage

Sur le coup de 17 heures dimanche, les 400 journalistes belges et étrangers regroupés sur les deux étages de l’hôtel de ville d’Anvers, les yeux rivés sur les écrans de résultats ont déjà compris : le rectangle jaune de la N-VA dépasse confortablement le rouge du Stadspartij de Patrick Janssens, le bourgmestre sortant. Sur les 36 bureaux dépouillés sur 360, la formation de Bart De Wever engrange 38,15 % des voix contre 28,9 % à son rival socialiste.

Leurs rivaux sont relégués au rang de figurants : aucune des autres listes n’atteint les 10 %, le Vlaams Belang reçoit une claque magistrale, le VLD disparaît pratiquement de l’échiquier.

L’écart entre la liste de Bart De Wever et celle de Patrick Janssens s’est maintenu tout au long de la soirée. Au Zuiderkaai, sur le Vlaamse Kaai, le quartier général des nationalistes flamands, des dizaines de sympathisants déploient les drapeaux frappés du lion des Flandres. Le champagne est au frais. La « Bolleke », la bière de la Métropole, coule à flots. Il est 18 heures. Leur champion s’est enfermé dans un hôtel, à quelques centaines de mètres de là. Il a promis qu’il se rendrait d’abord auprès de ses ouailles avant de prendre un bain de foule à l’hôtel de ville. Au même moment, Patrick Janssens reconnaît sa défaite : « C’est un très mauvais résultat. » Le bourgmestre sortant félicite son rival en concédant que la victoire de la N-VA est exceptionnelle. « A Bart De Wever, désormais à prendre l’initiative », conclut le bourgmestre sortant avant d’être encerclé par une nuée de caméras. Patrick Janssens, souvent qualifié de sphinx de la politique, ne peut s’empêcher de céder à l’émotion et fond en larmes.

Il est 19 heures. Le Zuiderkruis est bourré jusqu’aux écoutilles, les fans de De Wever scandent le prénom de leur champion. En attendant, les résultats défilent. A chaque commune où la N-VA rafle la première place, le public se lève et applaudit à tout rompre. « C’est un véritable tsunami jaune et noir », s’écrie un jeune partisan agitant le panneau slogan de la N-VA : « De kracht van de verandering » (La force du changement).

Bart De Wever fait son apparition, le poing levé, acclamé comme une rock star. Il tente de se dégager de la foule pour s’approcher du podium, encerclé par une ruche de photographes. Une musique entraînante l’accompagne, elle se prolonge… On l’entend dire, agacé, à la tribune : « Coupez ce disque, idiots ! » Ensuite : « Nous avons remporté notre plus grande victoire depuis la guerre, nous faisons mieux qu’en 2010. C’est un dimanche jaune et noir. La N-VA n’est plus un géant au pied d’argile : il est devenu le plus grand parti de Flandre, de la rue de la Loi jusqu’à la rue du village. Les Flamands ont choisi le changement. A Elio Di Rupo et aux francophones, je demande de s’engager dans des réformes confédérales. Ce gouvernement taxateur n’est plus accepté par les Flamands. »

Le chef de file des nationalistes flamands invite ses partisans à ne pas faire preuve d’arrogance dans la victoire : « Je sais qu’il sera difficile de rester humble. Mais on va essayer. En attendant, ce qui était encore impensable il y a quelques mois s’est réalisé : nous avons mis fin à 80 années de pouvoir socialiste et nous avons gommé l’extrême droite de la carte de cette ville. On appelle cela un retournement de situation historique. »

Il quitte la salle, avec des dizaines de partisans. Direction : l’hôtel de ville, à plusieurs centaines de mètres du QG nationaliste. Son visage ne trahit aucune émotion : « Vous ne semblez pas heureux de votre succès, Monsieur le Président », interroge un journaliste de la télévision hollandaise. « Je ne suis pas un émotif », rétorque De Wever. Qui entre dans l’hôtel de ville, bousculé par la foule. Quelques minutes plus tard, il apparaît au balcon, acclamé. « J’ai l’impression de jouer au Saint-Nicolas », laisse tomber le premier bourgmestre nationaliste de la cité portuaire. Un Saint-Nicolas qui ne fera aucun cadeau aux francophones.

DIRK VANOVERBEKE
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