Union européenne : Paris-Berlin, la mésentente cordiale

Angela Merkel et François Hollande : des sourires qui cachaient très mal de profonds désaccords.© BELGA/BENOIT DOPPAGNE

L’atmosphère était tendue, hier soir, à l’ouverture du sommet européen, à Bruxelles. Il est bien loin le temps de « Merkozy »…

Car la tension s’est surtout manifestée entre le président français et la chancelière allemande. En cause : la supervision bancaire unique, prévue pour être au cœur des discussions.

« Le sujet du conseil, ce n’est pas l’union budgétaire, c’est l’union bancaire, a déclaré François Hollande à son arrivée au déjeuner des dirigeants socialistes européens. Donc, la seule décision que nous avons à prendre, à confirmer d’ailleurs, c’est la mise en place de l’union bancaire d’ici la fin de l’année, et notamment la première étape qui est la supervision bancaire. »

Arrivant au sommet, Angela Merkel lui a répondu, confirmant ce qu’elle avait déjà dit : « Nous allons encore une fois insister sur le fait que nous voulons travailler très vite, et bien entendu également en profondeur. (…) Ce ne sera pas un conseil où nous prendrons déjà des décisions, mais nous préparons les décisions pour décembre. »

Avant de quitter Berlin, elle avait repris à con compte l’idée de son ministre des Finances, Wolfgang Schäuble, d’un « super-commissaire » européen à l’Economie, qui aurait le pouvoir de rejeter des budgets nationaux (lire ci-contre). Idée jugée intéressante par beaucoup, mais totalement hors du champ de ce qui est actuellement débattu sous la houlette de Herman Van Rompuy.

La chancelière cherche-t-elle à noyer le poisson – sa nouvelle réticence à l’égard de l’union bancaire ? « Je vais lui dire que nous devons appliquer les décisions que nous avons prises ensemble le 29 juin », a ensuite répété le président français, attribuant les divergences franco-allemandes aux « calendriers électoraux », la France sortant d’une présidentielle et de législatives, tandis que « Mme Merkel a ses propres rendez-vous ».

Peu avant 23 heures, un accord s’est dégagé, acceptable par les deux camps. Le cadre légal de la supervision sera adopté d’ici la fin de cette année, pour que la supervision par la BCE soit effective début 2014. Mais au-delà du calendrier ? Les observateurs estimaient, hier peu avant minuit, que, sur la substance, la chancelière n’avait rien cédé…

D’autres tensions étaient également dans l’air. Les pays non-membres de la zone euro se sentent de plus en plus exclus du débat. Et ils le disent. L’Autorité bancaire européenne, l’EBA, restera chargée de la régulation bancaire dans toute l’UE. Mais si la BCE, en tant que superviseur unique de la zone euro, vote au nom des Dix-Sept au sein des instances de décision de l’EBA, les dix autres risquent de se retrouver toujours mis en minorité… Et quid de ceux qui n’ont pas l’euro et qui veulent être du système de supervision ? Ils dépendraient de la BCE sans avoir rien à y dire ?

Le dossier de la supervision bancaire est d’une infinie complexité, et bien des spécialistes estimaient qu’il serait impossible, au-delà du cadre légal, d’en finir d’ici la fin de l’année. Si la plupart des pays veulent néanmoins qu’il soit traité avec une célérité maximale, c’est parce ce que la mise en place du superviseur unique est la condition sine qua non pour qu’un mécanisme européen de recapitalisation des banques espagnoles puisse être enclenché. C’est ce qui avait été prévu lors du précédent sommet, fin juin, et a été confirmé hier soir.

Le sujet espagnol lui-même ne devait pas être soulevé lors de ce sommet, qui doit s’achever ce vendredi midi. Mais l’Espagne ne pourra pas attendre indéfiniment que les conditions soient réunies pour formellement demander de l’aide.

Au début du sommet, Herman Van Rompuy, qui sait s’y prendre, a évoqué avec ses hôtes le prix Nobel de la Paix, « un immense honneur pour nos pays, nos institutions et par-dessus tout pour nos citoyens », et il a lancé : « Pour marquer cette occasion festive, j’espère que tous les chefs d’Etat ou de gouvernement européens pourront participer aux célébrations à Oslo en décembre. » S’ils n’y vont pas tous, l’Union apparaîtra telle qu’elle est : divisée…

MAROUN LABAKI
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