Armstrong radié à vie, le geste fort de l’UCI

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Déchu de ses victoires depuis 1999, dont ses sept succès au Tour de France l'Américain a été radié à vie par l'Union cycliste internationale. © AFP/MARTIN BUREAU

Personne n’en doutait depuis que l’Agence américaine antidopage (Usada) avait envoyé son épais dossier à l’Union cycliste internationale (UCI), le « gouvernement » du cyclisme. Accablé par d’anciens équipiers qui détaillèrent avec acharnement et précision le dopage organisé par le coureur lui-même au sein de ses équipes successives, Lance Armstrong a été déchu de toutes ses victoires professionnelles et radié à vie par l’UCI, une grande première dans l’histoire du cyclisme mondial.

1 Pourquoi avoir attendu si longtemps ? La question que tout le monde se pose est de savoir pourquoi cette sanction, historique, intervient sept ans après la dernière victoire du Texan au Tour. Parce que l’Américain, au-delà d’un Tour désastreux en 1998 (affaire Festina), c’était de la poudre aux yeux, une belle histoire : survivant d’un cancer, il se remettait en selle et gagnait en faisant oublier l’EPO, les carnets de Willy Voet, le dopage… organisé alors que ce qu’il fomentait était pire, bien pire. Parce que Lance Armstrong a été blanchi d’un contrôle aux corticoïdes en 1999 (une pommade pour soigner un furoncle) et par l’UCI et par le Tour. Parce qu’il incarnait un renouveau, un miracle, un nouveau souffle, on lui accordait des bienveillances, un certificat médical en bonne et due forme sur lequel il s’appuya avec bonheur.

Ses équipes US Postal puis Discovery Channel écrasèrent dès lors le Tour entre 1999 et 2005. Et, au fil du temps, les langues se délièrent, d’anciens soigneurs, d’anciens coureurs, d’anciens amis heurtés par l’arrogance de l’ami du président Bush finirent par parler, mais dans des ouvrages, taxés de pamphlets et, du reste, peu défendus par la presse. Armstrong déclencha une chasse aux sorcières par rapport à ses anciens amis, contraints de se taire ou de mourir moralement, comme Floyd Landis, le vainqueur déchu de 2006. Personne ne l’écouta lorsqu’il hurla au monde entier que s’il en était arrivé à se doper pour gagner le Tour, c’est parce qu’il avait été élevé à la culture du dopage par son « patron », surnommé le « Boss ».

2 Des protections de l’UCI ? Armstrong a-t-il bénéficié, pendant toute cette période, de protections ? « L’UCI nie formellement avoir couvert des contrôles positifs de Lance Armstrong », a déclaré McQuaid en rejetant les accusations avancées par d’anciens coéquipiers du Texan pour le Tour 1999 et le Tour de Suisse 2001. Il y eut bien un contrôle aux corticoïdes pour une pommade. En revanche, aucune trace d’un contrôle positif dans le Tour de Suisse précité et aucun contrôle positif tout court par la suite. « Nous faisons face à la plus grave crise de l’histoire du cyclisme », selon les termes de McQuaid, dont certains réclamaient la démission. Des rumeurs avaient circulé aussi concernant son prédécesseur, le Néerlandais Hein Verbruggen, « coupable » d’avoir fermé les yeux sur des contrôles délicats moyennant une belle enveloppe. Verbruggen nie en bloc, McQuaid aussi et personne, quoi qu’il advienne, ne possède une seule preuve.

3 Quelles sont les preuves ? C’est bien là le nœud du dossier : il n’existe aucune preuve formelle de dopage et/ou de pots-de-vin. Simplement un rapport extrêmement détaillé de l’Usada, basé sur des aveux d’anciens coureurs. Un rapport qui a suffi à convaincre l’UCI pourtant hermétique aux dossiers légers. D’ordinaire, elle se pourvoit en appel devant le Tribunal arbitral du sport (TAS) pour avoir un deuxième avis. Ici, elle a refermé, écœurée, le rapport de l’Usada. Si Armstrong ne parle pas, ce qui semble bien être son intention, il restera le premier sportif de l’histoire radié à vie et déchu de ses victoires sans la moindre preuve !

STEPHANE THIRION

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