Union européenne La démission du commissaire Dalli fragilise le président de la Commission

La polémique autour de la démission du commissaire maltait John Dalli n'a cessé d'enfler ces derniers jours : dans les couloirs des institutions européennes, on parle désormais de « Dalligate » ! © THIERRY CHARLIER/AFP

De notre envoyé spécial à Strasbourg

L’affaire de la démission du commissaire européen à la Santé, le Maltais John Dalli, est devenue le « Dalligate ». Il y a donc du scandale dans l’air ! Et José Manuel Barroso lui-même est pris dans la tourmente, du fait de sa gestion des choses, depuis cet après-midi du 16 octobre qui a vu la porte-parole de la Commission annoncer, avec gêne, la démission de John Dalli.

A Strasbourg, où est réuni cette semaine le Parlement européen, le « Dalligate » est sur toutes les lèvres. Guy Verhofstadt, le chef du groupe libéral, nous annonçait d’ailleurs hier que les autres chefs de groupe et lui allaient, ce vendredi, demander au président de la Commission européenne de venir s’expliquer devant les eurodéputés.

Le chef du groupe socialiste- démocrate, l’Autrichien Hanes Swoboda, a tiré le premier : « Il y a de sérieux doutes au sujet de tout le processus qui a conduit à la démission de M. Dalli. (…) De sérieuses questions au sujet d’un complot contre M. Dalli ont été posées. Il doit y être répondu et il doit y avoir une totale transparence sur les circonstances précises qui ont mené à cette démission. Pour le moment, il semble que la situation ait été mal gérée par le président de la Commission et par le directeur général de l’Olaf » (l’Office anti-fraude européen).

Plusieurs réunions ayant trait à l’affaire ont déjà eu lieu à Strasbourg cette semaine, notamment hier avec le directeur général de l’Olaf ; et le successeur désigné de John Dalli, l’actuel ministre des Affaires étrangères maltais, Tonio Borg, a été reçu par des élus PPE, sa famille politique (de centre-droit).

« Nous ne savons rien »

Le « Dalligate » pourrait servir en réalité de trame à un bon roman. Pouvoir, argent, industries d’échelle mondiale, influences, corruption, etc. : il ne manque en somme qu’une femme fatale, qui aurait arpenté sur ses hauts talons les couloirs feutrés du Berlaymont…

« Présomption d’innocence ne veut pas dire innocence », résumait hier l’eurodéputé français Jean-Paul Gauzès, l’un des ténors du PPE. C’est clair : au Parlement européen, rares sont ceux qui achèteraient une voiture d’occasion à John Dalli. La justice tranchera. Mais le soupçon touche aussi à présent José Manuel Barroso, qui semble avoir « démissionné » en toute hâte et de force le commissaire maltais, et persévère sur la voie du secret. L’industrie du tabac a-t-elle voulu la peau de John Dalli ? Le président de la Commission a-t-il voulu la peau de John Dalli ? La juxtaposition des deux questions peut troubler…

Qu’en sera-t-il donc de la nouvelle directive anti-tabac ? Telle est la vraie question. Le socialiste allemand Matthias Groote, qui préside la commission de la Santé du Parlement européen, a regretté mercredi que « la confusion à la Commission retarde une législation essentielle pour la santé ». Il a demandé à José Manuel Barroso « de faire en sorte » que la Commission rende publique sa proposition « d’ici la fin de l’année ».

« J’ai interpellé tant l’Olaf que M. Barroso, dont l’action dans cette affaire enfreint tant le respect de la présomption d’innocence que le droit d’information des parlementaires qui ont nommé les commissaires, disait l’écologiste française Michèle Rivasi. Cette affaire démontre que malgré tous ses efforts, la Commission européenne n’est pas parvenue à mettre en place un cadre suffisant pour se prémunir de scandales potentiels. »

Guy Verhofstadt nous confiait hier que José Manuel Barroso avait appelé les chefs de groupe du Parlement européen, le 16 octobre, peu avant l’annonce officielle, pour les informer de la démission de John Dalli : « Mais, en fait, nous ne savons rien. Il va falloir que le Parlement européen tire tout ça au clair. »

MAROUN LABAKI
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