« Rémouleur, rémouleur ! Repasse couteaux ! Repasse ciseaux ! »

Les archives photographiques du Soir recèlent quelques pépites. Nous avons envie de vous faire partager ce patrimoine. Chaque vendredi nous publions un de ces témoignages de notre passé.
 
remouleur
 

Le rémouleur aiguise les ustensiles coupants et tranchants. Sur la photo, ce rémouleur  était en activité à Bastogne dans les années trente.

Dans le Soir du  11 décembre 1907, l’article Rémouleurs nomades nous décrit ce petit métier disparu.

« Entre toutes les industries du pavé qui animent et caractérisent Bruxelles, une des plus curieuses et des plus attachées à ses coutumes est celle des rémouleurs.

La plupart arrivent des environs de Dixmude, notamment de Clercken et de Houthulst…

(…) Les rémouleurs mènent ici vaillamment leur existence ambulatoire. Arborant la culotte trop courte et le veston gris, traînant de lourds souliers à clous, coiffés de la casquette inamovible, ils pèlerinent de Saint-Gilles à Laeken et des déclivités de Molenbeek aux hauteurs d’Ixelles ; au centre de la ville, ils sentent qu’ils sont dépaysés et inutiles ; aussi préfèrent-ils les faubourgs.

S’ils ont renoncé depuis bel âge à leur appel strident et prolongé, ils sont restés fidèles à leur roue en pierre vulcanique, contre laquelle une faux ébréchée s’escrime en étincelles ; immémorialement, ils versent dans une vieille boîte à sardines l’eau nécessaire pour l’aiguisage ; la nécessité d’être parcimonieux leur inspire ces combinaisons ingénieuses.

Ils forment une manière de corporation et logent, en majeure partie, à Etterbeek, où ils trouvent à bas prix des logis convenables ; ils mangent dans des restaurants démocratiques où, moyennant quelques sous, ils se procurent d’épaisses tartines de graisse et une platée de pommes de terre. Leur tarif, comme travail, est traditionnel :  cinq centimes pour un couteau, dix pour une paire de ciseaux, quinze pour un couteau de boucher et ainsi de suite, en augmentant de cinq centimes suivant la complication et la longueur de l’instrument. A s’arrondir un petit pécule, ils éprouvent une difficulté grande, mais ils savent couper les ailes à leurs ambitions, et, quand ils reviennent en leurs lointaines pénates, la fierté les épanouit de montrer quelques pièces d’or serrées dans un sachet de toile.

Dans la population bruxelloise, ils constituent un groupe de gens paisibles, qui, par leur travail régulier et leurs mœurs exemplaires, assurent la tranquillité des voisins et de la police. »

 

Cette entrée a été publiée dans La photo du vendredi. Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.

Les commentaires sont fermés.