Caricatures : la fin d’un monopole

En une semaine, dans le Soir, Kroll a perdu le monopole de la caricature. Lundi dernier, le plus médiatique de nos économistes vilipendait la “communication caricaturale des hommes politiques”. Mercredi, l’un de ses collègues parlait de “la vision caricaturale de la crise financière” par les media. Et jeudi, un analyste politique stigmatisait “les jeux de communication”. La communication… Si ce n’est peut-être pas le plus vieux métier du monde, c’est en tout cas l’un des plus anciens soucis des puissants. Depuis les proclamations aux Légions jusqu’aux cris de Steve Jobs devant ses cadres, la préoccupation des grands a toujours été d’expliquer, de demander ou d’imposer et, pour cela, de communiquer un message.

 Au début des années 60, un sociologue canadien, Marshall Mc Luhan, a remarqué que le message envoyé par un “émetteur” ne pouvait pas être séparé du media utilisé : l’un conditionne l’autre. Bien plus : le couple media-message change la structure même de la société. Ainsi, les messages ont été longtemps transmis oralement par messagers. Ensuite, l’écrit puis l’imprimé, combinés à la roue et aux routes, les ont rendus plus sûrs et plus rapides, mais surtout accessibles à un espace et à un public plus grands. Dans les années 30, quand Roosevelt décida d’expliquer au pays les réformes de son “New Deal”, il le fit à la radio, dans ses fameuses causeries au coin du feu, où sa pédagogie et sa voix chaude firent merveille – comme pour Mendès-France, qui reprit la recette en 54, mais plus pour Michel Rocard : les temps avaient changé. Aujourd’hui, un twitt atteint 20000 personnes en 10 secondes et le net a créé le village global.

 Au cours du temps, les objectifs de la com n’ont pas vraiment changé. Elle peut par exemple viser la notoriété et on est alors dans le symbole : le cigare de Churchill, la chemise échancrée de BHL, Walter ou encore le plombier polonais. Elle peut être un maquillage : exalter la productivité soviétique par la gloire de Stakhanov, ouvrier mineur qui n’en demandait pas tant, ou sanctifier le Commandant Smith, pour faire oublier tant de choses à propos du Titanic, ou encore inventer la belle histoire d’Eliott Ness. Elle peut être un utile emballage: la “plume” d’un ancien président me racontait comment elle avait dû glisser dans un long texte la phrase sur la rafle du Vel d’Hiv…Et tant d’autres choses encore.

 Par contre, sa nature a changé. Elle a toujours été un art et elle l’est encore: les peintures de David voici 200 ans ou ces phrases écrites par Sorensen pour Kennedy qui, en trois mots -”Ich bin ein berliner”- enflammaient les foules. Mais elle est aussi devenue une science : ainsi, le sociologue Philippe Gould, décédé voici 15 jours, avait-il très tôt et finement mesuré les vraies attentes des travailleurs anglais. Mme Tatcher l’avait compris d’instinct et le Labour n’a pas voulu le voir jusqu’à un certain Tony Blair…

 Dès lors, pourquoi voudriez-vous que son langage ne change pas ? Imagine-t-on à l’identique le cri du cavalier Apache, les billets de Napoléon, les murmures de Roosevelt ou le twitt d’un ministre ? Jusque à la caricature ..? Peut-être. Mais en fait, chacun d’entre nous ne la réclame-t-il pas cette “caricature” ?

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Une réponse à Caricatures : la fin d’un monopole

  1. C dit :

    Si un jour on vous informe, que le centre de la terre est fait de confiture de clémentine, « iriez-vous le vérifier (?) l’image renvoie aux faits…Non ! Pour cela Max Scheler avait un excellent apologue : { la réalité est multidimensionnelle et nous n’en appréhendons que certaines couches}, la plupart des gens aujourd’hui, pensent comme Scheler que « l’anthropologie appliquée c’est l’hypothèse de la confiture de clémentine . »

    “Sa Sublime Porte”, dans ce beau « paysage caricatural » et de son corolaire de penseur, il est vrai; (qu’en fin de compte), il n’est pas sain de trop se préoccuper de l’image que l’on donne ou que l’on laisse, qu’il ne faut pas trop; se retourner derrière soi, car on risque d’être transformé en statue de sel…

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