NoëlS en décembre

Je vous ouvre ma bibliothèque et ma vidéothèque…

Pour vous je ne sais pas, mais pour moi, décembre est un mois difficile : non seulement c’est celui de Saint-Nicolas, de Noël et du Nouvel An, mais la plupart de mes amis et plusieurs de mes collègues y fêtent leurs anniversaires.

Chaque année, la question revient : quels livres, quels DVD, quels vins offrir ? Si vous avez les mêmes hésitations récurrentes que moi, je me propose d’essayer de vous aider. Pour les vins, vous trouverez ailleurs : n’ayant moi-même ni le talent du goût ni le goût du risque, je me réfère aux magazines du mois ou au dernier gourou  en vogue.

Mais il se trouve que, ces dernières années, j’ai apparemment fait plaisir en offrant quelques livres et DVD qui m’avaient plu. Je vous ouvre ma bibliothèque et ma vidéothèque. Attention, cependant : mes amis sont pour la plupart des gens délicats. Je n’ai donc pas entière confiance dans leurs remerciements enthousiastes…

Donnez-moi votre avis !

« La Reine des lectrices » de Alan Bennett

La reine d’Angleterre, à la poursuite d’un de ses petits chiens échappé de Buckingham, monte dans un bibliobus pour récupérer la bête et, par pur sens des convenances, y loue un livre. Et la voilà prise d’une vraie passion : la littérature. Vous n’imaginez pas, jusqu’à la dernière page, tout ce qui va s’en suivre…

Pur bijou d’humour anglais, qui garantit trois heures de plaisir solitaire ! Essayez et si, comme moi, vous le lisez dans le train ou en avion, vous verrez vos voisins vous dévisager d’un air inquiet quand vous vous esclafferez… Mon fils cadet m’avait prévenu : « Attention ! Quand tu rigoleras, on pourrait te demander pourquoi. »

« Le Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates » de Mary Ann Shaffer et Annie Barrows.

Commenté à l’époque du bout des lèvres (du genre « Oui, bon… ») par la critique du Soir, j’ai voulu voir ce qu’il en était… Patatras, cher journal : j’y ai trouvé le plus original, le plus délicat, le plus tendre et souriant récit qui soit.

Le livre est construit sous forme de lettres d’un personnage à l’autre et vous ferez très vite partie de la famille. Vous y vivrez l’occupation allemande à Guernesey, vous y verrez l’humour côtoyer le tragique, vous suivrez Oscar Wilde sur une route de campagne et tant d’autres choses.

Pourtant écrit par deux Américaines, une tante et sa nièce, on est là aussi en Angleterre : pas celle des palais mais celle de Laura Ashley, du thé au lait et du vrai courage. On imagine le film : il serait mis en scène par James Ivory avec, bien sûr, Emma Thompson. Vous aimez ?

« Le polygame solitaire » de Brady Udall.

Attention, chef-d’œuvre ! Ce livre et cet auteur, dont j’ignorais tout, m’ont été recommandés par ma dentiste, femme de tortures, donc, mais aussi de culture. Je l’ai offert ensuite à une bonne dizaine de personnes et elles m’ont toutes dit : « On n’est plus le/la même après l’avoir lu. » Ce que j’avais aussi ressenti sans oser le dire.

Si vous voulez sourire en entrant dans le monde baroque et excessif de ce malheureux Mormon qui a une liaison, mais aussi comprendre par un roman comment on peut aimer plus un enfant « différent » ou encore « vivre » la mort d’un petit garçon, engagez-vous ! Et, à certains passages lus vers 1 heure du matin, si vous n’avez pas tout à coup un petit picotement aux yeux, vite, consultez !…

Pour les amateurs : une créativité proche de celle des premiers romans de John Irving, et notamment du monumental « Monde selon Garp ».

Et si vous avez aimé, plongez alors dans « Le destin miraculeux d’Edgar Mint », premier roman de Udall, écrit dix ans plus tôt, et préparez-vous à un voyage mouvementé…

« La mort de Napoléon » de Simon Leys.

Vous ne vous en souvenez peut-être pas, mais, en 1971, Simon Leys a publié « Les habits neufs du président Mao », premier livre violemment critique sur la personne et la politique du Grand Timonier, au moment même où l’Europe intellectuelle se pâmait devant le Guide. C’est un coup à ne pas se faire que des amis : il est parfois dangereux d’avoir raison trop tôt.

Vous ne le savez peut-être pas, mais Leys est belge, de son vrai nom Pierre Ryckmans : c’est ce compatriote, professeur en Australie, mondialement connu et proprement ignoré chez nous, dont les deux fils se sont retrouvés apatrides pour je ne sais plus quel imbroglio administratif.

Leys est un sinologue, un vrai. Un historien d’art, un vrai. Ici, il fait ses premiers pas de romancier : un (tout) grand !

Petit livre de 120 pages, « La mort de Napoléon » vous emmène dans une étrange mais passionnante histoire, où l’imagination le dispute à l’humour et qui pose une intéressante question : peut-on (re)devenir ce que l’on est… ?

« Mort ou vif » (1 et 2) de Tom Clancy.

Une déception ! Ecrit « en collaboration », le retour, annoncé en couverture, du maître du roman d’espionnage et de la géostratégie est une pure opération de marketing : on rage de s’y être laissé prendre ! Gardez-vous de ce pastiche involontaire et alimentaire et retournez aux chefs-d’œuvre du maître : « Octobre rouge » ou « L’Ours et le Dragon », par exemple.

« Trotski » de Robert Service.

Ce gros livre, annoncé par la critique comme la première biographie de Trotski « écrite par un non-trotskiste » vaut effectivement la peine. R. Service, le maître-historien d’Oxford nous fait revivre la vie et l’action de l’une des figures de la révolution d’Octobre et des années troubles qui suivirent. Exilé, pourchassé et, finalement, assassiné sur ordre de Staline, il est longtemps un symbole de la « vraie révolution mondiale » qui libérerait les plus pauvres et, à ce titre, régulièrement hagiographié et t-shirtisé. Seigneur Dieu, si j’ose écrire, comme on en est loin. L’organisateur de massacres, le sauvage fondateur de l’Armée rouge, le théoricien de la dictature apparaît pour ce qu’il était sans doute : un Robespierre des neiges. Et pour la vieille question de savoir si le changement de l’ordre des choses justifie voire réclame la terreur, faites-vous une idée…

« David Lean, les premiers chefs-d’œuvre » (5 DVD)

Vous n’avez probablement pas pu échapper au « Pont de la rivière Kwaï », ni au « Docteur Jivago », encore moins à « Lawrence d’Arabie », les grandes et superbes machines de David Lean, qui nous ont emmenés dans la jungle birmane, les steppes glacées ou le désert d’Arabie.

Par contre, ses tout premiers films, tournés en Grande-Bretagne au lendemain de la guerre avec des budgets de circonstance, ne vous rappellent peut-être rien. Dommage !

Regardez par exemple « Brève rencontre » (1945). Vous vous y verrez sans doute sur un quai de gare, le cœur battant, aussi sûrement que vous étiez dans l’armée de Lawrence pour la prise d’Akaba. Sentiments garantis ! Et si vous avez aimé « Sur la route de Madison », vous verrez où Eastwood a puisé sa vision de ce thème éternel : l’amour impossible.

« Tinker, Taylor, Soldier, Spy », coffret BBC de 4 DVD.

C’est le titre anglais, tiré d’une comptine, de l’immortel best-seller de John Le Carré, « La Taupe ».

A la fin des années 70, la BBC en avait fait une série, avec Alec Guinness dans le rôle de Smiley, le maître-espion britannique qui engage une lutte à mort avec son « homologue » soviétique, Karla. L’anti-James Bond : haut fonctionnaire déchu, mari trompé, manteau élimé, Smiley va tout faire pour identifier « la taupe » qui s’est infiltrée au plus haut niveau des services anglais.

Ambiance assurée : quand Smiley va retrouver, dans sa petite maison d’Oxford, celle qui est devenue une très vieille demoiselle et qui, vingt ans plus tôt, avait recruté tous les suspects, elle comprend très vite. Et elle ne veut pas savoir lequel de ses « boys » a trahi : « If it’s bad, don’t come back, Smiley »…

Attention ! Le (nouveau) film sort en janvier sur les écrans bruxellois. Vous comparerez.

« Le Guépard » de Luchino Visconti (DVD).

Oui, encore et toujours lui. Depuis trois ans, la résolution d’un sombre conflit de droits a permis la réédition – magnifique – du chef-d’œuvre absolu du cinéma de tous les temps et de tous les pays.

Pour moi, un film réclame une histoire, des images et des sentiments. A ces titres, « Le Guépard » est un hyper-film : la fin d’un monde , les palais siciliens et la scène du bal où, le temps d’une valse, Claudia Cardinale est séduite par un vieux monsieur plutôt que par Alain Delon. Rien que pour ça, vaut le détour…

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