Igor Kordey, l’imperator du trait
posté le 21 février 2008 |
catégorie interviews, les sorties

Star de la bande dessinée croate, Igor Kordey a dessiné Star Wars
et les X-Men avant de triompher en Europe avec « L’Histoire secrète ».
entretien
Igor Kordey est un solide gaillard à la voix de barbouze et à la poigne de Heavy Metal, la revue qui l’a révélé aux Etats-Unis. Il a débarqué en Europe avec Smoke, un polar graphique coup de poing en noir et blanc. Son succès explose avec le cycle de L’Histoire secrète, scénarisé par Jean-Pierre Pécau, et vendu à plus de 500.000 exemplaires. Il réussit à dessiner un épisode en deux mois sans faiblir, puis poursuit sur sa lancée avec la série Empire. Il entame ensuite une collaboration avec Jean-David Morvan, créateur de Sillage, sur Le cœur des batailles. Aujourd’hui, ils adaptent ensemble le Taras Boulba de l’écrivain russe Nicolas Gogol avec une violence intérieure d’une rare force épique. Igor Kordey était en Belgique les 13 et 14 février. Nous l’avons capturé à Bruxelles.
Où avez-vous appris à dessiner cinq albums par an ?
Cela a toujours été en moi ! Je n’ai pas besoin de modèle ni de documentation pour dessiner. Tout est enregistré dans ma tête. Quand je dessine, ma main est comme celle d’un pianiste qui joue sans devoir lire les notes. Et puis je me suis perfectionné chez Marvel aux Etats-Unis, où il faut bosser énormément pour pouvoir vivre de son dessin. Les Américains ont l’habitude de dire que la bande dessinée, c’est 10 % de talent et 90 % de « hard work » !
Vous êtes né à Zagreb. Vous avez fait la guerre de Yougoslavie. Cela influence le regard que vous portez sur la guerre ?
La guerre n’est jamais une bonne expérience humaine. J’ai été enrôlé de force alors que je faisais du shopping à Trieste. On m’a fait enfiler l’uniforme et je suis parti au front. Je suis patriote et il n’est pas indigne de défendre son pays. Mais dès que j’ai pu me tirer de là, je l’ai fait, tant la situation de la Croatie était devenue catastrophique. Sans la guerre, je ne me serais jamais retrouvé au Danemark, puis au Canada et aux Etats-Unis.
Travailler pour Marvel et DC Comics sur Star Wars, Star Trek ou les X-Men, c’est le rêve de tout auteur de bande dessinée ?
Sauf que dans la réalité, ils exploitent les auteurs à fond ! On n’a aucun droit de regard sur ce que l’on fait. Il n’y a pas le respect de l’auteur que l’on connaît en Europe. Le comics, c’est d’abord une industrie. Ce qui intéressait les Américains, c’était que je parvenais à fournir trois ou quatre livres par an. Quand Bush est arrivé, c’est devenu encore moins drôle avec le retour de la censure. Ils rajoutaient digitalement des panties sous les minijupes des super-héroïnes. On acceptait la violence mais pas la sensualité. J’en ai eu assez de cette hypocrisie !
Vous changez de style comme de série. L’atmosphère historique de « Taras Boulba » ne doit rien aux super-héros ou à l’univers sombre de « Smoke »…
Mon style, c’est l’instinct. Pour les super-héros, il faut se couler dans le modèle de l’éditeur. Avec Smoke ou Taras Boulba, je peux exprimer ma propre personnalité, choisir les décors, le format…
Il y a comme une violence sourde dans la personnalité de Taras Boulba. Elle est naturelle ?
Les Cosaques étaient élevés dans la tradition militaire. Ils se sont retrouvés coincés entre les Polonais, les Mongols, les Tartares… Il était impossible pour eux d’échapper à la violence ou de se mettre à travailler la terre. La violence dans leur chef était un comportement moral normal.
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