La griffe punk de KSTR

Crayon anarchiste de la punkattitude, Cha dédicace ses « Allumeuses », les héroïnes anti -Star Ac.

entretien

Cha a 25 ans, la gratte et le crayon acérés. Son blog graphique déchire le ronron de la société de consommation et crache sa rage radicale contre le puritanisme. Ses bandes dessinées ont une identité forte. Ses dessins portent un message anarchique, naïf et toujours sincère. Après un début de carrière fêlé dans le fanzinat du côté de My Way ou Psikopat, la Française a explosé sa punkitude dans Speedball, « un comix où la folie alimente les bourgeons qui donnent vie aux ronces vivaces de l’anticonformisme ».

Sans jamais tomber dans la provoc facile, les albums de Cha libèrent un cocktail d’énergie dévastateur, comme un « plongeon au plus profond de l’âme humaine et de ses débordements ».

Elle va secouer les séances de dédicaces de la Foire du livre, où elle diffusera le CD tranchant et révolté de la B.O. de son nouvel album, Les Allumeuses. Un livre paru chez KSTR, le label ado de Casterman, une fable rebelle, un missile d’humour punk contre la Star Ac où les héroïnes pratiquent le « brûlage de culotte » en direct…

La punkattitude est-elle compatible avec la bande dessinée, ce média petit-bourgeois destiné, à l’origine, à inculquer le saint respect des valeurs chrétiennes ?

C’est devenu un média comme un autre. Je regarde la BD comme un support dont on est libre de faire ce que l’on veut. Artistiquement, il est tout à fait possible aujourd’hui de faire passer un message anarchiste en BD. Au plan éditorial, l’ouverture d’esprit est infiniment plus grande qu’hier…

La BD alternative s’exprime sans limites sur internet avec les blogs d’auteurs où tous les coups sont permis. Votre blog, chabd.com, est un exemple rock’n’roll et sexuel de cette belle jeunesse. Pourquoi s’imposer les contraintes morales, techniques et esthétiques de l’édition papier quand on peut se défoncer sans contraintes sur le net ?

C’est vrai que le blog n’est tributaire de personne sinon de son auteur. Je peux y fixer mes propres limites. La liberté de ton n’est pas la même dans l’édition. Mais le papier se lit différemment et c’est un objet que l’on peut posséder.

Dans le même esprit, vous avez sauté de « Psikopat » à « Spirou » sans sacrifices ?

Spirou, c’est l’occasion de toucher un public très important et puis j’ai grandi avec quand j’étais petite. Il y a bien sûr un ton familial à respecter mais c’est vachement agréable de bosser pour un titre aussi mythique et cela ne m’a pas empêché de retourner au fanzinat, qui est la source de vie de la BD indépendante. Donc, au bout du compte, ce n’est pas un sacrifice, d’autant que j’ai quand même eu pas mal de liberté chez Spirou, tout en évitant évidemment de pousser le bouchon trop loin.

« Les Allumeuses » est votre deuxième bouquin dans une grande maison, après « Helpie » chez Delcourt. Comment passe-t-on de l’« underground » au « mainstream » ?

Le coup de chance ! J’ai envoyé le synopsis de Helpie et Delcourt l’a pris tout de suite. Pour Les Allumeuses, KSTR cherchait des projets rock’n’roll. Ils ont vu mon blog et ils ont pris le projet, que j’ai travaillé avec le scénariste belge François Maingoval, tel quel, sans rien retoucher !

Votre Pop Academy vitriolise la Star Ac. Vous n’aimez pas cette télé à paillettes ?

Je prends ça avec beaucoup de recul et de cruauté malsaine. Je trouve complètement ridicule de fabriquer des stars de toutes pièces, en les formatant pour le showbiz. C’est le troisième sous-sol de l’art.

L’auteur sera à la Foire le samedi 8 mars.

COUVREUR,DANIEL

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