
Bande dessinée Les 70 ans du magazine de « Spirou »
Classieux. Pour ses 70 ans, « Spirou » pirate
« Le Soir », s’offre du beau papier et des bonus de mini-récits.
entretien
Spirou tient tête à la concurrence et aux modes depuis 70 ans. Seule la Propaganda Abteilung a réussi à empêcher le groom de sortir de Marcinelle, au plus fort de l’Occupation nazie, entre 1943 et 1945. Depuis, le journal n’a cessé de découvrir de nouveaux talents.
Le magazine fondé par Jean Dupuis en avril 1938 fera naître Valhardi, Lucky Luke, Buck Danny, Johan et Pirlouit, les Schtroumpfs, Jerry Spring, Gil Jourdan, Gaston Lagaffe, Boule et Bill, Natacha, Yoko Tsuno, les Tuniques bleues, Sammy, Cédric, les Innommables, Germain et nous, Jérôme K Jérôme Bloche, Théodore Poussin, Soda, le Petit Spirou, Largo Winch, Mélusine, Kid Paddle, Parker et Badger les Nombrils ou Nelson… Zut ! dirait M. le Comte de Champignac : impensable de les citer tous tant l’Ecole belge de Spirou a marqué l’histoire de la BD.
Pourtant, ces six dernières années, Spirou a vu la moyenne de sa diffusion payante chuter brutalement de 28.000 à 19.000 exemplaires en Belgique. Le nouveau rédacteur en chef, Frédéric Niffle, tente de remettre de la stabilité dans les chiffres de vente. Entre-temps, Spirou pirate Le Soir d’un mini-récit sur l’adolescence de Spirou signé par Emile Bravo.
Le nouveau « Spirou » a maigri et retrouve une ligne d’apparence plus classique. Où sont les vrais plus pour le lecteur ?
Le fil rouge de la nouvelle maquette, c’est de prendre ce qu’il y a eu de meilleur dans les 70 ans de la vie de Spirou et s’en inspirer pour faire quelque chose de contemporain. On va, par exemple reprendre l’idée des mini-récits à fabriquer soi-même. Lewis Trondheim, Grand Prix du Festival d’Angoulême, signera le premier. On renoue avec le principe d’une couverture originale spécialement dessinée pour le journal : chaque numéro doit être un trésor à conserver précieusement, comme à l’âge d’or de Franquin. On s’inspire de la rubrique légendaire du Fureteur dans la Gazette, des textes mordants en direct de la rédaction. Nous avons notre Galerie des illustres, où de grands noms de la BD dessinent leur premier souvenir de Spirou. Il y a les Aventures d’un journal, une rubrique qui fait revivre les héros mythiques de Spirou sans republier platement les albums. L’époque des histoires à suivre est passée. Au final, c’est vrai qu’il y a seize pages de moins mais le journal est imprimé sur un plus beau papier et il offrira un supplément chaque semaine dont la fabrication coûte plus cher que les pages supprimées.
On ne lira plus que des récits complets dans « Spirou » ?
Nous publierons encore une ou deux aventures à suivre mais découpées en trois ou quatre épisodes maximum. Les séries télé et l’internet ont changé la perception des rythmes de lecture.
Les nouveaux Pieds-Nickelés de Dupuis
Bande dessinée Jeunes auteurs et héros modernes pour les 70 ans du magazine « Spirou »
entretien
Frédéric Niffle, l’espiègle frais émoulu rédacteur en chef de Spirou, ne renie pas les 70 ans de l’héritage laissé par ses prédécesseurs. Il n’a pas l’ambition impossible de remonter le journal aux tirages de l’âge d’or : 150.000 exemplaires par semaine en France et 85.000 en Belgique dans les années 1960. Mais avec un coup de pouce de jeunes auteurs et de héros d’aujourd’hui, il veut s’attacher à reconquérir l’image « tous publics » qui a fait la popularité du journal.
Viser le « tous publics » a-t-il encore un sens à une époque où la BD s’est spécialisée dans le roman graphique, l’autobiographie, l’héroïc-fantasy, l’historique, le manga… ?
Au départ, le « tous publics » était un genre en soi. On parlait de la bande dessinée sans distinguer les genres, les cibles, les tranches d’âge. Les temps ont changé, d’accord. Mais il existe encore des films et des romans « tous publics ». Alors pourquoi pas des BD ? C’est justement en choisissant ce credo que Spirou peut retrouver une vraie spécificité. Et je crois qu’il est plus facile de toucher tous les publics à travers un journal qu’à travers un album. Spirou est le dernier hebdomadaire de bande dessinée pour les 7 à 77 ans. Ses concurrents, Tchô !, Kid Paddle, Mickey, Lanfeust… sont plus ciblés sur les enfants ou les ados et ne paraissent pas toutes les semaines.
En 2005, Dupuis avait boosté le journal à 68 pages et visait les 200.000 exemplaires. Vous avez des objectifs précis ?
Il est devenu impossible de produire un magazine de bande dessinée de 68 pages de qualité chaque semaine. Mickey propose à peine 30 pages de BD et achète souvent les meilleures séries de la concurrence pour y arriver ! C’est pourquoi nous sommes modestement redescendus à 52 pages, ce qui nous permet d’investir dans des suppléments comme le « paper toy » de cette semaine : un buis de la série Seuls à monter soi-même. Pour le reste, le journal n’a pas pour mission de dégager du profit mais de redevenir le porte-drapeau créatif des éditions Dupuis. Le journal, c’est la véritable identité de la boîte mais il faut stabiliser les ventes sinon il finira par disparaître. Il ne s’agit pas de faire plaisir aux patrons mais de plaire aux lecteurs.
Vous avez déjà recruté de nouveaux auteurs ?
On va voir Benoît Feroumont, auteur du dessin animé wallon Dji vou veu volti, créer un Astérix du Moyen Age avec des personnages d’oiseaux cafeteurs à mourir de rire. Hugo Piette signera Cravate, une bande de Pieds-Nickelés cruels qui sévissent à bord d’un bateau. Baru, auteur des Années Spoutnik, lancera sa nouvelle série dans le journal. Lewis Trondheim prépare un mini-récit de 30 pages… Mais je ne vais pas jouer les Anciens contre les Modernes. Les Cauvin, Tome ou Midam resteront bien sûr les stars du journal.
COUVREUR,DANIEL
