
Olivier Grenson s’aventure là où on ne l’attend pas, au pied des terrils, dans un album au trait intuitif et à l’héroïne sensible.
entretien
Julie a fait l’apprentissage de la vie sur le terril, en bravant le mépris d’une mère absente. Elle a cherché l’amour dans les bras de Théo et joué avec le feu. Elle s’est retrouvée aux assises puis en prison mais sans jamais perdre son optimisme. Denis Lapière a mis son procès en scène. Olivier Grenson la dessine dans un décor qui a bercé sa propre enfance. Pour cet album publié dans le cadre des vingt ans de la collection « Aire Libre », Olivier Grenson se détache de ses héros en série, Carland Cross ou Niklos Koda. Il fait mouche d’un coup de crayon sensible qui rend la personnalité de Julie crédible et farouchement attachante.
C’est votre première histoire dans un décor belge : un réel moment d’émotion ?
Le récit de Denis Lapière se passait initialement en Bretagne. Pour me rapprocher de Julie, j’ai demandé à Denis, qui est belge comme moi, si on ne pouvait pas l’ancrer plutôt du côté de Charleroi. Il a été immédiatement d’accord. Mon dessin dégage une poésie, une nostalgie dans le regard porté sur Charleroi. Je vois les usines de mon enfance comme des paquebots de science-fiction échoués. J’ai transcendé le réalisme des décors par la lumière. La centrale électrique est celle où mon père a travaillé toute sa vie. Les assises sont celles de Mons. Il y a beaucoup de moi dans Julie, même si c’est une fille. Et beaucoup de Denis aussi.
Julie accumule les accidents dans la vie et pourtant, elle rayonne même dans les ennuis !
Personne n’est jamais totalement positif ni négatif. Julie joue sur le fil, tout en fragilité. Il peut arriver à chacun de faire le mauvais choix. La vie peut basculer, surtout à l’adolescence. J’ai choisi d’être intuitif dans l’interprétation du personnage imaginé par Denis. Julie m’a touché.
Cet album est en rupture avec vos autres héros au profil psychologique plus traditionnel…
J’en avais besoin depuis longtemps. Julie m’a permis de développer la sensibilité dans le trait. Je suis à l’affût d’histoires sensibles. Celle de Julie est un vrai bonheur. Elle me permet d’explorer la profondeur du dessin. Je me sens proche de cette femme. Julie me remet en question.
Julie révèle aussi la facette rock’n roll de votre personnalité.
Quand j’ai dessiné sa chambre, j’ai pensé à mes références à son âge : le sac tatoué AC/DC, le poster de The Cure…
Et le titre de l’album en hommage à un single d’OMD ?
J’étais fan de new wave et je connaissais OMD mais ce titre de La femme accident est un fruit du hasard. Ni Denis ni moi ne connaissions la chanson. Quand on a compris que le titre que nous avions imaginé pour l’album existait déjà sur un disque d’OMD, ce fut un autre moment magique.
