Une perle noire d’heroic fantasy
posté le 6 novembre 2008 |
catégorie interviews

entretien
Chevalier des temps mauvais, le Guinea Lord incarne les forces du mal. Tout droit jaillie de l’enfer imaginaire des Belges Jean Dufaux et Philippe Delaby, cette créature diabolique est l’un des plus terrifiants méchants de l’histoire de la bande dessinée. Il incendie le sixième tome de la Complainte des landes perdues d’une rage nihiliste à donner le frisson aux moriganes. Le dessin de Philippe Delaby porte la griffe du démon. Il nous en parle sans tourments.
Le Guinea Lord est un seigneur des ténèbres, que l’on verrait bien en guest star du « Seigneur des anneaux ». Comment l’avez-vous créé ?
Avec Jean, nous avons digéré les forces de l’inconscient du mal ! Il sort de l’enfer avec son oriflamme. C’est une entité démoniaque complètement invincible. Tout ce qui est humain doit périr à ses yeux. Il incarne l’affrontement vieux comme le monde entre le bien et le mal, avec des ingrédients symboliques arrachés au tréfonds de l’âme humaine…
Il tranche les têtes à la hache avec une violence immédiate dont on ne vous croyait pas
capable graphiquement !
Cet album est porté par la volonté de camper des scènes fortes qui feront réagir le lecteur, même s’il y a des séquences plus poétiques. Je n’ai pas été dégoûté en les dessinant parce que Jean et moi étions d’accord de réaliser quelque chose de vraiment violent avec un crescendo sombre, qui marque un tournant dans la série. Au-delà, cette histoire n’a rien de réel. Cela reste de la bande dessinée mais avec une forme de progression dramatique très noire.
L’esthétique celtique se marie au fantastique dans cet album. Les Complaintes croisent cinéma et légendes oubliées ?
Exactement. Les moriganes sortent des légendes celtiques mais leur forme doit beaucoup au cinéma fantastique. J’ai pensé à Alien en les dessinant et j’ai multiplié les exercices graphiques, ajouté des tentacules, des orbites vides, une gueule très différente pour éviter une référence visuelle trop immédiate. Il faut parler de filiation plutôt que de référence.
Il y a aussi cet objet magique,
le Fitchell, qui tue les esprits menteurs. Une réussite
graphique et littéraire absolue !
Jean est l’inventeur de cette boule de vérité. Je l’ai parée de signes celtiques et cabalistiques dont certains sont authentiques. Le Fitchell est une entité dangereuse avec laquelle on peut jouer pour connaître la vérité mais à ses risques et périls. C’est un objet étrange qui concentre des forces ancestrales, dont l’origine inconnue remonte à la nuit des temps. C’est un bonheur de gamin de pouvoir créer des objets comme celui-là.
COUVREUR,DANIEL
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