Marc Sleen entre au musée avec le Roi
posté le 18 juin 2009 |
catégorie news

Bande dessinée Néron
Légende de la bande dessinée flamande, Marc Sleen a créé 217 albums de Néron dont 101 ont été traduits en français. L’auteur figure dans le top 50 des Belges les plus populaires en Flandre. Adoubé chevalier par Albert II, il est entré au Guinness Book comme le créateur de bande dessinée le plus prolifique au monde avec 125.592 cases crayonnées de sa main, sans assistant ni ordinateur.
Jeudi matin, le Roi a inauguré le Musée Marc Sleen, rue des Sables, en face du Centre belge de la bande dessinée, au rez-de-chaussée des anciennes Presses Socialistes. À 86 ans, Marc Sleen, est le premier auteur de bande dessinée à recevoir un musée à son nom de son vivant, sur les lieux mêmes où son personnage fétiche, Néron, a vu le jour en 1947. « La rue des sables était la rue de la presse, se souvient le dessinateur. Je travaillais à quelques mètres d’ici, au premier étage. La boucle est bouclée. C’est extraordinaire d’avoir son propre musée et de pouvoir s’y promener avec le Roi bras dessus, bras dessous. Hergé voulait faire de la BD pour les 7 à 77 ans. Moi je vise les 6 à 86 ans, depuis que j’ai croisé un vieux professeur avec le Standaard sous le bras et qu’il m’a dit : “J’ai 86 ans, je suis Docteur en droit et chaque matin, je lis vos histoires”… »
Au nombre d’albums vendus, Marc Sleen est le seul rival populaire de Willy Vandersteen. Néron incarne comme Bob et Bobette le succès de l’École flamande de la bande dessinée dans le grand public. Pourtant, à l’image de la plupart des héros de Flandre (lire ci-contre), il n’a jamais réussi à conquérir la France. Marc Sleen a interrompu la série en 2002 et plus aucun titre n’est disponible en français depuis 1987. Quand la fin de Néron a été annoncée dans le Standaard, une lectrice en larmes a supplié l’auteur : « Laissez-le partir avec une fusée ou entamer une nouvelle vie avec Neptune au fond de la mer. Il y a tant de manières de le laisser partir… Mais ne le tuez pas ! »
Coulé dans le bronze du succès
Comme Tintin, Néron était né par hasard dans la presse quotidienne avec la seule ambition de « faire sourire le lecteur ». Il était l’assistant du détective Van Zwam dans Ons Volk (lire ci-dessous). Marc Sleen a grandi le crayon en bouche. À l’âge d’Adhémar, le fils de Néron, il griffonnait déjà sur les murs et les chapeaux melon de son père. Aujourd’hui, ses héros ont été coulés dans le bronze à Hoeilaert où il vit, et à Turnhout, la Mecque de la bande dessinée flamande. À l’image de ce qui s’était produit pour la statue de Tintin, des Millesabords ont aussi tenté de ravir ces bijoux de l’imaginaire belge !
Géré par le Centre belge de la bande dessinée, le Musée Marc Sleen présente une sélection des trésors de la Fondation Marc Sleen, riche de plus de 15.000 documents originaux. Dans le cadre de Bruxelles « 2009, Année de la bande dessinée », la Région bruxelloise a contribué au projet pour un montant de 725.000 euros.
Musée Marc Sleen, 31-33 rue des Sables, 1000 Bruxelles. Ouvert tous les jours (sauf lundi) de 11 à 13h et de 14 à 18h. Entrée : 2,50 euros (1 euro moins de 12 ans). Infos : 02-219.19.80 et www.marc-sleen.be
Néron, Adhémar, Millesabords, Jean Muscle…
Fantaisiste délicieux, Néron débute sa carrière en 1947, dans l’ombre du détective Séloigne (Van Zwam). Il s’appelle Schoonpaard jusqu’au soir où, sous l’emprise d’une chopine de bière Matsuoka, il se rêve empereur de Rome et prend le nom de Néron pour ravir la vedette au héros de la série.
Caricature du Belge ordinaire, Néron aimerait passer ses journées en pantoufles à lire le journal. Il aspire à la paix, au silence, à la tranquillité mais, « Crac ! Boum ! » : son auteur peu cartésien prend plaisir à le « bambouler » dans des situations abracadabrantesques.
Pour s’en tirer, il peut compter sur Jean Muscle, le tenancier de la baraque à frites, un pote du roi Albert II et une armoire à glace. Ou sur le Capitaine Huilepul, un loup de mer qui ne le laisse jamais couler. A la maison, c’est un autre flibustier qui empêche Néron de dormir, Millesabords, le plus fêlé de la famille, un pirate à barbe blanche, expert en canonnade et sabre d’abordage. Gaston le sifflet, l’agent 794 de la police de Bruxelles, est la première victime des salves de joie et de nonsense de cet énergumène.
Les principaux compagnons de mésaventures de Néron sont les Philistin. Philistin, riche bourgmestre francophone de Moerbeke, bafouille le flamand comme un éléphant ingrat. Sa femme porte la culotte, fume la pipe et dorlote ses enfants adoptés, Bambou et Boulette, deux personnages clés du monde de Néron. Fils d’un chef africain, Bambou est l’esprit le plus inventif de la série. Boulette est orpheline. Les deux sont inséparables. Marc Sleen casse les clichés de famille avec un insatiable appétit burlesque.
Les propres enfants de Néron sont de purs produits surréalistes : Clo-Clo, un vieux gamin à moustaches capricieux, et Adhémar, le fils iconoclaste, un mystère pour la science, capable de parler comme de fumer la pipe à un an et d’enseigner à Oxford. Eh ! On en oublierait Madame Néron, ses grands chapeaux, sa passion pour les feuilletons télés et sa recette de gaufres de Bruxelles, sans laquelle il est impossible de mettre fin à une aventure de Néron.
Jean-Pol
CES géants de flandre
Jean-Pol a débuté dans Kuifje, l’édition flamande de Tintin. En 1967, il s’affirme en reprenant les Kapoentjes et Piet Fluwijn en Bolleke, des séries imaginées par Sleen, le père de Néron. Il invente un strip de presse, Bi-Bip, publié partout en Europe, puis Annie en Peter. Mais c’est avec les gags de Kramikske qu’il casse la baraque dans Het Volk et entre dans la légende de la BD flamande. Il s’arrête après une vingtaine d’albums pour reprendre Sammy dans Spirou.
Merho
Avec son humour de cabaret, Kiekeboe est devenu un vrai phénomène de société. La série compte plus d’une centaine d’albums et environ 100.000 exemplaires à chaque nouveauté. Son auteur, Merho, a fait ses classes sur la série du petit Jérôme au Studio Vandersteen. En 1977, il a créé la famille Kiekeboe dans Het Laatste Nieuws, dont la star est une jeune ado populaire et sexy, Fanny, qu’on a même vue poser pour un calendrier coquin de P-Magazine.
Jef Nys
L’auteur de Jommeke a pour seule ambition de distraire le public sans académisme ni prise de tête. Sa devise ? « On ne rit pas assez dans la vie ». Sa vision de la bande dessinée ? « Un art mineur, ni du Rembrandt ni du Rubens ». Ce qui ne l’a pas empêché de se confronter à Panamarenko dans une expo d’objets d’art volants ! Jommeke, c’est un héros tous publics « sans armes ni sexe ni drogue », vendu à plus de 25 millions d’exemplaires en 50 ans.
COUVREUR,DANIEL
Commentaires
répondre