Omar Khayyâm sous le turban de la libre-pensée
posté le 18 juin 2009 |
catégorie les sorties

Les vrais dons de Dieu sont la vie et l’intelligence. Il faut écrire soi-même son existence. Omar Khayyâm
en est mort. En illustrant son destin, Jean Dytar enlumine un petit miracle de liberté d’expression.
L’astrologue Omar Khayyâm est mort en 1131, peu après la naissance de la secte des Assassins. Ce poète libertin a vu basculer l’Iran de l’islam chiite dans l’islam sunnite, brutalement institué en religion officielle. Il a observé comment Hassan ibn Sabbah, son ami d’enfance, a élevé le meurtre au rang « d’art sordide » en fondant la secte des Assassins.
Faux prophète, Hassan a construit le paradis sur Terre d’après les descriptions du Coran, en faisant croire à ses guerriers qu’il avait reçu d’Allah le pouvoir d’y emmener ses meilleurs hommes de leur vivant… Libre comme l’air, la tête dans les étoiles, Omar Khayyâm s’est dit horrifié par ce jardin diabolique destiné à transformer les hommes en machines de mort : « J’essaie de fuir l’hypocrisie et le mensonge. J’invite les hommes à dépasser les idées toutes faites, quand tu t’évertues à dissoudre en eux la moindre parcelle de pensée autonome. »
Houspillé par les fanatiques, traité d’impie, d’hérétique, de débauché, Omar cultivera jusqu’au bout l’art délicat de se jouer du destin. Le grand astronome d’Ispahan, auteur des célèbres Robbayats, aimait s’endormir le gosier satisfait, après avoir goûté aux plaisirs de la femme. Le trait inspiré par les miniatures persanes, Jean Dytar dresse le portrait mythique d’Omar et transporte son récit dans la légende.
Le sourire des marionnettes a la beauté des icônes et pose des questions éternelles sur la politique, la religion, le bonheur. Entre têtes coupées et scènes gentiment érotiques, la Perse du XIe siècle hésite et marchande sur les voies de Dieu. Hassan Ibn Sabbah lui promet les plaisirs spirituels. Les disciples d’Omar Khayyâm leur préfèrent l’épicurisme du vin et de la chair.
Sous le turban d’Omar Khayyâm, la libre-pensée est la figure centrale du livre, le point de résistance à la pensée unique. Peu importe ce qui est vrai, ce qui est faux, ce que les écritures ont rapporté, oublié ou transformé. Jean Dytar épure l’Histoire des détails et des incertitudes pour galoper à l’essentiel.
Admirable, le récit embrasse la sagesse, la beauté, pose un regard lucide sur la liberté, la fascination du pouvoir, le rejet de l’illumination. Jean Dytar boucle un album poétique aux couleurs philosophiques. Un millénaire plus tard, la dialectique entre les personnages trouve un écho fascinant dans l’actualité du XXIe siècle.
Un livre à méditer tout au long de l’été pour ne pas faire trois petits tours sur la plage et retomber dans la boîte du néant.
COUVREUR,DANIEL
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