Bob et Bobette, héros de l’été

Bande dessinée Réédition des albums de l’âge d’or, expositions et dessin animé

Mort à 77 ans, l’âge où l’on devait arrêter de lire le journal Tintin, Willy Vandersteen a écrit l’histoire de la bande dessinée flamande en lettres d’or. Ce diable de raconteur a produit plus d’un millier de titres et publié 25 séries différentes. A la tête, comme Hergé, de son propre studio dès 1952, il a laissé un empire éditorial qui vend quatre millions d’albums par an, dont l’essentiel est écoulé en Flandre et aux Pays-Bas.

Sur le marché francophone, les héritiers de Vandersteen font le pari du nouveau long-métrage en 3D des Diables du Texas, réalisé en bonne part dans les studios liégeois de CoToon, pour redresser l’image des héros. Depuis la disparition de l’auteur en 1990, une surproduction d’aventures commerciales a dévalorisé leur cote.

Ricky et Bobette sont nés le 30 mars 1945 dans le journal De Dag. Dès le second épisode, Ricky, trop proche de Tintin, est remplacé par Bob. Tante Sidonie fait déjà partie de la famille. Lambique et Jérôme la rejoignent un peu plus tard.

En 1949, le fondateur du journal Tintin, Raymond Leblanc, cherche de nouveaux talents. Le succès de Bob et Bobette pourrait booster les ventes de Kuifje, l’édition flamande de Tintin. Leblanc attire Vandersteen mais le directeur artistique du journal, Hergé, s’oppose à l’irruption de Bob et Bobette aux côtés de Tintin. Les personnages sont trop éloignés de la ligne claire.

Le rédacteur en chef de Kuifje, Karel Van Milleghem, et Raymond Leblanc vont convaincre l’auteur de faire évoluer son dessin. « Quand je suis arrivé, je me suis fait taper sur les doigts par le directeur artistique !, racontera Vandersteen. Mes dessins étaient trop caricaturaux. Cela manquait surtout de lisibilité. Il est vrai que jusqu’alors, je ne me souciais guère des proportions et des perspectives. Je laissais courir mon crayon. Hergé, qui est un perfectionniste et qui entend volontiers imposer son style à tout le monde, m’a contraint à plus de discipline. Tout en sachant que je ne parviendrais sans doute jamais au niveau d’épuration qui est le sien, je me suis plié à ses exigences. »

La Collection bleue

Vandersteen dessinera huit albums pour le journal Tintin, considérés comme autant de chefs-d’œuvre. Ils sont entrés dans l’histoire sous le label de la Collection bleue, en raison de la couleur bleue de la couverture et par opposition à la couleur rouge des Bob et Bobette, parus dans le Standaard et publiés en français aux éditions Erasme. Vandersteen y trouve l’équilibre entre sa spontanéité et la crédibilité du trait hergéen. Bob et Bobette préfèrent désormais les décors de Monaco, Venise ou Bruges aux cités imaginaires. Hergé applaudit : « Willy Vandersteen est le Breughel de la bande dessinée ! »

L’évolution n’est pas seulement graphique. Bob et Bobette se séparent de Tante Sidonie, qui comme chacun le sait n’est pas la femme de Lambique alors qu’elle vit sous le même toit : impensable dans la petite bourgeoisie francophone des années 1950 ! L’insupportable Bobette coupe ses couettes rebelles, se transforme en jeune fille modèle et adopte un chignon sage. Bob se mue en jeune garçon courageux sur le modèle de Tintin. Lambique se pique d’être un Tonton sérieux.

Le premier tome de la Collection bleue, Le fantôme espagnol, réédité avec Le Soir, est à nouveau disponible, dès ce samedi, dans la version originale du journal Tintin. Bob De Moor, le bras droit d’Hergé, disait de cet album : « Willy à ce don très rare d’imaginer des histoires tout à fait insensées, qui échappent à toute logique. Avec Le fantôme espagnol, il vient enfin de prouver qu’il est un illustrateur talentueux et d’une prodigieuse efficacité. » Les sept autres titres bleus de Bob et Bobette suivront, ainsi que l’intégrale des gags du Prince Riri, un joyau épuisé de l’humour ligne claire, créé pour Tintin par Vandersteen en 1953.


Avec 200 millions d’albums vendus dans le monde, Vandersteen fait aussi fort qu’Hergé.

« Le Soir » réédite les albums ligne claire de Bob et Bobette, créés entre 1949 et 1959 dans le journal « Tintin » sous la direction artistique d’Hergé.

à l’affiche

L´épopée bruxelloise de Willy Vandersteen

Du 24 juin au 27 septembre, l’Hôtel de Ville de Bruxelles accueillera l’expo des années Tintin du créateur de Bob et Bobette, avec les originaux traversés par la ligne claire.

Grand-Place, 1000 Bruxelles, www.bruxellesbd.com

Rétrospective Vandersteen

Du 24 juin au 15 novembre, à la Maison de la BD, un hommage au talent de Vandersteen rassemblera des planches de différentes époques de sa carrière.

Boulevard l’Impératrice 1, 1000 Bruxelles,

www.jije.org

Hergé a modéré la loufoquerie de Vandersteen

Quand Bob et Bobette rejoignent Tintin, Vandersteen accepte de couler ses personnages dans le modèle de précision et de clarté graphique souhaité par Hergé. En 1950, Vandersteen posait un regard sans langue de bois sur la métamorphose de ses héros.

« Je pense que si l’on veut sortir le lecteur du train-train quotidien, il faut le faire avec des trucs qui ne peuvent exister que sur le papier mais Hergé ne partage pas cet avis. Il désapprouve ce qui n’est pas plausible et il estime que c’est se moquer du public que d’exploiter des invraisemblances trop flagrantes. Il est vrai que chez lui, tout reste dans les limites du possible et que chaque détail est vérifié méticuleusement. Cette divergence d’opinions s’explique sans doute par nos différences d’éducation. Moi, j’ai pratiquement grandi dans la rue et toutes les folies, je crois que je les ai commises. Mes personnages appartiennent à ce même univers populaire où la débrouillardise compense la pauvreté des moyens et où l’imaginaire sublime la banalité du vécu. Peut-on néanmoins réfuter les compétences d’un professionnel comme Hergé ? Sur ses recommandations indéniablement justifiées, mon dessin s’est déjà clarifié. L’obligation qu’il m’a faite de modérer mes excès de loufoquerie se justifie peut-être tout autant. Le récit, je l’avoue, y gagne en lisibilité. »

Les albums dessinés pour Tintin sont, par ordre chronologique de parution : Le fantôme espagnol, La clef de bronze, Le casque tartare, Le trésor de Beersel, Les Martiens sont là, Le gladiateur mystère, Les masques blancs et La cavale d’or. Le Soir vous propose les redécouvrir chaque semaine à partir de ce samedi 20 juin. Ils seront suivis de l’intégrale en quatre albums du Prince Riri (lire ci-dessous).

Premier album de la série disponible en librairie dès le 20 juin : Le fantôme espagnol, 6,90 euros (hors prix du journal).

il a dit

Pourquoi Vandersteen a-t-il mis fin à sa magnifique collaboration au journal « Tintin » en 1959 ?

« Chacun apportait sa part d’imagination et nous participions tous à un véritable travail de création artistique. Le développement de l’entreprise a pris une telle ampleur qu’on y a le sentiment de ne plus être des artistes, mais de simples artisans corvéables. »

collection bleue

Prince Riri

Au cours de son passage chez Tintin, Willy Vandersteen réalisera aussi la collection de gags du prince Riri, un nouveau personnage né en novembre 1953 dans l’hebdomadaire des 7 à 77 ans. Son Altesse Riri, petit roi capricieux d’une principauté imaginaire est à la source d’incidents diplomatiques à répétition. Son Grand-Maréchal se rend parfois complice de ses idées farfelues, surtout quand elles visent un chef d’état étranger pisse-froid comme le prince Fourak. Quatre albums pamphlétaires, bourrés d’insolence et de joie de vivre vont rassembler l’intégrale des gags du Prince Riri, ce chef-d’œuvre perdu de la ligne claire. Après le départ de Vandersteen du journal Tintin, en 1959, son assistant Edouard De Rop reprendra la série.

Bob et Bobette à la conquête du Texas

lyon

de notre envoyé spécial

Comment transformer un succès de librairie avéré dans le Benelux en produit cinématographique susceptible de fonctionner sur un marché international plus large ? Comment séduire quatre générations ayant grandi avec Bob et Bobette qui, portés au grand écran, doivent trouver une mine plus contemporaine ? Comment présenter ces personnages à un public étranger alors qu’ils sont des icônes en Belgique ? Voilà le genre de questions auxquelles ont été confrontés Eric Wirix et Jan Theys, patrons de Skyline Entertainment, producteurs des Diables du Texas, au Cartoon Movie.

« Nous avons commencé à travailler sérieusement sur le projet il y a environ deux ans et demi, résume Jan Theys. Comme Bob et Bobette est un succès dans le Benelux, nous savions qu’il allait devoir être entièrement financé sur ce seul territoire. » Le budget, à ce jour l’un des plus élevés pour un film belge, avoisine les 10 millions d’euros et combine des fonds publics (flamands comme francophones), une participation du Luxembourg, des Pays-Bas, et d’investisseurs séduits par le tax shelter : Colruyt, Standaard Uitgeverij, Sanoma et autres Corelio…

Le plan des deux business partners, c’est ainsi qu’ils se présentent, est pour le moins ambitieux. Supposé s’étaler sur 15 ans, il doit donner naissance à une véritable franchise inspirée par cinq albums de la série. « Le second film sera La frégate fracassante, que nous traduirons pour l’international en Luke and Lucy and the ghost pirates of the carribean. » Eric Wirix complète avec un large sourire : « En espérant que Jerry Bruckheimer (Ndlr : producteur des Pirates des Caraïbes) nous fasse un procès et que nous puissions ainsi bénéficier d’une grosse publicité. » Le troisième devrait être Les mousquetaires endiablés, et le quatrième, Les cavaliers de l’espace : « Une sorte d’aventure à la Star Trek… Le cinquième album, mon préféré, serait La kermesse aux singes, une sorte de Bob et Bobette meets James Bond meets La planète des singes. »

Pour arriver à « vendre » ces héros hors de nos frontières, Skyline Entertainment dispose de l’arsenal du merchandising : poupées, fournitures scolaires et peignoir de bain. Mais la firme table aussi sur l’expérience acquise précédemment avec Niko le petit renne, un film d’animation danois, sorti chez nous en décembre 2008. « Après avoir acquis les droits pour le Benelux, nous avons traité le film comme si c’était une production maison. En investissant dans un doublage soigné et des voix connues, ainsi que dans une grosse campagne de marketing. En Belgique et aux Pays-Bas, Niko a finalement été perçu comme un produit local, alors que ça n’en était pas un. »

Les Diables du Texas feront leur apparition chez nous pour la Fête nationale, le 21 juillet. Pas moins de 200 salles vont projeter le film en Belgique et aux Pays-Bas. On verra ensuite si le reste du monde succombe ou non à l’humour belge de Bob et Bobette.

STIERS,DIDIER,COUVREUR,DANIEL

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