A Angoulême, dans la Vallée des images
posté le 21 juin 2009 |
catégorie Angoulême

Bande dessinée
Angoulême
De notre envoyé spécial
Hurrah ! Sous un soleil à faire fondre l’Etoile mystérieuse, la ville d’Angoulême a ouvert les portes du plus grand Musée de bande dessinée au monde, samedi après-midi. La récompense d’une croisière fantastique et téméraire, entamée en 1974 avec la création du Festival international de bande dessinée, qui attire quatre jours par an 200.000 bédéphiles dans la cité charentaise. L’Europe participe à l’aventure à hauteur de 4 millions d‘euros sur un total de 10 millions, un budget serré comparé à l’investissement du Musée Hergé de Louvain-la-Neuve dont la facture frise les 20 millions d’euros.
Blotti dans un bras de la Charente, au cœur d’une Vallée des images où 1.700 entreprises et 14.000 créateurs travaillent dans la BD, l’animation, le cinéma, l’infographie, le nouveau Musée d’Angoulême raconte l’épopée de la bande dessinée derrière la façade calcaire de pierre blanche coquillée d’anciens chais à cognac.
Les collections riches de plus de 8.000 dessins et planches originales comptent aussi 43.000 albums et 115.000 revues, d’Akim au Coq hardi, à Fantax, Hara Kiri, Lapin, A suivre ou Walt Disney’s Comics.
La scénographie initiatique serpente du monde enchanté des BD pour enfants vers la contre-culture, de l’invention de M. Jabot par Töpffer en 1827 au Jimmy Corrigan de Chris Ware du XXIe siècle en passant sous le mur des mangas.
Mais l’essentiel du Musée s’arrête à l’Age d’or de la BD franco-belge et des comics américains. Un Meccano de Spirou, des figurines de Gaston, Tintin, Alfred ou Popeye accueillent le visiteur avant de le livrer aux encres de chine des héros de Vaillant, Pif Gadget, Tintin, Spirou, Pilote… Quel bonheur de voir galoper l’original du lieutenant Blueberry au bout du crayon de Giraud, de prendre en pleine figure les coups de poings de Terry et les pirates assénés par Milton Caniff, de dépuceler ses yeux d’adolescent dans les cases géantes de L’Hydragon qui passe avec Jean-Claude Forest…
Le Musée n’a pas peur du choc des époques et des cultures. Un exemple ? Le Bobo de Paul Deliège, prisonnier gag des cases du journal Spirou, affronte le regard acide du Beetle Bailey de Mort Walker, les farces du pirate Pépito de l’humoriste Bottaro, ou les vannes à gros nez du Harry Mickson de Florence Cestac. Et pour ceux qui auraient oublié de rouler de rire avec ces personnages, des canapés proposent de les redécouvrir sur le champ à travers les albums mis à disposition du public en face de chaque vitrine. Samedi, les enfants se les disputaient déjà. Il n’y a pas d’âge pour les classiques.
C’est l’illustration pour les responsables du Musée d’Angoulême que la bande dessinée est un art à facettes : « On peut apprécier une planche de BD pour elle-même, comme un tableau d’Ingres ou de Picasso que l’on collectionne.
Mais les albums et les revues sont aussi des originaux. Nous mettons les planches, les journaux et les livres en relation pour mieux faire percevoir les techniques et la manière de créer des bandes dessinées. Nous évitons la mise en scène, la reconstitution de décors ou l’animation. Nous ne privilégions aucune esthétique, aucun courant. La BD est mondiale aujourd’hui. Après la guerre, les comics américains ont nourri l’Ecole franco-belge. Aujourd’hui, c’est un peu l’inverse quand on entend combien d’auteurs américains se revendiquent de Moebius. Et puis il y a les mangas : les Japonais restent les premiers par la quantité de titres publiés comme au nombre de lecteurs. »
Les réserves d’arts graphiques d’Angoulême conservent tant de trésors, qu’il serait impossible d’en exposer l’entièreté. Des rotations d’originaux sont planifiées tous les quatre mois, ce qui permet également de préserver les planches de la lumière. Parmi les plus belles pièces figurent le fonds Calvo, l’auteur de La bête est morte, le récit de la Guerre mondiale chez les animaux, George Murky Murkoid, une histoire complète de Crumb, le pape de l’underground américain, des dessins rarissimes du caricaturiste Caran d’Ache ou de Benjamin Rabier, le créateur de Tintin lutin.
Au hasard d’un tiroir de la réserve précieuse, Ambroise Lassalle, le conservateur du Musée, nous offre le privilège de toucher des yeux une planche à l’italienne du Sceptre d’Ottokar : « Angoulême l’avait acquise en 1984 pour 10.000 francs. On trouvait cela cher à l’époque ! » Le Musée ne montrera jamais plus de 150 de ses trésors à la fois. Garglll !
Angoulême-Bruxelles : le duel des idoles
Le Centre belge de la bande dessinée de Bruxelles (CBBD) doit-il craindre la concurrence d’Angoulême, autoproclamée samedi par le maire « capitale interplanétaire de la bande dessinée » devant les caméras de la télévision japonaise ? En coupant le ruban tricolore du nouveau Musée de la bande dessinée angoumoisin, Ségolène Royal, présidente de la Région Poitou-Charente a clairement positionné Angoulême comme « le plus grand musée du monde » du Neuvième art.
A Bruxelles, le CBBD, inauguré il y a tout juste vingt ans, affiche aujourd’hui plus de 200.000 visiteurs par an. Plus de 60 % des billets d’entrée sont achetés par des étrangers, principalement français, anglo-saxons, néerlandais, mais aussi allemands, espagnols, québécois, chinois, japonais… Sur ce plan, Angoulême se la joue modeste en visant 50.000 entrées la première année.
Au rayon des collections, le nouveau musée français possède 8.000 pièces. Le Centre belge, par contre, n’est pas propriétaire des 7.000 originaux qu’il conserve pour éviter tout marchandage et par respect des auteurs ou de leurs ayants droits. Mais ce choix n’est pas sans conséquences : l’essentiel des collections est constitué de planches d’auteurs belges et français, là où Angoulême joue la carte de l’ouverture internationale.
Jean Auquier, responsable du CBBD, se réjouit cependant de la concurrence : « En 20 ans, tout a changé autour de la BD : ses modes de création et de lecture mais aussi, plus globalement, le statut culturel qu’on lui accorde. C’est donc dans la logique des choses de voir germer et aboutir des projets culturels de plus en plus ambitieux. L’ouverture du Musée de la BD d’Angoulême, après celle du Musée Hergé sont d’excellents moyens pour être bousculé dans nos pratiques muséales et… pour trouver les indispensables partenaires susceptibles de nous développer. »
Pratique
Musée
de la bande dessinée d’Angoulême, 121 rue de Bordeaux, 16023 Angoulême ; 00-33-5-45.38.65.65 ; www.citebd.org
Horaires.
Ouvert du mardi au vendredi de 10 à 18 h (19 h du 1er juillet au 31 août), et du samedi au dimanche de 14 à 18 h (à 19 h du 1er juillet au 31 août).
Entrée.
4 euros, gratuit pour les moins de 18 ans.
COUVREUR,DANIEL
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