Les chants muets de la liberté

Peut-on mettre la musique en bande dessinée ? Prudhomme, Flao et Dabitch font danser les cases au rythme du rébétiko et du flamenco.

ENTRETIEN

Dans la Grèce des années 1920, le rébétiko a consumé les derniers feux de la liberté dans les bars du Pirée. Sa musique posait un geste de résistance romantique et désespéré à la montée en puissance des nationalistes du dictateur Métaxas. Un siècle plus tard, entre la France et l’Espagne, Benito chante le flamenco contre l’injustice sociale et la pauvreté. Ces musiciens héroïques du rébétiko et du flamenco rythment deux œuvres de bande dessinée audacieuses : Rébétiko, de David Prudhomme et Mauvais garçons de Benjamin Flao et Christophe Dabitch.

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L’insoutenable légèreté d’aimer

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L’amour fait des bulles, hennit ou caresse les cases de ses lignes courbes dans trois livres consacrés au plaisir de l’être et des sens.

Kazuo Kamimura n’a pas besoin de grands mots pour dire je t’aime. Sa femme amoureuse, Kyôko, est tout simplement belle. Le mystère des sentiments s’épanouit au fond de ses yeux noirs qui cachent des réservoirs de larmes. Les 700 pages poétiques de Lorsque nous vivions ensemble brûlent des feux de la passion de deux êtres, Kyôko et Jirô, qui se dépêchent de vivre et d’aimer à l’aube des années 1970, dans un Japon propice à l’insouciance. Kazuo Kamimura a le trait si juste dans ce portrait intime que son manga est devenu l’hymne à la jeunesse de toute une génération. Après avoir été adapté au cinéma puis en série télévisée, Lorsque nous vivions ensemble est enfin traduit en français.

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Yvan le risque-tout

Deux livres rares. Deux livres chers. Mais deux beaux livres surtout, à la mémoire d’Yvan Delporte, de ce qu’il a apporté à Spirou, à Dupuis et à la bande dessinée belge.

Yvan Delporte cachait ses idées derrière les autres. Il n’avait que 17 ans quand il a frappé à la porte du journal Spirou, où M. Dupuis lui a confié les retouches de comics américains. En 1955, il s’improvise rédacteur en chef de l’hebdomadaire. Dans le dos de M. Dupuis, il aide Franquin à créer le premier antihéros belge, Lagaffe, dont il invente le prénom : Gaston. Large ouvert à toute provocation poétique, Delporte imagine les mini-récits dans lesquels sont nés les Schtroumpfs de Peyo, dont il signera plusieurs scénarios et dessins animés. En duo taquin avec Franquin, il imagine, à la barbe de l’éditeur, Le Trombone illustré, un supplément pirate du journal Spirou.

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