Faussaires et forbans de la dédicace

Bande dessinée Combattre le piratage de Hergé

Hergé est devenu une valeur sûre du marché de l’art. La semaine dernière au Brafa, la foire des antiquaires de Bruxelles, une petite gouache de couverture des Cigares du pharaon était mise en vente pour 3 millions d’euros, de quoi donner des idées aux faussaires. Tout récemment, la gendarmerie française démantelait un réseau de ces forbans. « Ils avaient produit pour 300.000 euros de faux, vendus essentiellement par internet. La technique des faussaires s’affine de plus en plus », constate Thibaut Van Houte, expert de l’œuvre de Hergé.

Pour combattre la piraterie, les Studios Hergé délivraient jusqu’ici gratuitement, sur demande et après expertise, des certificats d’authenticité. Mais ces documents pouvaient eux-mêmes être trop facilement contrefaits.

« Avec une bonne photocopieuse, on en avait tout de suite deux pour le prix d’un, explique Marcel Wilmet du Musée Hergé. Nous allons désormais produire des certificats professionnels comme les Fondations Magritte ou Picasso. Un comité d’authentification sera mis en place, présidé par Fanny Rodwell, entourée d’experts des Studios et du marché de l’art comme Thibaut Van Houte, ainsi que de spécialistes en encres et papiers anciens. Ce comité fonctionnera dès juin 2010. Il comprendra six personnes et délivrera des certificats munis de bandelettes infalsifiables. Les certificats seront accompagnés d’un système de marquage des pièces invisible. Une réserve toutefois : nous ne délivrerons pas de certificats pour les objets mais seulement pour les planches, les dessins, les mises en couleur. »

Marcel Wilmet et Thibaut Van Houte insistent sur l’importance pour le collectionneur de connaître l’histoire et l’origine d’une pièce. Un album original en noir et blanc de Tintin peut atteindre facilement plus de 50.000 euros mais tout dépend de son millésime, de son état et des restaurations éventuelles. L’album le plus rare ? Tintin au Congo dans sa version numérotée et signée Tintin et Milou de 1931. « Il en existe à peine quelques dizaines d’exemplaires répertoriés dont deux à l’état neuf, certifie Thibaut Van Houte. L’estimation peut aller de 10 à 100.000 euros selon l’état. » L’album le plus cher ? Tintin au pays des Soviets. Un propriétaire belge a refusé en 2009 une offre d’achat d’un exemplaire à l’état « ultraneuf » à 145.000 euros.

Les dédicaces valent 800 à 1.500 euros, si elles sont bien de la main de Hergé. Des planches originales s’arrachent entre 150 et 300.000 euros. Les cases découpées dans les planches originales lors du remontage des albums en couleur s’échangent 10 à 15.000 euros pièce.

Au total, environ 20 % de l’œuvre de Hergé est aux mains de collectionneurs privés mais comment être sûr de la vraie valeur de ce qu’on achète ?

« Hergé pouvait être parfois très impliqué dans un dessin et parfois pas du tout, souligne Marcel Wilmet. L’exemple extrême concerne les années 1983-1987, après la mort d’Hergé, où les Studios ont poursuivi leurs activités en produisant de très beaux dessins de Tintin qui ne sont pas du tout d’Hergé. On peut enlever immédiatement un zéro à leur valeur. Ceci illustre l’intérêt d’être clair et honnête dans les descriptifs des œuvres mises en vente. Il ne faut laisser planer aucun doute : ce sera l’objectif du Comité d’authentification ».

Il en va de même pour les dédicaces, ajoute Alain De Kuyssche, chez Moulinsart : « Grâce aux archives des Studios Hergé, on peut trouver des preuves de l’authenticité d’un dessin. C’est le cas, par exemple, d’une dédicace de Tintin au Congo qui sera proposée à Paris, samedi 29 mai, dans la première grande vente dédiée à Hergé, organisée par Moulinsart et Piasa chez Drouot-Montaigne.

« On a pu établir que cette dédicace a été exécutée pour les filleuls d’un ami d’Hergé qui rentraient du Congo, complète Marcel Wilmet. Hergé a réalisé un dessin très élaboré qu’il a ensuite fait mettre en couleur par les Studios. On est donc certain de son histoire et de son authenticité. Cette pièce est estimée entre 15 et 18.000 euros. Mais ce qui compte pour nous, ce n’est pas tant la valeur des pièces, c’est surtout leur connaissance. La vente Piasa est la deuxième organisée par Moulinsart, après celle de la Galerie Rops à Namur en 2009. Ces ventes ne servent pas à remplir nos coffres ni à nous approprier de nouvelles œuvres pour le Musée. L’important, c’est de savoir ce qui existe, de faire sortir des dessins perdus, oubliés ou inconnus. »

Infos : www.tintin.com et www.piasa.fr

COUVREUR,DANIEL

Commentaires

Une réponse à “Faussaires et forbans de la dédicace”

  1. Helmut blockheizkraftwerk, le 22 août 2010 10 h 10 min

    :-) cool!

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