Des gentlemen extraordinaires
posté le 29 janvier 2010 |
catégorie Angoulême

Bande dessinée Au Festival international d’Angoulême
Angoulême
De notre envoyé spécial
Après l’adaptation calamiteuse de La Ligue des Gentlemen extraordinaires au cinéma, en 2003, le scénariste de l’œuvre originale, Alan Moore, ne reconnaissait plus ses personnages. Le réalisateur Stephen Norrington avait transformé l’univers littéraire de la bande dessinée en tragédie de film d’action pour arracher la tête du box-office. « Il n’y a pas de mauvais personnages, il n’y a que des mauvais scénaristes », dira Alan Moore devant cette pitrerie hollywoodienne carbonisée par la critique.
Les fans croyaient toute idée de suite enterrée quand Alan Moore a repris secrètement le travail pour rendre à son univers sa véritable étrangeté. En 2009, un nouvel épisode a été publié en anglais et, jeudi, au Festival international d’Angoulême, l’éditeur Guy Delcourt a confirmé le grand retour des Gentlemen extraordinaires : « Le récit prévu en trois tomes sera la suite directe de From Hell, le chef-d’œuvre d’Alan Moore consacré à Jack l’Eventreur. De nouveaux crimes vont être commis à Whitechapel. Le premier épisode se déroule en 1910, le second dans le Swinging London de 1968 et le dernier en 2008. Le premier volume sort en version française, le 17 février. »
Partenaire graphique de ce nouveau rêve occultiste, le dessinateur Kevin O’Neill est né en même temps qu’Alan Moore, en 1953. Les deux artistes partagent le goût de la pensée apocalyptique et des classiques du roman d’aventure. La Ligue des Gentlemen extraordinaires est une série très référencée, où les cases sont le point de rendez-vous impossible du Capitaine Nemo de Jules Verne, du Dr Jekyll de Stevenson, de l’Homme invisible et du Dr Moreau de H.G. Wells, du génie du mal de Sax Rohmer, Fu Manchu, de Mary Poppins, Arsène Lupin ou Fantômas… et même du Prospero de Shakespeare ! Les échos de la Guerre des mondes tonnent dans cette fiction, dont la fantasmagorie ne boude pas les clins d’œil à la série culte Chapeau melon et bottes de cuir. Alan Moore joue de tous ces monstres de la littérature avec un humour catastrophiste. Il s’approprie leur imaginaire pour en faire une histoire cohérente, riche en substance, en jubilation et en fausses pistes. Tout le contraire d’un mauvais film…
Dans le dessin du premier volet de ce nouveau cycle des aventures de la Ligue, Kevin O’Neill (dont nous publierons l’interview la semaine prochaine), s’est notamment inspiré de l’Opéra de quat’sous, cette satire féroce de la société capitaliste et bourgeoise de Bertolt Brecht et Kurt Weill. O’Neill invente au fil du récit une nouvelle forme de narration dessinée baptisée « opéra-comics ». L’agent secret Mina Murray, femme distinguée rescapée d’une rencontre avec Dracula provoquée par Bram Stoker, est la star de ce tome 1. Sa rivale, la fille à la peau salée du Capitaine Nemo, met juste un peu de beauté haineuse dans ce monde de brutes !
La dramaturgie d’Alan Moore est bien entendu extraordinaire et, si le récit est sombre, c’est parce que « seuls les superhéros peuvent s’offrir une vie en couleur ». A Londres, après l’invasion martienne et l’envoi du premier homme sur la Lune, Thomas Carnacki, le fameux chasseur de spectres créé par l’écrivain William Hope Hodgson en 1910 (tout se tient), est sur la piste de l’Enfant lunaire. Cette créature pourrait déclencher la fin du monde. Sur les docks, Jack est de retour au milieu des poules : l’Eventreur saigne de nouvelles victimes. Sous les ordres du vrai frère de Sherlock Holmes, Mycroft, Mina Murray enquête dans un Londres de cauchemar. Moore fait la guerre au jugement dernier et découpe l’action au rythme des musiques qui l’obsèdent : les chants parodiques endiablés de Bertolt Brecht et Kurt Weill.
La Ligue parviendra-t-elle à éviter le chaos final ? Ou faudra-t-il réviser définitivement notre conception du monde ? La réponse dans les tomes 2 et 3, dont la parution en anglais est prévue en mai 2010 et 2011.
Mais ces futurs épisodes risquent de poser des problèmes de droits à Moore et O’Neill. Les vedettes de la littérature des années 1960 et 2000 ne sont pas encore tombées dans le domaine public : comment les enrôler dans la Ligue ? A moins que les Gentlemen de 1910, désormais immortels, n’aient pas besoin de héros modernes pour sauver l’humanité de la monstruosité.
Sarkozix
Après le spectacle de Sarkozix du Théâtre parisien des 2 Anes avec Jean Amadou, l’irréductible président français est transformé en héros pastiche. Lupano, Bazile et Maffre rhabillent Sarko aux puces de Lutèce, en l’an I après J.C. (comme Jacques Chirac). On retrouvera bien sûr Carlabrunix en Falbala de charme dans cette parodie du village gaulois au graphisme directement inspiré de celui d’Albert Uderzo.
« Un petit bilan satirique s’imposait à mi-mandat. Compte tenu de l’impatience du modèle original, deux albums au moins sont prévus en 2010 », a clamé l’éditeur impérial des aventures de Sarkozix, Guy Delcourt.
Les aventures de Sarkozix, tome 1, Tout pour ma gaule, Lupano, Bazile, Maffre, 9,95 euros.
Parution le 21 avril.
COUVREUR,DANIEL
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