Le professeur de rêves

David B. poétise le journal en bande dessinée. L’auteur trempe sa plume dans le rêve entre Trieste et Bologne. Mieux qu’un écran plat !

entretien

Journal d’Italie n’est pas un journal. C’est une machine à rêve, construite au fil des rues, des rencontres, des terrasses de cafés. David B. préfère le monde du merveilleux à celui des cartes postales. Son livre déborde de poésie, de fantasmagorie. Tout le contraire d’un guide touristique. L’auteur affole la réalité.

Vous avez détourné l’image du journal de beaux dessins à l’aquarelle et de souvenirs de voyage. Vous aviez une intention cachée ?

Ce qui m’intéressait, c’était d’utiliser la forme du journal . Je voulais voir ce que j’avais envie d’y mettre moi, ce que j’aurais eu envie de lire aussi. C’est le journal de mon imaginaire. Il raconte comment me viennent mes histoires. les voyages sont réels. La maison des chats que l’on voit au début du livre, sur une piazza de Trieste, existe. Mais ensuite, je laisse mon esprit vagabonder. Je dessine des ambiances fantastiques. J’utilise les blancs de la vie. Qui sait si ce que je raconte ne pourrait pas vraiment arriver finalement ? Mes histoires ne sont pas toutes improbables. À la fin du journal, celle des « Saisons de la jeune fille », une femme agressée qui a perdu la mémoire, m’a, par exemple, été inspirée par un fait-divers bien réel. En même temps, elle renvoie aussi à ma vie personnelle. Je crois que le quotidien n’est pas suffisamment intéressant en soi, qu’il faut y introduire du bizarre pour transmettre des choses aux lecteurs. Ce journal me permet aussi d’être plus léger que dans les albums traditionnels parce qu’il laisse plus de place à la spontanéité du trait et du récit.

À Venise, dans l’une de ces histoires, vous rencontrez un professeur de rêves. Ça existe vraiment les professeurs de rêves ?

C’était un Allemand, professeur d’université en Irlande. Je lisais un livre sur l’histoire du surréalisme. On a parlé ensemble. J’avais un infect gâteau vert dans mon assiette. Il étudiait les rêves. Je me suis demandé si c’était très scientifique. Il s’embêtait tout seul à table. Il était très timide. Il s’est livré d’un coup puis il s’est enfui comme dans un rêve…

L’hôtel où vous descendez, à Trieste, avec ses tiroirs remplis de souvenirs et de photos pour s’inventer une vie factice : un super-concept marketing ?

J’ai fait ce rêve alcoolique de donner une vie potentielle et totalement artificielle aux clients en inventant cette chambre aux tiroirs remplis d’une existence prémâchée pour dire que je refuse la vie artificielle et prépensée à laquelle la société nous soumet parfois. Cette vie où tous les hôtels et les bars se ressemblent, où que l’on voyage dans le monde comme dans le film Lost in translation.

Ce n’est plus un journal, c’est un cahier de leçons de vie !

C’est un reflet de mes préoccupations du moment à travers un journal plus cérébral que quotidien.

COUVREUR,DANIEL

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