Le carrosse de cocu du marquis de Montespan
posté le 8 février 2010 |
catégorie interviews, les sorties

Bande dessinée Jean Teulé adapte son roman à succès
entretien
En 1990, Jean Teulé décroche, au Festival international d’Angoulême, l’oscar de la « contribution exceptionnelle au renouvellement de la bande dessinée ». Tétanisé par cette illustre récompense, il décide sur-le-champ d’arrêter le métier. Jean Teulé se catapulte dans une carrière télévisée avec l’émission de « L’Assiette anglaise » sur Antenne 2. Puis le pince-sans-rire rejoint l’équipe de Canal+ avec son humour Hara-Kiri.
En 1991, Elisabeth Gille, éditrice chez Julliard, repère en lui un écrivain qui s’ignore. Douze romans à succès plus tard, Jean Teulé revient à la bande dessinée pour y adapter, avec l’avant-gardiste du trait Philippe Bertrand, son best-seller Le Montespan. Entre-temps il a aussi fait son entrée au cinéma avec Rainbow pour Rimbaud, primé à Cannes. Traduit en dix-huit langues, monté au théâtre et même à l’opéra, Jean Teulé est un homme simple à qui tout réussit.
A côté de la littérature, du cinéma, du théâtre ou de l’opéra, la bande dessinée ressemble à un art mineur. Pourquoi y revenir ?
J’avais fait onze albums avant de décrocher un prix à Angoulême. Il me semblait avoir fait le tour. Bernard Rapp, animateur à Antenne 2, m’a demandé de le rejoindre dans « L’Assiette anglaise » et comme je ne peux pas tout embrasser à la fois, j’ai arrêté la BD. Aujourd’hui, vingt ans après, tout a changé. Les auteurs de bande dessinée s’inspirent de plus en plus de la littérature comme le fait le cinéma. Au départ, il s’agissait de bouquins d’écrivains morts. Maintenant, on s’attaque aux vivants. C’est comme ça que je me retrouve embarqué dans l’adaptation du Montespan et de deux autres de mes romans : Je, François Villon et Le Magasin des suicides. Je vois ces adaptations comme de vraies créations, où la bande dessinée apporte ses propres codes et son propre regard au même titre que le théâtre, la télé, le ciné ou la comédie musicale. C’est cette transposition dans un autre genre artistique qui m’intéresse et qui peut enrichir le roman.
Vous avez choisi un dessinateur réputé pour la modernité de son art. Un choix osé pour un roman historique qui se passe à l’époque de Louis XIV…
Avant d’accepter l’adaptation du roman, j’ai exigé de connaître le nom du dessinateur. L’éditrice m’a parlé de Philippe Bertrand, que j’avais connu il y a trente ans et qui est toujours un auteur à l’avant-garde. J’étais surpris mais il avait envie de changer de style, d’explorer une nouvelle forme de dessin proche de la gravure du XVIIe siècle. Ensuite, il a fallu retravailler le roman car la BD ne fait que 110 pages. J’ai laissé Philippe faire des choix. Il a rassemblé des scènes. Il en a inversé d’autres. Il s’est approprié le roman. Il a beaucoup coupé dans les textes et ajouté quelques phrases à lui pour lier le tout. J’ai tout relu d’un seul coup et je n’ai pas fait plus d’une trentaine de corrections tant il avait rendu tout cela extrêmement beau.
Louis XIV a mis la main sur la femme du marquis de Montespan. C’était un honneur d’être cocufié par le Roi. Quelle mouche a piqué le Marquis de s’offusquer de la chose ?
Etre cocufié par le Roi faisait la fortune d’une maison. Le beau-père de Montespan en était tout en joie. Les nobles poussaient d’ailleurs leurs femmes dans les pattes du Roi avec l’espoir qu’il se les approprie. Mais Montespan était un homme amoureux. La chanson « Auprès de ma blonde » a été écrite pour sa femme.
C’était une forme d’héroïsme chez lui, en même temps qu’une résistance au pouvoir absolu, cent ans avant la Révolution française. C’est beau d’imaginer que la Révolution a débuté par une histoire d’amour. Montespan était très drôle. Il a enterré symboliquement son amour dans un cercueil vide. Il a mis des cornes de cocu sur son carrosse. Il était d’un culot inoxydable.
Pourquoi Louis XIV ne l’a-t-il pas fait taire ?
Montespan avait un oncle archevêque. Il avait averti le pape de la situation. Si le Roi allait trop loin, il risquait l’excommunication : un cataclysme à l’époque ! Louis XIV a essayé de se débarrasser de Montespan mais il a dû y aller mollo dans ses tentatives. Montespan ne pouvait pas être traité comme un détail, même si, à cause de lui, tout le monde riait de Louis XIV et de sa maîtresse. Il a été jusqu’à rédiger un testament public léguant au Roi son château pour y instituer une communauté de dames repenties, dont sa femme serait la première abbesse !
COUVREUR,DANIEL
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