Will Argunas dépèce la violence

ENTRETIEN

Après les bombes noires de Missing et Black Jake, deux polars novateurs, Will Argunas plonge dans le vénéneux avec Bloody september. A Manhattan, un fumier du scalpel nargue la police et les psychiatres : Ed ira au bout de la torture. Un album à s’éclater le crâne dans les ruines du World Trade Center.

Vos bandes dessinées rivalisent de force ténébreuse avec les films noirs. D’où tirez-vous ce dessin impitoyable ?

Le cinéma m’inspire dans l’écriture mais pas dans le dessin. J’écris d’abord un scénario de 15-20 pages sans découpage. Comme une nouvelle sans dialogues. Pour les personnages, je fais mon casting d’acteurs en fonction des profils psychologiques et pour les noms des personnages, j’aime jouer des résonances avec le roman noir.

La pagination de vos albums se rapproche de celle des romans. Vous avez besoin d’histoires longues pour installer une ambiance et des personnages ?

Je suis un fan absolu du Sin City de Frank Miller, de Neil Gaiman, de Dave McKean, des Sentiers de la perdition, de History of violence… Je m’intéresse aux personnages. Je ne suis pas un amateur de décors ni de perspectives. Je préfère les attitudes : le gros plan sur le type qui fait son lacet et qui en dit long. Impossible de réaliser ce genre de scènes dans les albums classiques en 48 pages. J’aime l’efficacité dans le récit. Je viens de la pub où je travaille depuis dix ans et où la pression sur la qualité du travail impitoyable. C’est comme ça que je me suis construit une méthode de recherche et de documentation, que j’ai appris à rester 10 à 12 heures par jour devant ma planche à dessin. La BD, c’est ma soupape.

Quelle est la source de votre fascination pour la noirceur de l’être humain ?

Je ne veux pas plaire. J’aime la violence, la noirceur. J’aime voir ce que les gens n’osent pas regarder. Mon travail est influencé par le cinéma norvégien, finlandais, asiatique comme celui de John Woo. Il y a moins de tabous et un formidable sens de l’ellipse. J’ai besoin de découverte. Je note toutes sortes d’embryons de récit dans des carnets en regardant des films ou la télé, en lisant des bouquins.

COUVREUR,DANIEL

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