« El Rios », le pirate du « Soir »

Presse Le nouveau journal de création graphique made in Belgium

Eté 2008 dans Le Soir : le soleil est au zénith mais les petits gars du studio Coiffeur pour Dames battent le pavé de Bruxelles plutôt que de traquer la crevette d’Oostduinkerke. Bien décidés à mondialiser la bande dessinée belge, ils dynamitent les écoles de Marcinelle et de Bruxelles en allumant la mèche du rire alternatif. Fini les gros nez et l’humour en culottes courtes. Vive les regards démoniaques et le trait disjoncté. Pour schtroumpfer définitivement la page des héritiers des magazines Spirou et Tintin, Coiffeur pour Dames attaque l’actualité de face à travers les pages « d’histoire-réalité » du fanzine pirate El Rios anagramme explosif du grand vespéral francophone, Le Soir.

Forte tête de cette aventure accablante, Olivier Van Vaerenbergh a fait ses classes de petit reporter au Soir, avant de trahir le récit de l’actualité pour la bande dessinée et de s’improviser rédacteur en chef du beau journal de Spirou. Un an plus tard, passé maître dans le langage universel du dessin, l’artiste convainc trois autres bidouilleurs narratifs, Steven Hermans, Totodernoncourt et Claude Milan, de fonder Coiffeur pour Dames et de révolutionner ensemble l’image de la presse graphique.

El Rios pousse son cri primal dans le supplément été du Soir. Ce coup d’essai permet à Coiffeur pour Dames d’arracher un chèque en bois à la Magical Mystery Bank pour financer sa rébellion éditoriale. En janvier 2010, El Rios obtient un stand de combat dans la bulle des indépendants du Festival international d’Angoulême. Son numéro zéro (un collector) compile les pages historiques publiées dans Le Soir. Le numéro un explore les nouveaux territoires de l’actualité belgo-mondiale à travers 16 pages couleurs de 42 centimètres de haut. C’est un uppercut ! Au sommaire ? Toutes les légendes vivantes de notre quotidien, de Johnny Hallyday à Santiago Calatrava, du fric du rock à celui de la gare des Guillemins.

Deux mains de jeunes auteurs boutonneux signent ces faits de société qui tuent, et digèrent le réel, avec des pseudo-bourrés de mystère : Ak, FiFi, Blatte et Falzar, Bataillon ou Vanille Goudron…

La ligne du rédacteur en chef est claire : donner de l’émotion au lecteur, nourrir son imaginaire et lui soutirer des sous avec de l’actualité toute fraîche. El Rios assume sa subjectivité, invite le lecteur à se faire sa propre opinion au-delà des clichés traditionnels de l’information. L’ambition est d’utiliser la BD comme un outil de reportage innovant.

Coiffeurs pour Dames travaille en marge de la filière classique de l’édition pour affirmer le caractère adulte et indépendant de la bande dessinée. Héritiers fêlés de Léonard de Vinci, ces quatre astucieux bossent dans toutes les langues avec des artistes multiples de tous les coins du monde.

El Rios, nº 0 et 1, 10 euros chacun. Disponible via http://boutique.coiffeurspourdames.com et chez Cook & Book (1200 Bruxelles), Bozarshop (1000 Bruxelles), A livre ouvert (1200 Bruxelles), Louis d’Or (1050 Bruxelles).

COUVREUR,DANIEL

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