« Un voyage exceptionnel dans la BD du XXe siècle »
posté le 12 mars 2010 |
catégorie interviews

entretien
Expert français de bande dessinée, Eric Leroy a été chargé d’évaluer la collection de Jean Arnold mise en vente ce samedi à l’Hôtel Marcel Dassault de Paris et estimée à plus d’un million d’euros.
Qu’est ce qui rend la collection de Jean Arnold exceptionnelle ?
Il existe très peu de collectionneurs dans le monde qui ont eu la patience et la chance d’acheter la majorité de leurs pièces directement aux auteurs. Cela lui a permis de faire ce que l’on appelle des « premiers choix ». En d’autres mots, il a pu choisir librement ses planches dans les tiroirs de leurs créateurs.
La plupart des collectionneurs privilégient une époque, un style, un auteur. Jean Arnold est un éclectique. Sur le marché de la bande dessinée, c’est une moins ou une plus value ?
C’est un voyage à travers l’histoire de la bande dessinée du XXe siècle. Il a réussi à constituer un petit musée à lui tout seul, où la quasi-totalité des classiques américains et franco-belges sont présents. Jean Arnold avait l’une des sept ou huit plus grandes collections privées au monde. Il a toujours eu les moyens d’acheter les plus belles pièces qui se présentaient à lui, à une époque où les auteurs étaient encore accessibles et où les prix n’avaient pas flambé. Aujourd’hui, plus personne ne serait en mesure de réunir une telle collection.
Quelles sont les pièces les plus rares mises en vente samedi ?
Indépendamment des cotes, je citerai bien sûr la seule couverture de Gaston créée en couleur directe par Franquin pour Des gaffes et des dégâts, la planche du Noyé à deux têtes d’Adèle Blanc-Sec de Tardi ou celle du Rige de la Quête de l’oiseau du temps de Loisel… J’ajoute la planche du Rayon U de Jacobs, qui est un témoignage historique de la toute première bande dessinée créée en couleurs directes en Europe et qui a servi de prototype aux aventures de Blake et Mortimer. Il y a bien L’étoile mystérieuse. C’est une planche recopiée par Hergé lui-même, à l’époque où il devait découper ses originaux pour adapter ses histoires au nouveau format couleur de 62 pages de Casterman. Et j’ajoute le dessin inouï du Prince des écureuils de René Hausman, à l’encre de Chine et à la gouache de couleur… Ou la double page de Cromwell Stone d’Andréas, dont le travail rappelle celui de Gustave Doré pour Jules Verne !
C’est peu fréquent de voir des grands collectionneurs de bande dessinée disperser leur patrimoine de leur vivant ?
Pour moi, il n’y a qu’un seul antécédent comparable. C’est celui de Numa Sadoul, l’auteur de Tintin et moi et de Franquin créa la gaffe. Il a tout vendu après avoir failli tout perdre. Vendre sa collection est aussi un moyen de continuer à faire vivre les œuvres. Jean Arnold prend sa retraite dans le sud de la France. Il veut faire profiter d’autres personnes de ses trésors.
COUVREUR,DANIEL
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