
Retour au pays de tous les possibles, à Rêverose, avec Olivier Rameau et Colombe Tiredaile pour une intégrale tarazimboummante !
Olivier Rameau, Monsieur Pertinent et la sidérante Colombe Tiredaile ont pris l’autobus imaginaire de Rêverose en 1968. Greg, futur rédacteur en chef du journal Tintin, avait confié le dessin de ce monde en sucre d’orge au crayon coquin de Dany. Les héros s’égaraient dans les champs de sucettes et les canons rendaient les méchants agréables en tirant des salves de bonne humeur : « Mille trompettes ! »
Greg a quitté le « Vrai-Monde-Où-l’on-s’ennuie » en 1999. Depuis qu’il est tombé « patatras », Dany n’a plus eu le cœur à l’aventure poétique et Olivier Rameau n’est revenu qu’une seule fois à Rêverose, en 2005. Aujourd’hui, les éditions Joker ont la bonne idée de publier l’intégrale « tarazimboummante » des exploits de ce héros de tous les possibles. Par un prodige insensé, le charme du dessin n’a pas pris un nuage.
Dany nous emporte sur le dos de Razibus, l’oiseau qui n’aime pas les cheveux de hippies, dans le ciel d’Hallucinaville. Le chef de gare de Turelurette, Prudent Sifflet, n’a pas perdu le sourire et on paie toujours son aller simple en bizibouzus. Nul n’avait pas vu passer un tel émerveillement depuis le deuxième millénaire ! Les « méchants comme personne ne le fut » de la féroce tribu des Poyoutouffus ont beau multiplier les attaques à « la peinture verte au poil à gratter » ou à « la décharge électrique », nous restons épouvantablement heureux.
Ballade pop aux quatre lunes
Pop comme un sous-marin jaune, absurde comme une bulle de si c’était vrai, romantique comme une robe de Colombe, Olivier Rameau est le plus grand « patafoliage » de l’histoire belge de la bande dessinée. Saisis d’une évanescente prémonition, Dany et Greg ont inventé avec Hallucinaville, la cité où il est interdit d’avoir des rêves d’argent ou de puissance. Tous les habitants y aspirent à être gais, aimables et gentils. Par le Grand Pas Sage Ebouriffon, il faudrait ébruiter cette intégrale aux quatre lunes à l’oreille des Sarkozy, des Berlusconi, des Poutine et de tous les descendants de la famille Bush !
Dans le premier volume de l’intégrale, Dany nous offre en bonus des trois premières aventures, La Ballade de l’épouvantail, un petit inédit en album, paru dans Tintin sélection, en 1972, qu’il a redessiné au cornet à pistons. On y retrouve tout l’onirisme et les jeux de mots de Rêverose. Dany n’a rien perdu de sa fraîcheur ni de sa spontanéité. On devine son bonheur total de replonger dans cette série, où il prend plaisir « à saisir l’âme d’un arbre, à rendre le côté cahoteux d’une route en pavés »…
Olivier Rameau a parfaitement résisté à l’usure du temps. « Peut-être parce qu’il incarne une sorte de philosophie écologique de la vie et de l’équilibre poétique des choses, nous confie Dany. C’était aussi une bande dessinée laboratoire, parfois malhabile mais toujours sincère et pleine d’émotions. Je n’ai plus tous les originaux mais heureusement, les films et les bleus de coloriage ont été soigneusement conservés. Ce matériel a permis de réaliser cette intégrale dans les meilleures conditions techniques possibles. Christelle et Bertrand Pissavy-Yvernault m’ont aussi écrit un joli préambule sur la naissance d’Olivier Rameau en 1968, dans le journal Tintin. »
COUVREUR,DANIEL
