La guerre sainte du Janitor

François Boucq met du caractère dans le trait. Ses personnages ont de la chair. Quand il dessine le Janitor, cette barbouze du Vatican, le personnage est forcément couillu. D’un coup de plume, Boucq soulève la soutane pour révéler l’âme de ce tueur moderne de la chrétienté. Dans le quatrième épisode de cette série hérétique, où la religion méprise la séparation des pouvoirs pour se mêler des affaires du monde, le Janitor se confronte à ses anges gardiens, sa famille adoptive de Harlem, et aux fantômes de la Waffen-SS…

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La barbouze du Vatican

ENTRETIEN

Auteur culte de la bande dessinée française des années Pilote et Fluide Glacial, François Boucq a le crayon réaliste et chargé d’expressivité. Ses héros ont du caractère et de l’âme. Depuis 2007, il signe avec Yves Sente, scénariste des nouvelles aventures de Blake et Mortimer ou de Thorgal, la série Janitor. Cette barbouze de la chrétienté au service secret du Vatican veille sur le bon ordre du monde. François Boucq nous en dit plus sur ce personnage dont la soutane dissimule un parfait croisé moderne.

Au départ, le Janitor n’était pas conçu comme une série. Vous en êtes aujourd’hui au quatrième épisode. Jusqu’où irez-vous ?

Avec Yves Sente, nous avons en tête de réaliser encore deux épisodes au moins. Nous n’avons pas terminé l’exploration de la gémellité du héros ni des éléments du récit liés aux résurgences du nazisme qui apparaissent progressivement au fil du récit. Tout cela aura une incidence sur la manière de voir le monde, notamment au point de vue de la génétique. C’est la raison de la présence des anciens nazis dans l’histoire: un lien va se faire entre le totalitarisme nazi et ces conséquences sur l’époque contemporaine. C’est sur base de la génétique que les nazis ont tenté de déterminer que certains seraient des sous-hommes et d’autres pas. Ce genre de pensées malsaines revient aujourd’hui dans certains discours politiques en France.

C’est aussi un vrai thriller religieux avec une dimension spirituelle…

Cela n’est pas contradictoire. Il y avait dans la doctrine nazie une vraie recherche de spiritualité. Ils ont pillé des éléments ésotériques un peu partout. Par exemple dans la franc-maçonnerie ou chez les Tibétains. Les SS surtout ont mis au point des simulacres de rituels initiatiques, censés les rendre invulnérables. C’étaient évidemment de pseudo-rituels destinés à cacher leurs vrais pouvoirs criminels. Tout cela figure en filigranes dans la série…

Vous vous impliquez personnellement dans le scénario ?

Au départ, non mais dans celui-ci, j’ai investi l’histoire. Je considère le métier de dessinateur de bande dessinée comme proche de celui de cinéaste. Le travail consiste à débusquer les intentions de l’histoire. Il faut faire vivre le récit et les personnages. C’est le dessinateur qui raconte, qui incarne l’histoire. Le trait du dessin, c’est l’écriture de la bande dessinée. Le flot d’images doit faire sens. C’est un peu comme dans une symphonie dont les notes seraient les images qui, mises ensemble, doivent faire sens. Je considère que je dois prendre possession totalement de l’histoire, être partie prenante à 100%.

Exprimer tout ça en 46 planches, ce n’est pas évident. Vous ne vous sentez pas à l’étroit dans ce genre de série au format classique pour rendre toute la nuance du récit ?

Il y a différentes théories là-dessus! Il faut forcément compenser. Je ne peux pas être trop ambitieux. Il faut savoir être sobre par rapport à tout ce qu’il y a à dire et rendre le propos le plus crédible possible, éviter l’esbrouffe stylistique, le lyrisme. Le personnage doit conquérir sa crédibilité par lui-même. Et tout cela doit rester vraisemblable dans l’évocation et la figuration du monde. Au plan graphique, je traite cette série avec la volonté de mettre la beauté du monde actuel en évidence. Je dessine les voitures des années 2010 comme des sculptures contemporaines. Une voiture d’aujourd’hui, ça peut, ça doit être beau aussi! Quand Rembrandt peignait des collerettes dans ses tableaux, ce n’était pas pour faire beau, c’est parce que c’était beau à son époque.

Propos recueillis par DANIEL COUVREUR

Pinceau fou chez les Papous

Heinz von Furlau a touché la beauté papoue de son pinceau, avant d’être précipité dans l’horreur des tranchées. Vrai ou faux ?

HEINZ l’a dit : il ne faudrait plus peindre que la lumière pour délivrer les hommes du mal. © DUPUIS.

entretien

Joe Pinelli peint des bandes dessinées. Thierry Bellefroid présente l’émission littéraire Mille-feuilles et signe des romans. De leur rencontre est né un album de plus de 80 pages, trempé dans l’huile et les couleurs chaudes des tropiques. Il dessine l’errance d’un artiste plus vrai que nature, Heinz von Furlau, faux peintre officiel allemand de la Papouasie en 1913.

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La maison du caoutchouc sexuel

Amandine vient perturber l’esprit de clocher avec sa camionnette rose de frivolités. © Delcourt.

Au paisible village des Bombinettes, le maire a les moustaches de son homologue de Champignac-en-Cambrousse et les maisons ont les couleurs d’un rêve d’écolier. Les 234 habitants avouent une méfiance soupçonneuse pour les Belges, les Anglais et le sexe.

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Bonaparte derrière le masque

Les Belges Dufaux et Jamar mettent bas le masque de Bonaparte pour égratigner magnifiquement sa fascination de la gloire.

Napoléon Bonaparte face à son double, la Fourmi, une canaille pour laquelle l’empereur fait preuve d’indulgence… © Dargaud.

ENTRETIEN

Le crayon de Martin Jamar est à l’aise au pied des grands monuments comme dans les bas-fonds. Il va chercher la sensibilité et l’émotion derrière la beauté du trait. Dans Les Coqs, le nouvel épisode de la série Double Masque, où il explore la face cachée de la personnalité de Napoléon avec le scénariste Jean Dufaux, il fait renaître le Paris perdu de Chateaubriand.

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