ENTRETIEN
Quand le monde tourne trop bien, les membres de la secte de l’Ordre du Chaos s’arrangent pour qu’il tourne mal. Mais quand il tourne mal, ils s’ingénient à le faire tourner rond ! Leur but ? Eviter l’émergence d’un maître absolu de l’humanité. Pour parvenir à leurs fins, ils manipulent des personnages historiques, de Jérôme Bosch à Albert Einstein. Les deux scénaristes de cette nouvelle série, Damien Perez et Sophie Ricaume, nous disent comment ils ont réécrit l’Histoire.
La série de l’Ordre du Chaos est prévue en six épisodes consacrés chacun à un personnage de l’histoire qui a fait basculer le destin de l’humanité : Jérôme Bosch, Nostradamus, Machiavel, Charlotte Corday, Talleyrand, Albert Einstein. Comment les avez-vous choisis ?
Damien Perez : On a cherché parmi les personnages qui avaient accès au pouvoir parce qu’ils devaient avoir une influence sur la politique du monde. On a établi une liste d’une trentaine de noms intéressants: des personnages qui avaient une part d’ombre et de mystère, qui ne ressemblaient pas à l’image qu’ils ont laissée dans l’histoire. Cela laissait la porte ouverte à l’interprétation, à la fiction… Machiavel, par exemple, était un bon vivant, un homme optimiste…
Sophie Ricaume : On cherchait des pépites! Il fallait qu’ils nous plaisent, qu’ils nous intriguent, qu’ils recèlent en eux une part d’énigme… A la fin de chacun des épisodes, on propose une biographie de chacun d’entre eux pour que le lecteur connaisse les éléments de leur histoire réelle.
Quels ont été les personnages les plus difficiles à cerner ?
Sophie Ricaume: Il n’existe pas grand chose sur la vie privée de Jérôme Bosch. En ce qui concerne Nostradamus, la littérature est, au contraire, abondante, mais les sources souvent fantaisistes! Pour Machiavel, la difficulté était plutôt de choisir un moment clé dans sa vie tellement il y en a eu. On a découvert des faits incroyables comme cette anecdote véridique sur Diane de Poitiers qui buvait de l’or liquide. Pour Jérôme Bosch, on s’est concentré sur la création du Jugement dernier parce que l’on sait que l’original de ce tableau a disparu. La version que l’on connaît aujourd’hui a été peinte ultérieurement par l’artiste et ne comporterait pas exactement les mêmes détails.
Damien Perez : Il a fallu écumer les bibliothèques et dévorer les bouquins, parce que si on se fie à internet on pourrait en arriver à la conclusion que certains artistes morts depuis longtemps sont encore en vie. On voulait aussi cerner la personnalité de chacun avec exactitude pour mieux deviner comment ils auraient pu se comporter face aux situations qu’on leur inflige dans nos histoires.
Un 7e tome au contenu gardé secret est prévu à la fin de la série. Que comptez-vous y révéler ?
Sophie Ricaume: Il se passera de nos jours et apportera la conclusion de la série en regardant comment la petite histoire et la grande histoire se rencontrent. Ces sera le tome du XXIe siècle, dont on sait déjà qu’il a vu la chute de Ben Laden et de Dominique Strauss Khan… Il sera question de l’effet papillon, de voir comment un événement modifié au XVe siècle peut entraîner des modifications perceptibles en 2011 et bouleverser le monde actuel.
Damien Perez : Mais n’y voyez pas une quelconque théorie du complot. Nous sommes dans tout autre chose. Ce qui nous intéresse, c’est l’équilibre des choses. On est dans l’humanisme négatif, si j’ose dire. En clair, nos Veilleurs de l’Ordre du Chaos interviennent pour le bien commun. Ils veulent éviter qu’une seule personne concentre tous les pouvoirs dans le monde, que ce soit par la guerre ou la paix. Car si c’était le cas, Dieu pourrait en prendre ombrage et déclencher l’Apocalypse. Il faut donc dérègler les choses avec l’aide de contre-rouages comme Jérôme Bosch, Nostradamus, Machiavel…
Propos recueillis pas DANIEL COUVREUR
L’Ordre du Chaos, Jérôme Bosch, tome 1, Geto, Ricaume, Perez, Delcourt, 56 p., 13,95 euros
