Jeezus ! Pour le dixième tome de Pin-up, Yann et Berthet offrent un casting de rêve à Alfred Hitchcock. Le duo pousse l’héroïne de la série, Dorothy Partington, alias Dottie, sur le plateau du grand maître de la sueur froide, en 1946.
Hitch traverse une mauvaise passe. Ses deux derniers films ont fait un bide. Pour effacer le mortel ennui, il est décidé à se refaire une image avec Schizo, dont le synopsis joue avec les limites de la perversité raffinée. L’assassinat de Grace Mac Guffin, l’actrice principale, vient compromettre ce plan de carrière dans un horrible crissement de pneus.
Les vautours auraient-ils dévoré les corbeaux ? Pleine de charme et d’élégance, Dottie enquête à Hollywood dans un décor taillé sur mesure pour le crayon vintage du dessinateur belge Philippe Berthet. Les belles américaines font rutiler les chromes, les drive-in et les motels clignotent de néons comme des Wurlitzer et, au bord des piscines de Los Angeles, les poulettes se la jouent Greta Garbo ou Gloria Swanson. Yann signe un scénario suggestif où se succèdent les mystères et les frissons sans jamais laisser le lecteur sur sa faim. Le double de papier de Hitchcock assure avec un cynisme gracieux.
Dottie va mouiller son tailleur dans cette histoire et mettre son joli minois où il ne faut pas. En doublure improvisée de la regrettée Grace Mac Guffin, c’est elle qui prendra la volée de coups de fouet dans la grande scène de frayeur montée par Hitchcock. Alfred découvrira en elle « un volcan dissimulé sous un glaçon ». Au vestiaire des détails croustillants, Yann et Berthet composent des seconds rôles délectables avec Patricia, la coiffeuse officielle d’Hitchcock, et son amante lesbienne, Virginia.
Quant à la scène torride de Schizo qui doit scandaliser les ligues de vertu, rassurez-vous, les auteurs ne l’ont pas coupée au montage et, contrairement à ce que certains ont essayé de faire croire, la bobine n’a pas brûlé dans l’incendie de l’Hôtel Dormont.
Hitchcok avouera avoir perdu son légendaire self-control au cours de cette séquence. N’oubliez pas de déposer votre âme au vestiaire avant d’entamer cette lecture macabre.

