La dernière tirade de Cape et de Crocs


En 1995, Alain Ayroles et Jean-Luc Masbou, deux gentilshommes désargentés, fins bretteurs du pinceau et beaux faiseurs de bulles créaient la série De Cape et de Crocs. Depuis, cette épopée animalière aux accents de Molière et à l’action tranchante comme l’épée de Don Diego de la Vega, s’est taillée une place enviable parmi les best-sellers de la bande dessinée contemporaine. Avec le tome 10, De la Lune à la Terre, les auteurs mettent un point final à ce feuilleton vaudevillesque.
Pour couper court aux racontars, le scénariste Jean-Luc Masbou a fait une halte dans une taverne humide des étangs d’Ixelles. Les yeux virevoltants d’une pinte à l’autre, ils nous a tout avoué du destin terrible de ses héros, le renard français, Armand Raynal de Maupertuis, et son compère andalou, le loup Don Lope de Villalobos y Sangrin. Dans ce dixième acte de la saga, ils percent le terrible secret du trésor des Sélénites et affrontent une dernière fois à coups d’alexandrins l’affreux soudard sans vertu, Mendoza…
On pensait arriver au bout de l’aventure en trois tomes mais nous nous sommes laissés emporter par nos délires humoristiques et il en fallu dix! L’important dans cette série, c’est l’écriture, très proche de la commedia dell’arte. On a pris la décision d’arrêter en bouclant le tome 9 mais ça a été dur. Il a fallu jeter beaucoup de bonnes idées. On voulait absolument mettre fin à l’histoire tant que la passion était encore intacte”.
Dans ce dernier épisode, les auteurs repoussent les limites de l’expression avec le personnage du caillou sauteur : une petite chose muette mais dont le dessin érodé dégage une incroyable bouffée d’émotion ! “Le défi de mettre en scène un vrai caillou et de le faire communiquer sans bras ni jambes ni bulles nous a beaucoup amusés. Il a une réelle profondeur psychologique et joue un rôle important. C’est le plaisir de cette série, de se mettre des contraintes tordues, en faisant se cotoyer le réalisme et le grotesque comme chez Shakespeare avec Falstaff ! De Cape et de Crocs, c’est du rire et des larmes dans la tradition de Racine ou de Molière avec du beau langage mais aussi des moments palpitants parce que la culture ne doit pas être forcément ennuyeuse”.
Pour ne pas désespérer leurs lecteurs, Alain Ayroles et Jean-Luc Masbou ont tout de même prévu de publier deux derniers albums consacrés au mystérieux lapin Eusèbe, dont on découvrira pourquoi et comment il fut condamné aux galères. “C’est une manière de dire au revoir aux amis sans tirer la série en en longueur”, confie Jean-Luc Masbou.

De la Lune à la Terre, Ayroles et Masbou, Delcourt, 48 p.

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Une réponse à La dernière tirade de Cape et de Crocs

  1. Anne dit :

    Oui mais saura-t-on jamais si ce janissaire reprend Maracaibo ?

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