Les personnages au pouvoir

Dans l’album « Nocturnes », Clarke signe un manifeste en faveur des personnages qui prennent l’histoire en main jusqu’à la mort de l’auteur.

Alice traverse un moment d’abattement en apprenant qu’elle n’est qu’un personnage de roman. Mais elle va rapidement se ressaisir... © Le Lombard.

entretien

Depuis 1990, Clarke dessine les gags de Mélusine, la plus sexy des apprenties sorcières. Esprit libre à l’œil corrosif, le Liégeois commet aussi les farces de Mister President et du Docteur Bonheur. Il se cache encore derrière les Histoires à lunettes, un petit chef-d’œuvre grinçant. Mais son nouvel album, Nocturnes, n’a rien de drôle. C’est le récit à faire froid dans le dos d’une rencontre assassine entre un auteur et ses personnages. Une sorte de huis clos où l’univers se gomme et les personnages s’effacent. Oui : Clarke peut être sans pitié.

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Tardi a le polar meurtrier

« Ô Dingos, ô châteaux » de Manchette revisité à l’encre noire

Quand Manchette raconte que le fusil de Thompson lui pète à la gueule, que sa mâchoire vole et que ses mains sont arrachées par la déflagration, Tardi sort le crayon du grotesque pour désamorcer la violence. © Futuropolis.

Entretien

Jacques Tardi avait gribouillé Griffu avec Manchette, un polar format extra-large, arrosé de grands verres de Munich. C’était en 1977, au temps des scandales immobiliers parisiens et des truands véreux. Après ce thriller bien racleux, les deux artistes ont changé de bistrot et ne se sont plus revus. Mais depuis la culbute de Manchette, en 1995, Tardi a adapté Le petit bleu de la Côte ouest et La position du tireur couché en bande dessinée. Aujourd’hui, il s’attaque à Ô Dingos, ô châteaux ! Ce roman flingueur, hanté par Thompson, un tueur à gages lancé à la poursuite de Julie, une nurse pyromane, avait arraché le Grand prix de littérature policière en 1973. Noircie par Tardi, l’œuvre n’a rien perdu de son regard méchant sur la société de consommation, dont le petit Peter est l’enfant pourri : « Bang ! Bang ! Mort aux riches !!! »

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Les Nombrils : des chipies poilantes !

Jenny, Vicky et Karine sont les idiotes québécoises les plus populaires de la BD franco-belge.

Albin manipule le look et le caractère de Karine mais le monde meilleur auquel il rêve a de quoi faire peur. © Dupuis.

entretien

Le cinquième album des Nombrils, Un couple d’enfer, a été tiré à 160.000 exemplaires. Traduite en douze langues, cette série phénomène flirte avec le million d’exemplaires vendus. Jenny, Vicky et Karine, ses ados-héroïnes sont les chipies les plus poilantes de la BD franco-belge. Leurs gags naissent sous la plume mordante de Maryse Dubuc et le crayon léché de Marc Delafontaine dans une cabane perdue de Sherbrooke au fond du Canada.

Depuis le début de la série, Karine, une grande asperge angoissée, était sous l’étouffoir de Jenny et Vicky, un duo de bimbos nombrilistes. Dans ce nouvel épisode, Karine casse son image. Le monde et la morale basculent, sous l’influence d’Albin, un chanteur de rue diabolique…

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Reportages à la mine de plomb

Bande dessinée De Jérusalem à Sernovodsk, des auteurs croquent l’actualité

Guy Delisle : « Certaines scènes auxquelles j’ai assisté sur place m’ont fait honte ». © Delcourt.

entretien

Guy Delisle file sa femme dans les missions de Médecins sans frontières. Incognito, il en profite pour noircir des coups de crayon contre les mesquineries du quotidien, la répression, la dictature… Dans Pyongyang, il dressait le portrait glaçant d’une Corée du Nord où il est interdit à la population de penser. Avec Chroniques birmanes, il dessinait un pays coupé du monde où les mineurs sont payés en doses d’héroïne. Son nouveau livre, Chroniques de Jérusalem, arpente la ligne de démarcation du conflit israélo-palestinien. Entre les check-points, Delisle bouscule les tabous politiques et religieux pour regarder la réalité en face et en rapporter le sens au lecteur. Ce BD-reportage chamboule les clichés.

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Spirou coulé dans le métal hurlant

Arts plastiques Serge Clerc met le héros de Dupuis sous acide

entretien

Dans les années punk du « no future », Serge Clerc ne jurait que par l’underground. Il était dans la ligne électrique des auteurs de Métal Hurlant, le magazine des Humanoïdes associés. L’artiste français signera dans le plus pur style atome les exploits de Captain Futur et du privé Phil Perfect. Aujourd’hui, il précipite Spirou dans la grande bascule cubiste de l’art moderne, à travers 140 pages d’études au crayon et 38 dessins à l’encre.

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François Villon, la rock star médiévale

François Villon, une âme damnée née à Paris en 1431. © Delcourt.

entretien

Poète et malfaiteur, adulé du tout-Paris dans les années 1450, l’auteur culte de la Ballade des pendus était rebelle à l’ordre et aux bourgeois. Jean Teulé a écrit la destinée de ce frère humain dans Je, François Villon. Luigi Critone met de la chair sur les mots.

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Comprendre que le monde est beau

Poésie Le Carnet intime de Zep sans Titeuf

Au Népal, les enfants hilares grimpaient sur Zep pour voir comment dessine un Européen sans appareil photo ! © Gallimard.

Entretien

En 1992, Zep se réfugie dans un monastère à Chalais, au-dessus de Grenoble pour se faire oublier de Titeuf. C’est là qu’il prend goût à remplir des carnets de dessins. Il n’a pas cessé depuis de tremper son pinceau dans le pastis, de diluer ses couleurs dans le thé chaud ou de rincer sa palette au rhum blanc. Hors des cases de bande dessinée, l’artiste cherche à capturer le temps qui passe. Il dessine autour du monde des ponts de mille ans, fait le portrait d’un baobab, peint l’incarnation de Vishnu et chasse le fantôme de la Princesse Mononoké. De Dar es Salaam à la Pointe de l’Au, sur les plages de l’île de Praslin ou de Porquerolles, Zep invente la poésie immobile pour nous remettre à notre place d’humain de passage. Son Carnet intime invite à la sagesse et à la beauté.

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Cosey met l’humain à nu

Un album, une autobiographie et deux expos

Cosey vend ses planches, à peine l’album terminé, pour payer ses voyages. © thomas Blairon.

entretien

Depuis 35 ans, Jonathan marche à l’aventure, porté par l’écho du monde. Dans son 15e album, une mèche de cheveux en poche, le héros de Cosey poursuit sa quête de la connaissance de l’autre comme de lui-même. L’exotisme du décor ensorcelle les rencontres. Parmi les neiges de Takayama, Jonathan s’égare au fond d’un gouffre japonais, démasque une renarde et fait battre le cœur d’Atsuko.

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Une épopée portugaise

Cyril Pedrosa dessine un album éblouissant comme un soleil portugais, où l’auteur part à la recherche de ses racines en musique.

entretien

Autant prévenir tout de suite : il ne se passe rien dans cette histoire. L’auteur se cherche au fil des pages mais la quête n’en est que plus magnifique. Cyril Pedrosa fouille ses souvenirs de famille et d’enfance, lâche tout, sa femme et la bande dessinée, prend la route du Portugal de ses ancêtres et laisse couler la chanson de geste comme une épopée de l’intime. Ce livre réchauffe le cœur et l’esprit. Aux côtés de Pedrosa, la vie est parfois difficile mais au bout du chemin, le monde semble plus lumineux.

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Floc’h dessine la mort du père

Entretien

Floc’h aime les surprises. Avec Une vie exemplaire, il feint de signer un livre pour enfants aux images idéales. Mais le trait est faussement naïf et le regard sur les bonnes manières joue de l’irrévérence. Les parents ne s’y trompent pas. A la librairie Candide, où les originaux sont exposés, les clients adultes achètent cette Vie exemplaire… en plusieurs exemplaires ! Pour en partager les enchantements entre amis ou en famille.

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