Videla, “l’homme le plus haï d’Argentine”

La mort du général Videla a permis d’évoquer une nouvelle fois la “sale guerre argentine” dont il fut, dans les années 1970, l’un des principaux responsables. Comme l’ont souligné la plupart des journaux télévisés, celui qui, en 1976, dirigea le « Processus de reconstruction nationale » était aujourd’hui « l’homme le plus haï d’Argentine ».

Au moment du coup d’Etat, toutefois, Videla n’était pas aussi impopulaire. Il n’était pas loin en effet d’avoir l’appui d’une partie importante de l’opinion publique, épuisée par la violence qui venait de tous les côtés : des groupes péronistes montoneros, de la guérilla d’extrême gauche, de la Triple A (Alliance anticommuniste argentine) ou des « éléments incontrôlés » des services de sécurité et de l’armée.

« Toute la société argentine savait ce qui était en train de se passer et très peu protestèrent, écrit le journaliste Jacobo Timerman en préface au livre de Cynthia Brown, With Friends Like These. C’est particulièrement le cas de ceux qui avaient normalement la charge d’assurer la paix et la coexistence : les groupes religieux, la presse, les partis politique, les syndicats ouvriers ». Continuer la lecture

Publié dans Amérique latine, droits de l'homme, extrême droite, Relations internationales | Marqué avec , , , , , , , , | Laisser un commentaire

L’Iran prépare les élections en emprisonnant des journalistes!

Qui va pouvoir informer légalement sur l’élection présidentielle, prévue le 14 juin prochain en Iran ? Ceux qui auront fait acte d’allégeance au pouvoir, tout simplement.

Depuis des mois, les autorités de Téhéran multiplient, en effet, les attaques contre les journalistes et les blogueurs qui sortent des rangs. Ou qui pourraient « perturber » la couverture conforme du scrutin. Pas question que se répètent les événements de 2009 lorsque l’opposition avait réussi à inquiéter le régime, en utilisant notamment les nouveaux réseaux sociaux pour mobiliser et informer. Des millions de sites ont été bloqués et la surveillance électronique s’est généralisée.

Plus de 40 journalistes sont actuellement emprisonnés, selon un rapport du Comité de protection des journalistes (CPJ, New York), un chiffre qui tranche avec celui des années Khatami, lorsqu’un seul journaliste (un de trop, quand même) se trouvait en prison en 2004. Et la répression risque de se durcir à l’approche du scrutin. Continuer la lecture

Publié dans Non classé | 3 commentaires

Les ravages du narcototalitarisme

On se serait cru à l’opéra quelques minutes avant le lever de rideau, quand l’orchestre teste ses instruments. La salle bruissait de mille conversations, les techniciens toussotaient dans les micros, les interprètes piaillaient dans leurs cabines.

Mais on n’était pas à l’opéra. A l’entrée, des gardes sourcilleux vérifiaient scrupuleusement les badges. Des policiers en uniformes circulaient avec des chiens dans les couloirs. Un peu partout, des hommes au visage revêche, un écouteur à l’oreille, étaient sur le qui-vive, leurs costumes craquant sous des muscles hypervitaminés. Bienvenue à San José du Costa Rica, à la conférence de l’Unesco sur la liberté de la presse 2013. Avec «en tête d’affiche», les narcos et leur violence contre les journalistes latino-américains. Continuer la lecture

Publié dans Non classé | Un commentaire

L’info, un revolver sur la tempe

Le 8 avril dernier, un journaliste russe, Mikhail Beketov, est décédé dans un hôpital de Moscou. L’information est passée presque inaperçue. L’actualité internationale était dominée, ce jour-là, par les menaces matamoresques du président nord-coréen, les élections vénézuéliennes et l’affaire Cahuzac. Et pourtant, Mikhail Beketov incarnait lui aussi ce journalisme d’enquête et de dénonciation qui venait juste d’être consacré par Mediapart et par les révélations du Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ) sur l’évasion fiscale, l’Offshore Leaks. Continuer la lecture

Publié dans Non classé | Un commentaire

Vote massif du Parlement européen en faveur des libertés au Vietnam

Comme nous l’annoncions dans un précédent blog, le Parlement européen a voté massivement ce jeudi à Strasbourg en faveur d’une résolution demandant au Vietnam de libérer “immédiatement et sans conditions” les journalistes, blogueurs et dissidents emprisonnés et de respecter ses engagements internationaux en matière, tout particulièrement, de liberté d’expression. Les députés exigent également que Hanoï mettent fin à la persécution d’organisations religieuses comme l’Eglise bouddhiste unifiée du Vietnam ou l’Eglise catholique. Continuer la lecture

Publié dans Analyse, asie, droits de l'homme, Journalistes, Relations internationales, Union européenne | Marqué avec , , , , , , , | Un commentaire

La liberté d’expression au Vietnam, sous la loupe du Parlement européen

 Jeudi prochain lors de sa session plénière mensuelle à Strasbourg, le Parlement européen va aborder en urgence la situation des droits de l’Homme au Vietnam et, en particulier, la liberté d’expression. Une résolution y sera discutée à l’initiative, en effet, de six groupes politiques, de la gauche social-démocrate à la droite populiste.

Ce pays du Sud-est asiatique connaît un durcissement politique qui passe largement inaperçu en dehors de ses frontières. Non seulement parce que l’attention de la presse internationale se porte essentiellement sur des pays asiatiques à plus « haute valeur informative ajoutée », comme la Birmanie, la Chine ou aujourd’hui, la Corée du Nord. Mais aussi parce que le Vietnam se présente comme un « tigre économique », qui s’ouvre aux échanges et aux investissements avec le reste du monde et qui, dès lors, fait figure de pays « engagé sur la bonne voie de la transition et de la modernité ». Continuer la lecture

Publié dans Analyse, asie, droits de l'homme, Eclairage, Journalistes, Régions du monde | Marqué avec , , , , , , , | 12 commentaires

Thatcher, ultralibérale et antilibérale

Le décès de Margaret Thatcher a inévitablement réveillé de farouches hostilités entre des camps radicalement opposés. La Dame de fer ne s’en serait pas offusquée. Durant son règne, elle imposa ses dogmes et ses politiques sans se soucier des états d’âme de ses adversaires ni même de ses alliés. Continuer la lecture

Publié dans Non classé | Un commentaire

Argentine: des héros dans la nuit

Il était inévitable que l’élection de Jorge Mario Bergoglio renvoie à l’histoire tragique de l’Argentine et remue les eaux fétides de la «sale guerre» qui y sévit dans les années 1970. Et il n’était pas déplacé, comme certains l’ont clamé, de s’interroger sur le rôle du nouveau pape lors de cette période criminelle et ténébreuse. Oui, comme l’écrit Jon Lee Anderson dans le New Yorker, «quelle que soit la vérité, François l’Humble, tout comme l’Eglise argentine qu’il a longtemps servie, a beaucoup de choses à clarifier sur ce qu’il pensa, sur ce qu’il fit, durant cette sale guerre». Continuer la lecture

Publié dans Non classé | Un commentaire

Ils « poutinisent » l’Europe

Depuis 1949, le Conseil de l’Europe fait figure de héraut de la démocratie et des droits humains. Avec son institution sœur, la prestigieuse Cour européenne des droits de l’homme, il donne à la ville qui l’accueille, Strasbourg, la fierté de pouvoir se présenter comme la capitale des « valeurs démocratiques européennes ». Continuer la lecture

Publié dans Non classé | Laisser un commentaire

Ecrire, c’est mourir

La peur est au rendez-vous cette semaine à la Foire du Livre de Bruxelles, consacrée aux « écrits meurtriers ». Les polars et les thrillers qui s’empilent sur les tables promettent de délicieux frissons, des cadavres exquis et de fébriles nuits blanches. Mais à mille lieues de là, dans les bas-fonds du monde, dans les terrains vagues des Etats effondrés, dans les culs de sac de l’humanité, ce sont les écrivains qui ont la mort aux trousses.

Comme à Ciudad Juarez, épicentre de la guerre de la drogue mexicaine. « Personne ne dort dans la ville du crime, écrit Homero Aridjis. La peur traverse les paupières fermées. L’angoisse scelle les lèvres des hommes cachés dans les sous-sols du silence, tandis que des patrouilleurs assassins font leurs rondes. Des cavaliers pâles parcourent les avenues sans lumières sur des motos noires. Leurs bouches sentent le sperme, la cendre et la poudre. Et les papillons aveugles ».

Serti comme un joyau dans l’« anthologie de l’impunité » récemment publiée par PEN international, l’association internationale des écrivains, ce texte d’un des plus grands poètes mexicains rappelle tragiquement que, dans certains pays du monde, écrire, c’est prendre le risque d’être assassiné. Comme Francisco Gomes de Medeiros, abattu le 18 octobre 2010 dans l’Etat de Rio Grande do Norte, au Brésil. Comme Regina Martinez, une journaliste d’investigation, morte étranglée le 28 avril dernier, dans une petite ville de la province de Veracruz, au Mexique. Comme Angel Alfredo Villatoro, un journaliste de radio hondurien, retrouvé le 16 mai, étranglé, dans les environs de Tegucigalpa..

Censures politiques

Au siècle dernier, la réalité des écrivains latino-américains relevait de l’essai politique. Des militaires incultes brûlaient leurs livres, censuraient leurs revues, fermaient leurs maisons d’édition, avant de les assassiner ou de les exiler. Des guérilleros frustres et exaltés les accusaient de trahir la Révolution, avant de les éliminer. En 1974, à Buenos Aires, Silvio Frondizi était abattu par la Triple A (Alliance anticommuniste argentine), l’escadron de la mort d’un régime péroniste agonisant. Au Salvador, en 1975, le poète Roque Dalton était exécuté par ses « compagnons de lutte» hallucinés de l’Armée révolutionnaire du peuple, qui le prenaient pour un agent de la CIA. En 1977, Rodolfo Walsh, auteur du chef d’œuvre de journalisme narratif, Opération Massacre, « disparaissait » dans la nuit et le brouillard de la dictature nationale-catholique du général Videla.

Tout alors était politique, la subversion et la réaction, la création et la répression. Les écrivains étaient assassinés parce qu’ils pensaient mal, parce qu’ils étaient « communistes » ou « sociaux-traîtres », parce ce qu’ils insultaient la Patrie ou calomniaient la « civilisation occidentale et chrétienne ».

Le règne des narcos

Aujourd’hui, la réalité des lettres latino-américaines appartient au roman noir. Les journalistes, les essayistes et les poètes ne sont plus les victimes d’une guerre des idéologies, mais bien les brebis expiatoires de l’ensauvagement qui accompagne comme un sicaire la globalisation désordonnée du monde. Dans ces régions brutalisées où l’Etat de droit a été mis hors la loi, ils sont enlevés par des truands cagoulés et tatoués, jetés dans le coffre de 4×4 banalisées, torturés et exécutés. Ils sont traqués jusque dans leurs maisons sécurisées par des hommes de main du crime organisé. Comme Lydia Cacho, Prix mondial 2008 de la liberté de la presse. Auteure des Démons de l’Eden, un livre choc sur les réseaux de pédophilie et de corruption au Mexique, elle a été obligée l’année dernière de temporairement s’exiler.

« Je n’ai jamais rien vu de semblable à la violence qui déchire le Mexique, à sa brutalité et à sa cruauté », écrit dans Narco Estado l’anthropologue et photographe hollandais Teun Voeten, lui qui, pourtant, a couvert les barbaries de l’épuration ethnique à Sarajevo et du génocide au Rwanda. Depuis 2006, plus de 60.000 personnes, autant qu’en Syrie, ont été emportées dans ce tourbillon de violence. « Certains disent qu’entre 2000 et 2011, 74 journalistes mexicains ont été assassinés, écrit Elena Poniatowska, la grande dame de la littérature mexicaine. D’autres parlent de 84, d’autres encore de 80. Ce qui est sûr, c’est que le chiffre ne cesse d’augmenter. Pendant combien de temps encore l’exercice du journalisme sera-t-il une sentence de mort ? » Si l’autocensure s’étend peu à peu comme un nuage toxique, des écrivains, des journalistes, refusent, cependant, de rentrer la plume dans le fourreau et de se retirer dans des communautés cadenassées.

Les écrits contre les meurtriers

Avant eux, sous d’autres cieux, d’autres refusèrent également de rendre les armes. Comme Tahar Djaout, auteur du Dernier été de la raison, assassiné par des terroristes islamistes en 1993 en Algérie et à qui on attribue cette phrase désespérée. « Avec ces gens-là, si tu parles, tu meurs. Si tu te tais, tu meurs. Alors parle et meurs ». Comme Anna Politkovskaïa, exécutée sur le seuil de son appartement en octobre 2006 à Moscou, parce ce qu’elle en savait et en disait trop. Comme Hrant Dink, l’écrivain turc arménien, abattu à Istanbul le 19 janvier 2007 par un militant ultranationaliste. Tous trois avaient été mille fois menacés. Tous trois avaient persévéré.

« La vérité de la parole de notre époque se paie toujours avec la mort », note gravement Roberto Saviano dans un texte d’hommage à Anna Politkovskaïa, publié dans son livre La Beauté et l’Enfer. « Survivre à une vérité forte est une manière d’éveiller les soupçons. Une manière d’atténuer la vérité de nos propres mots, écrit ce Napolitain forcé par la Mafia à vivre dans la clandestinité. Survivre à la vérité de la parole, c’est affaiblir la vérité ».

Et l’auteur de Gomorra interpelle le lecteur « pour qu’il n’oublie pas le sacrifice de celle qui a décidé de raconter. Pour qu’il puisse ressentir jusque dans sa propre chair chaque heure de la vie d’Anna Politkovskaia, une vie souvent passée dans la conscience d’une échéance, mais dans le certitude que cette échéance ne concernait que son propre corps et qu’elle diffuserait, comme les constellations, ses propres histoires, les déposant en chaque lecteur qui les rencontrerait ».

Le talent littéraire ne se juge pas à l’aune du courage ou de l’honneur. Le caravansérail des lettres accueille aussi des salauds cultivés, des pleutres doués et des Collabos érudits. Mais il ne serait rien s’il n’y avait pas, comme des étoiles au firmament, ces écrivains qui prennent le risque de mourir pour défendre leur vérité et notre liberté.

Ne pas céder. Jamais. Faire face avec ses écrits aux meurtriers. « Même si c’est le dernier mot que j’écris, mon amour, même si c’est le dernier mot que tu lis, le dernier mot que je vis, que je respire et que j’écris, s’exclame l’écrivain chilien Ariel Dorfman en hommage à Francisco Gomes de Medeiros, Regina Martinez et Fernando Villatoro, je ne permettrai pas la victoire de la mort ni le ressac féroce du mal. Ce mot est ma maison, ta sainte terre, notre seule défense contre la guerre, l’ultime fenêtre de notre maison qui brûle ».µ

Agenda: Jean-Paul Marthoz sera interviewé ce jeudi 7 mars à 15h au Forum de la Foire du Livre par Béatrice Delvaux, à l’invitation d’Amnesty International Belgique. Francophone.

Publié dans Amérique latine, Analyse, droits de l'homme, Journalistes, littérature, Relations internationales, turquie | Marqué avec , , , , , , , , , , , , , | Un commentaire