24 Démocrates américains, Trump et nous

L’été sera caniculaire au sein du Parti démocrate américain. Depuis quelques semaines, la course à l’investiture présidentielle est officiellement lancée et 24 candidates et candidats se bousculent sur la ligne de départ. Le marathon va durer jusqu’à la Convention nationale en juillet 2020 à Milwaukee, qui désignera le « ticket » chargé d’affronter l’actuel locataire de la Maison blanche.
Des observateurs distraits pourraient penser que la question du nom du candidat démocrate est subsidiaire, tant ils sont convaincus que Donald Trump n’a aucune chance d’être réélu et qu’il pourrait même être battu, s’amusent certains, « par un âne »… le symbole du Parti démocrate. Même si de récents sondages le donnent perdant face à plusieurs candidats démocrates, d’autres commentateurs, au contraire, s’inquiètent. Encore traumatisés par leurs pronostics erronés de 2016, ils savent que ce qui peut paraître comme des erreurs ou des fautes aux yeux d’électeurs raisonnables et modérés constitue précisément l’attrait de Donald Trump auprès d’une partie significative de la population. Continuer la lecture

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Iran/Etats-Unis: Le mensonge est une bombe à retardement

Qui sont les auteurs des attaques contre des tankers dans le Golfe d’Oman? Pour l’administration Trump, pas de doute: c’est l’Iran. Mais Téhéran jure ses grands dieux qu’il n’a rien à voir dans ces actes malveillants.
Un peu partout, des voix s’élèvent, appelant à la prudence. « Avant de blâmer quelqu’un, nous avons besoin de preuves crédibles », a précisé Nathalie Tocci, conseillère de la « ministre » européenne des Affaires étrangères, Federica Mogherini. Les paroles d’une démocratie alliée ne vaudraient-elles donc pas mieux que celles d’une dictature hostile? Continuer la lecture

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Quand les intellectuels s’égarent

Ils sont encensés pour la brillance de leur esprit. Leurs livres ou leurs articles ont parfois même le statut de textes sacrés. Les médias les interviewent et les invitent sans compter. Et pourtant, souvent ils s’égarent. Dans les années 1920, Julien Benda parla fameusement de la « trahison des clercs », cette tentation récurrente des intellectuels, car il s’agit bien d’eux, de s’emballer pour des idéologies glauques et des satrapies ténébreuses.
Pendant des décennies, le stalinisme subjugua de grands intellectuels parisiens, un temps ou longtemps, de Louis Aragon à Jean-Paul Sartre, alors que Victor Serge et David Rousset avaient déjà dénoncé l’univers totalitaire soviétique. Plus tard, d’autres brillants esprits furent saisis d’une passion sidérante pour la Révolution culturelle chinoise, alors que Simon Leys, comme le rappelle Philippe Paquet dans la biographie qu’il lui a consacrée (Gallimard, 2016), les avait avertis de la tyrannie qui y sévissait. « Les idiots disent des idioties comme les pommiers produisent des pommes », avait-il lancé à l’adresse des « maos ».
La « gauche réactionnaire » n’a pas l’exclusivité de ces égarements. Tout au long de la marche folle de l’histoire, des intellectuels de droite ont prêté leur célébrité à des régimes voyous. Dans son livre Berlin 1933 (Le Seuil, 2019), Daniel Schneidermann égrène les noms de ceux qui s’entichèrent de l’Allemagne nazie. Eric Branca ne les rate pas non plus dans Les entretiens oubliés d’Hitler (Perrin, 2019), une collection d’interviews fascinées ou complaisantes du Führer par des écrivains et journalistes de renom, comme Fernand de Brinon et Bertrand de Jouvenel. Continuer la lecture

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L’Europe et le patriotisme de la liberté

Les élections européennes du 26 mai se déroulent dans un télescopage inédit avec les célébrations du 75ème anniversaire du débarquement en Normandie et du début de la libération sur le front occidental de la Seconde guerre mondiale.
Personne, à l’exception des nostalgiques de Hitler, Pétain ou Degrelle, n’oserait aujourd’hui regretter « l’invasion de la France » le 6 mai 1944 par les forces alliées américaines, britanniques et canadiennes et les 177 Français libres du commando Kieffer. Les paroles officielles, graves ou grandiloquentes, seront donc convenues et consensuelles.
Et pourtant, elles ne devraient pas l’être. Même si officiellement la Libération ne suscite pas de controverse, l’actualité et le passé se chevauchent et s’interpellent. Quelle libération célébrera-ton? Avec qui? De quelle Europe ou de quelle Communauté atlantique parlera-t-on? Au nom de quelles valeurs? Pour cautionner quelle politique? La réponse ne nous sera pas donnée le 6 juin, mais le 26 mai au soir, lorsque tomberont les résultats des élections européennes.
Comme le déclara fameusement John Kennedy en 1961, « la victoire a cent pères, mais la défaite est orpheline». Des dizaines de dirigeants politiques de tous bords se bousculeront sur les plages et sur les places du souvenir pour s’approprier la victoire. Mais le 6 juin 1944 ne peut gommer ce qui le précéda, mai 1940, « l’étrange défaite », comme l’appela le grand historien français Marc Bloch: l’hébétude d’une majorité de la population et l’entrée du régime de Vichy dans une politique de collaboration active avec l’occupant nazi. Continuer la lecture

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Donald Trump et la diplomatie égo-populiste

« La politique extérieure, écrivait Alexis de Tocqueville, n’exige l’usage de presque aucune des qualités qui sont propres à la démocratie et commande au contraire le développement de presque toutes celles qui lui manquent ». A supposer bien sûr que les qualités que l’auteur prête à la démocratie soient celles de l’intérêt général, de la négociation et du consensus.
Or, depuis son entrée à la Maison blanche en janvier 2017, Donald Trump inverse l’équation que le philosophe libéral français avait formulée après avoir parcouru l’Amérique dans les années 1830. En réalité, il démontre que dans l’univers de « L’Amérique d’abord » et de la « guerre de tous contre tous », il peut y avoir une continuité sans failles entre les politiques intérieure et extérieure.
Le Trumpland n’a guère de place pour les alliances, les compromis et les garde-fous. Sur la scène nationale, le leader populiste n’est pas loin de voir dans ses adversaires politiques des « ennemis de l’intérieur » et considère les contre-pouvoirs prévus par la Constitution américaine comme des obstacles à contourner et à combattre. De même sur la scène internationale, il rejette les institutions multilatérales comme autant de contraintes illégitimes.
Cette équation polarise la société américaine et crispe dangereusement les relations internationales, mais si elle n’est guère « présidentielle », elle est très « présidentiable », car elle constitue l’un des leviers de sa réélection. Pour Donald Trump, l’esprit bi-partisan, longtemps promu par d’illustres représentants de l’Establishment américain, à l’instar des sénateurs Sam Nunn (Démocrate) ou Richard Lugar (Républicain), ne signifie rien. Susan Rice s’en inquiétait récemment dans un article du New York Times. « Il y a une logique, une cohérence, un thème unificateur dans la politique étrangère de Donald Trump, écrivait-elle en substance. Ses intérêts et ceux de son parti l’emportent sur ceux de son pays». Continuer la lecture

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Grimacez. Vous êtes filmé.

Début avril, le New York Times a lancé une série spéciale, intitulée le Privacy Project, qui sonne le tocsin contre tous ceux qui nous espionnent, nous filment, nous fichent, nous taggent, nous ciblent. « Les pays occidentaux sont en train de construire un Etat de surveillance aussi totalitaire que celui actuellement mis en oeuvre par le gouvernement chinois », s’inquiétait le chroniqueur Farhad Manjoo.
Exagération? On a peine à s’imaginer que le système de surveillance chinois, en particulier son recours massif à la reconnaissance faciale pour traquer les citoyens déviants, puisse être adopté par des démocraties libérales. Et pourtant. « Nous avons abandonné trop de contrôle sur notre vie numérique, écrivait sa collègue Kara Swisher. Nous ne pouvons plus le tolérer».
Elle n’est pas seule à le penser. La semaine dernière, l’Association canadienne pour les libertés civiles a décidé elle aussi qu’elle en avait assez de l’intrusion numérique. Elle a déposé plainte auprès des autorités locales et fédérales contre le projet de création sur le « front de mer » de Toronto d’un « quartier branché et intelligent » où le recours aux technologies numériques, sous l’égide d’une filiale de Google, risque de déboucher sur une surveillance indue des citoyens. Continuer la lecture

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L’Europe dans les griffes du panda, de l’ours et de l’aigle

Le tout récent sommet entre l’Union européenne et la Chine a été précédé, sans surprise, par les appels des organisations de défense des droits humains à dénoncer l’autoritarisme de Beijing. Et il a été suivi, sans surprise, par la déception de celles-ci face à la frilosité des chefs d’Etat et de gouvernement européens.
Ce constat désabusé renvoie, cependant, à une considération plus générale. Alors que l’Europe se voyait naguère comme une puissance, « elle est devenue une proie dans la nouvelle rivalité entre les Etats-Unis, la Chine et la Russie», écrivait fin mars la directrice éditoriale du Monde, Sylvie Kauffmann, dans le New York Times.
Le réveil est rude. Après la chute du Mur de Berlin en 1989, les nouveaux « missionnaires européens » avaient imaginé d’amener la Chine, mais aussi la Russie, à embrasser le libéralisme économique et politique, « horizon indépassable de l’humanité ». L’équation était simple: à la modernisation économique, parrainée par les experts occidentaux, succéderait inévitablement la libéralisation politique.
Trente ans plus tard, l’échec est sidérant. Le règne de Xi Jinping se confond avec la répression des dissidents, la surveillance de la population et l’internement dans des camps de rééducation politique au Xinjiang. De même, en Russie, après le chaos et les  humiliations de la période Eltsine, Vladimir Poutine a engagé la Russie sur la voie de l’autoritarisme, du nationalisme et du conservatisme moral. Continuer la lecture

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A propos de Christchurch. Ces extrémismes qui sécrètent du désastre

L’attentat le 15 mars dernier contre deux mosquées de Christchurch a testé la cohérence morale et l’universalité de la lutte contre le terrorisme. L’émotion et l’indignation sont souvent déterminées en effet par la proximité géographique et par l’identification aux victimes sur base nationale, ethnique, idéologique ou religieuse. Or, la Nouvelle Zélande se trouve « down under », comme on dit, au bout du bas de la mappemonde, et les victimes étaient musulmanes.
La couverture médiatique du terrorisme est souvent hémiplégique. Selon une récente étude de l’Université de l’Alabama, les attaques commises par des musulmans recevraient 375% plus d’attention dans la grande presse américaine que celles perpétrées par des personnes issues d’autres communautés. Depuis les attentats du 11 septembre, au fil de la « guerre contre la terreur », les Etats-Unis et l’Europe ont largement fait rimer terrorisme et islamisme, au risque d’oublier trop rapidement les attaques commises par des « nationalistes blancs », comme la tuerie d’Oslo et Utoya en 2011 ou l’assassinat en 2016 de la députée travailliste britannique Jo Cox. Continuer la lecture

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Le film Roma et les tacos al pastor. Comme une madeleine de Proust…

Regarder un film peut être une expérience collective. Comme dans ces festivals du cinéma des droits humains ou du journalisme, où les spectateurs deviennent en quelque sorte des acteurs des films qu’ils regardent, tant ils s’identifient aux mêmes causes et aux mêmes héros, tant ils s’indignent ensemble des abus et des régimes qui en sont responsables. Les films de Costa Gavras, de Z à L’Aveu, de Missing à Etat de siège, me rappellent ces moments exceptionnels de « communion » dans des salles acquises à la lutte contre l’arbitraire et la violence des Etats, de la Grèce des Colonels à la Tchécoslovaquie communiste ou au Chili du général Pinochet.
A la fin, cependant, un film est inévitablement une expérience personnelle. Son interprétation, les émotions qu’il suscite et les réflexions qu’il inspire sont intimes. Une vérité de La Palice? Sans doute, mais cette individualité du regard m’a saisi lorsque j’ai vu Roma, le dernier film du réalisateur mexicain Alfonso Cuaron. Il y décrit, avec beaucoup de nuances et de réalisme, une famille de la classe moyenne mexicaine de la Colonia Roma, un quartier proche du centre historique de Mexico. Il y dévoile aussi la brutalité du régime du Parti révolutionnaire institutionnel (PRI) alors au pouvoir, son recours à des tueurs recrutés dans les bidonvilles et formés sous la tutelle des forces de sécurité pour étouffer toute tentative de contestation. Le « massacre de Corpus Christi », le 10 juin 1971, l’un des moments les plus forts du film, est une répétition de la tuerie de Tlatelolco, la Place des Trois Cultures, le 2 octobre 1968, à la veille des Jeux olympiques, lorsque des centaines de jeunes avaient été piégés et tués par l’armée et ses supplétifs. Continuer la lecture

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Un moment de grâce au milieu du grand naufrage

Depuis des années, des esprits éclairés nous mettent en garde, avec raison, contre tout ce qui nous enferme dans des identités crispées et des communautés fermées. Dans ces silos, ces bulles et ces tribus qui nous protègent des « autres ». Dans ces territoires où la parole est excluante et péremptoire. « Chacun chez soi, chacun pour soi, avec ceux qui pensent comme moi »: ces mots n’ont jamais inspiré de grandes idées ni construit des sociétés équilibrées.
Jugée à l’aune de cette crispation du monde, la cérémonie, mardi dernier à Louvain-la-Neuve, des docteur(e)s honoris causa de la Faculté des sciences économiques, sociales, politiques et de communication (ESPO), a été un réel « moment de grâce ». Loin, très loin, du charivari des réseaux sociaux et de la hargne des ronds-points. Loin des émissions télé-hanounisées et des débats pugilats. Un moment privilégié, où les idées n’étaient pas cadrées par des identités réductrices (et parfois, meurtrières), comme l’ethnie, la langue ou la religion, mais inspirées par une universalité qui transcende et libère.
L’hommage rendu à la militante saoudienne des droits humains, Loujain Al-Hathloul, aujourd’hui emprisonnée et jugée à Riyad, a sans aucun doute été le symbole le plus éloquent de cette universalité. La jeune saoudienne est accusée d’avoir eu « l’intention de saper la sécurité, la stabilité et l’unité nationale du royaume », alors qu’elle s’opposait tout simplement à la tutelle masculine, aux discriminations et aux violences contre les femmes. L’Arabie saoudite, accusée de crimes de guerre au Yemen et de l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi à Istanbul, est devenue plus que jamais un test de l’engagement des démocraties occidentales en faveur des principes dont celles-ci se réclament. L’université de Louvain a choisi. Clairement. Et sans stigmatiser une nation ou une religion.
Liberté! Ce mot a été le fil d’Ariane de la cérémonie. Comme un écho du poème de l’écrivaine franco-libanaise Andrée Chedid, qui s’applique tellement bien à l’éthique académique : « Nulle oeuvre ne se féconde sous le joug. Nulle cause ne s’honore de la menace, Nul avenir ne se forge sous l’interdit ». Ecrit en 1993 en hommage à Salman Rushdie, ce texte est malheureusement plus que jamais d’actualité. Car cet enfermement de la pensée n’est plus limité à des pays lointains, comme l’Iran. Il s’insinue aussi dans les plus vieilles démocraties, au coeur même de l’Union européenne, comme l’a rappelé Caroline Pauwels, rectrice de la VUB (Vrije Universiteit Brussel), elle aussi honorée du titre de docteure honoris causa, qui a souligné, en particulier, les dérives de la Hongrie de Viktor Orban et ses attaques contre la liberté académique. Continuer la lecture

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