Populismes: à la recherche du temps perdu

Les lumières se sont éteintes depuis quelques semaines déjà au Forum économique mondial de Davos et, sans surprise, le monde continue à mal tourner. Pendant que des chefs d’Etat et des PDG péroraient luxueusement sur l’état du monde, les mouvements de fond annonciateurs de tsunamis et de tempêtes n’ont fait que se renforcer.
Et pourtant, il y a longtemps que des alarmes ont résonné, que des Cassandre ont crié, que des électeurs ont maugréé. Mais, à force de ne pas être entendues, les critiques et les frustrations se sont inévitablement, dangereusement, transformées en hargnes et en ressentiments. Venues de la gauche de la gauche, des forêts zapatistes du Chiapas et des forums sociaux de Belo Horizonte, les incriminations de l’ultra-libéralisme débridé avaient pourtant été cooptées par des penseurs pondérés, comme les Prix Nobel d’Economie Paul Krugman ou Joseph Stiglitz. Sans réussir, toutefois, à ébranler les certitudes des ayatollahs du marché libre et de l’argent fou, sacrés nouvel « horizon indépassable de l’humanité ». Continuer la lecture

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Quelle “grandeur” pour l’Amérique?

Le 20 janvier, les caméras qui filmaient la cérémonie d’inauguration de Donald Trump ont furtivement montré un nonagénaire au sourire bienveillant, vêtu d’un imperméable beige : l’ex-Président démocrate Jimmy Carter. Qu’aura-t-il donc pensé de cette journée qui consacrait l’entrée à la Maison Blanche d’une personne radicalement hostile aux idées qu’il avait jadis prônées?
Il y a 40 ans, en effet, le 22 mai 1977, à la tribune de la prestigieuse Université de Notre Dame, Jimmy Carter avait prononcé un discours historique sur les droits de l’homme, qui plaçait la défense des libertés au coeur de la diplomatie américaine. On était alors en pleine guerre froide et la « doctrine Carter » fut immédiatement dénoncée par les régimes communistes, qui y décelaient une ruse pour les discréditer, et par les dictatures de droite, qui se voyaient ainsi exclues du « monde libre ». Elle fut par contre vivement applaudie par Amnesty International et par tous les dissidents et opposants démocratiques, de Prague à Santiago du Chili, du Caire à Pretoria.
Après les tragédies et les divisions de la guerre du Vietnam, après le scandale du Watergate, Jimmy Carter voulait  « rendre sa grandeur à l’Amérique », en fondant sa politique étrangère sur les valeurs proclamées par les Pères Fondateurs. Mais durant ses quatre années de présidence, la droite américaine n’eut de cesse de l’étriller comme « une invitation à la malfaisance des ennemis de l’Amérique ». Il est vrai que son bilan fut très ambigu. Appliquée de manière hésitante, la doctrine fut fragilisée par la victoire de la Révolution islamique en Iran et par celle des sandinistes au Nicaragua, qui détournèrent à leur profit le combat contre des satrapies pro-occidentales. Elle fut sapée par l’intervention de l’Union soviétique, en décembre 1979, en Afghanistan. Continuer la lecture

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“Pauvre Mexique, si loin de Dieu, si près de Trump”

Donald Trump a donc confirmé son intention de “construire un mur” (qui existe déjà en partie) entre les Etats-Unis et le Mexique. La tension entre les deux pays s’exacerbe et le président mexicain aura du mal à naviguer entre les pressions de Trump et celles de l’opposition mexicaine, à l’écoute d’une population indignée par la politique clairement hostile exprimée par le nouveau Président américain. Les relations entre les deux pays sont pourtant tellement compliquées et tellement imbriquées qu’elles demandent de la prudence et du respect, deux traits de caractère dont Donald Trump est avare.

« Pauvre Mexique, si loin de Dieu, si près des Etats-Unis ». La phrase attribuée au président Porfirio Diaz, qui dirigea le Mexique de 1876 à 1911, est usée jusqu’à la corde, mais beaucoup de Mexicains la marmonnent sans rire, depuis que leur pays est devenu la « tête de Turc » de Donald Trump. « L’homme qui déteste le Mexique, qui nous traite de violeurs, d’assassins, a été élu président », s’indignait la revue Sin Embargo en novembre dernier. « Pour la première fois depuis 1980, lorsque Reagan s’en prit à l’URSS, un candidat présidentiel nord-américain a fait activement campagne contre les intérêts nationaux d’un autre pays », écrivent l’ancien ministre mexicain des Affaires étrangères Jorge G. Castaneda et le sénateur de centre-gauche Armando Rios Piter dans la revue Nexos. « Aujourd’hui, aux Etats-Unis, il est acceptable d’être ouvertement anti-mexicain ». Continuer la lecture

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L’année de toutes les vengeances

Beaucoup de mots pourraient prétendre résumer l’année qui s’achève. Post-vérité, ce terme qui désigne la politique et l’impunité du fake news (fausses infos) à l’ère de Donald Trump et des réseaux sociaux, a même été sacré « mot de l’année 2016 » par le vénérable Oxford Dictionary. Un autre mot, pourtant, pourrait revendiquer cet honneur: vengeance. L’année 2016 en a offert en effet de multiples exemples. Ainsi, avec ses procès et ses licenciements massifs de fonctionnaires, de militaires, d’enseignants et de journalistes, la Turquie d’Erdogan a choisi de réagir au coup d’Etat du 15 juillet non par la justice mais par la revanche, en sortant du cadre légitime des sanctions prévues par un Etat de droit. Le leader islamiste règle ses comptes: avec les kémalistes, avec les membres de la confrérie de Fethullah Gulen, avec les Kurdes, avec les libéraux démocrates considérés comme des « agents de l’étranger ». En Crimée, hier, au Moyen-Orient aujourd’hui, Vladimir Poutine prend lui aussi sa revanche sur l’humiliation que des Occidentaux arrogants imposèrent à la Russie après la chute du Mur en 1989 et l’implosion de l’Union soviétique. En Syrie, tout n’est que riposte et représailles entre des groupes rongés par le ressentiment et la haine. La vengeance enflamme les guerres civiles musulmanes au Moyen-Orient. Elle excite les djihadistes qui veulent faire rendre gorge à l’Occident. Continuer la lecture

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Pierre Barouh: “comme un musicien sans la mi sol”

Pierre Barouh est mort. Et les stations de radio, qui furent, lors des Sixties, « le » média de choix des teenagers, actuels sexagénaires, nous ont offert des Daba daba nostalgiques. Un Homme et une Femme. Le romantisme au rythme de la samba. Une époque où l’espoir était… enfants admis.
A l’annonce de son décès, je me suis souvenu d’un très beau reportage « On s’aimait tant à Santiago », diffusé en 1988 dans l’émission de Noël Mamère, Résistance, sur France 2. Il avait été réalisé par Pierre Barouh et Frédéric Laffont. J’étais alors à Santiago, envoyé spécial du journal Le Soir, pour  couvrir le plébiscite organisé par le général Pinochet pour « légaliser » son coup d’Etat de 1973 et  pérenniser son règne.
Les deux cinéastes accompagnaient un exilé chilien, le dramaturge Oscar Castro, fondateur du célèbre théâtre d’Aleph, qui, pour la première fois depuis le putsch, avait eu l’autorisation de revenir au Chili. On le voit qui retrouve son pays et ses amis. Et qui cherche sa mère, disparue, dans les camps de la dictature. Les images défilent. Des abrazos fraternels, des larmes pudiquement écrasées. Des histoires de répression et de résistance.
Entre des visites au siège de l’hebdomadaire de gauche Analisis et à la prison de Santiago, où son directeur, Juan Pablo Cardenas, se rendait chaque nuit pour purger une peine d’insulte aux forces armées, entre les manifestations et les conférences, entre les diners aux fruits de mer et les visites dans les poblaciones (quartiers populaires), j’eus l’occasion à plusieurs reprises de croiser Pierre Barouh et même, d’assister, un soir, à un concert impromptu dans une salle remplie de militants de l’opposition démocratique.
1988! C’était l’époque de la fin des dictatures, de l’implosion de l’Union soviétique, le triomphe, que l’on disait définitif, des “anti-totalitaires”. Augusto Pinochet, en dépit de la répression, perdit son plébiscite. Le No lui botta les fesses et, un an plus tard, le démocrate chrétien Patricio Aylwin, l’emporta à l’issue d’une élection historique qui ferma la parenthèse du gouvernement militaire, sans la vider totalement de ses scories autoritaires.
Pierre Elie Barouh, cet enfant juif qui échappa aux Nazis caché en Vendée, qui, très tôt, se métissa de culture portugaise et brésilienne, ne nous berçait pas seulement de merveilleux rythmes tropicaux. Il fredonnait aussi des rêves de solidarité et de liberté qui, aujourd’hui, paraissent incongrus, tant l’homme, comme il le chantait, semble « perdu comme un tournesol sans soleil, comme un marin sans sa boussole, un musicien sans la mi sol ».
Et pourtant, quand on regarde ce film et cet homme massif, au sourire chaleureux, à la voix émouvante, comment pourrait-on se résigner au désespoir? Pierre Barouh est mort, mais il continue à marcher dans cette ville de Santiago, qui, en novembre 1988, sortait peu à peu de l’entre chien et loup de la dictature. Pour que nous chantions, librement, Daba daba daba daba…

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Trump, la presse et les dangers du haschich

Les journalistes? « Des voyous », « des malhonnêtes ». Lors des meetings de Donald Trump, les insultes contre « les médias » ont volé comme des soucoupes souillées dans un jeu de brise-vaisselle. Et des sympathisants exaltés du matamore républicain ont hué les « pressetituées ». « L’animosité contre la presse a été au centre de sa campagne », dénonçait le rédacteur en chef du Washington Post, le très posé Martin Baron. Sacré président-élu, le milliardaire a persisté à stigmatiser “les” médias, hésitant pas à convoquer dans sa tour de la 5ème Avenue les patrons des grandes chaînes de télévision pour les sermonner, alors qu’il doit en grande partie son élection à la couverture gargantuesque de ses coups de théâtre et de ses coups de menton.
Donald Trump est persuadé qu’il ne risque rien, car la grande presse n’a pas bonne presse aux Etats-Unis. Seuls 34% des Américains lui feraient confiance pour informer honnêtement sur les questions d’intérêt public, une chute de 20% par rapport à l’année 2000. Les critiques les plus rudes viennent de la droite populiste. Depuis des années, celle-ci attaque au lance-flammes la presse « élitiste» pour imposer ses leurres et ses rumeurs à un électorat qui, souvent, préfère ses préjugés et ses émotions aux vérités incommodes. La gauche n’est pas en reste, même si elle se garde généralement de recourir à la vocifération et à l’insulte. Pour elle, comme d’ailleurs pour Bernie Sanders, l’ex-candidat « socialiste » du Parti démocrate, les corporate media « roulent » généralement pour les grandes entreprises, l’Establishment politique et l’Empire… Continuer la lecture

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Fidel Castro: le passé d’une illusion, l’avenir d’une désillusion

L’histoire du castrisme est celle d’un long effilochement d’une utopie révolutionnaire. Au moment de son entrée triomphale à La Havane en janvier 1959, le leader des barbudos jouissait d’une popularité exceptionnelle dans toute l’Amérique latine. Pour les petits paysans misérables exploités par les grands propriétaires, pour les intellectuels outrés par l’emprise des Etats-Unis, pour les démocrates lassés des régimes militaires mafieux et des oligarchies insolentes qui dominaient le continent, Fidel Castro incarnait le rêve donquichottesque de la liberté et de la justice.
« Un impossible rêve»? Très vite, l’euphorie et l’oecuménisme révolutionnaires se brisèrent. Ceux qui avaient imaginé une démocratie placide à l’image du Costa Rica furent écartés. Dès octobre 1959, la condamnation à 20 ans de prison d’un des principaux dirigeants révolutionnaires, Huber Matos, indiqua la voie sur laquelle le nouveau régime s’engageait: un pouvoir autoritaire organisé autour des figures mythiques de Fidel Castro et Che Guevara, appuyé sur un système inspiré du marxisme léninisme et ancré, avec une certaine dose d’autonomie rebelle, dans le camp soviétique.
Malgré la dureté de la répression, des centaines d’intellectuels de gauche européens et latino-américains se rendirent à Cuba, sacré « premier territoire libre de l’Amérique », pour communier avec les nouveaux archiprêtres de l’anti-impérialisme et du progressisme. L’hostilité radicale de Washington, symbolisée par l’invasion de la Baie des Cochons, et la grande peur des possédants du continent, « excusaient » les dérives autoritaires. En ces moments tourmentés de la guerre froide, à l’époque de la Tricontinentale, la dictature était acceptable à gauche pourvu qu’elle soit marxiste, anti-colonialiste et anti-américaine.
Pendant toutes ces années, le castrisme bénéficia aussi, comme l’observa cruellement Gérard Chaliand à propos des « mythes révolutionnaires du tiers-monde », d’une forme de « transfert utopique », illusion romantique d’une gauche occidentale avide d’expier ses accommodements capitalistes en vivant la révolution par procuration sous les tropiques. Continuer la lecture

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Trump et la tentation de l’abus de pouvoir

Charles Louis de Secondat, baron de la Brède et de Montesquieu, a passé une très mauvaise nuit le 8 novembre. L’Amérique non seulement s’est offerte à un «rustre », mais elle lui a livré les trois branches du pouvoir fédéral. Le drapeau du Parti républicain flottera bientôt sur la Présidence, les deux chambres du Congrès et la Cour suprême. Or, avait prévenu l’illustre auteur de l’Esprit des Lois, « il n’y a point de liberté si la puissance de juger n’est pas séparée de la puissance législative et de l’exécutrice ».
Certes, on peut s’imaginer que l’Establishment du Grand Old Party cherchera à encadrer l’intrus. Des responsables républicains se sont déjà indignés de la nomination de Steve Bannon, l’ancien patron du site Breitbart News, au poste de stratège en chef de la Maison Blanche. « L’extrême droite raciste et fasciste a son représentant à quelques pas du Bureau ovale. Amérique, sois sur tes gardes », a tweeté John Weaver, l’ex-chef de campagne du candidat républicain modéré John Kasich.
Mais la question reste posée: dans quelle mesure les Etats-Unis réussiront-ils à respecter les règles d’une vraie démocratie, qui garantit le gouvernement de la majorité et le respect de la minorité? Lors de sa campagne, le milliardaire a fait montre d’une grande désinvolture à l’égard de l’Etat de droit, allant jusqu’à accuser de parti pris un juge « d’origine mexicaine », qui supervisait un procès impliquant la Trump University. Il s’est aussi lancé dans une campagne agressive contre « la presse libérale», qui traduit en réalité sa volonté d’intimider les journalistes jusqu’à les empêcher de jouer le rôle de vigilance que leur assigne la Constitution. Les mots et la gestuelle du candidat républicain ont constamment exprimé une irrésistible tentation de l’abus de pouvoir. Continuer la lecture

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Etat d’Am: Vol de faucons au-dessus de la Maison Blanche

Les néo-conservateurs n’auraient sans doute pas imaginé qu’ils revoteraient un jour démocrate. Venus de la gauche anti-stalinienne, ces intellectuels new-yorkais avaient quitté le parti, « trop pacifiste, trop gauchiste », dans les années 1960 et rejoint en 1980 Ronald Reagan. Souvent brillants, mais un rien arrogants et mono-maniaques, ils avaient dominé l’administration Bush, qu’ils avaient convaincue en 2003 de châtier Saddam Hussein, accusé, à tort, de disposer d’armes de destruction massives prêtes à l’emploi. A partir de 2006, le fiasco irakien les mit sur la touche et les renvoya dans leurs chers centres d’études.
Barack Obama n’avait pas eu leurs voix. Le fringant jeune homme avait osé qualifier « d’idiote » la guerre qu’ils avaient conçue. Mais dear Hillary ne suscite pas pareilles réticences. Elle est « one of us », me confiait une consoeur républicaine ravie. « En 2003, elle a voté pour l’invasion de l’Irak. En 2011, elle a convaincu Obama de s’engager en Libye. Et depuis le début de la crise syrienne, elle défend une politique musclée à l’encontre de Bachar el-Assad ».
« Elle va nous entrainer dans une troisième guerre mondiale », a beuglé Donald Trump, exploitant la fatigue de l’opinion à l’égard d’aventures militaires extérieures. Excessif? Evidemment, mais signe des temps, Hillary aurait promis le département d’Etat à Victoria Nuland, l’actuelle responsable des Affaires européennes. Classée parmi les « faucons » de l’administration Obama, elle se rendit célèbre par son « fuck the EU !», une Union européenne qu’elle jugeait « procrastinatoire » lors de la crise en Ukraine. Cette « diplomate non-diplomatique» est aussi l’épouse de l’intellectuel néo-conservateur par excellence, Robert Kagan, auteur en 2014 d’un essai critique de la prudence d’Obama sur la scène internationale. « Les super puissances ne peuvent pas prendre leur retraite », écrivait-il.
Un néo-conservateur est un « progressiste agressé par la réalité », disait le Pape du mouvement, Irving Kristol. L’agresseur aujourd’hui s’appelle Donald Trump. Ses clignettes à Poutine ont exaspéré ces anciens combattants de la Guerre froide qui voient dans la Russie reconquérante une menace imminente pour l’exceptionnalisme américain. Ils se méfient aussi de cette « droite alternative », l’Alt-Tight, qui fait du rabattage pour Trump dans les milieux extrémistes et anti-sémites de l’Amérique profonde. Et ils sont sûrs que Hillary qui, aujourd’hui chante avec Michelle Obama, valsera demain avec eux à la Maison Blanche.

Ce billet est le premier d’une série consacrée au scrutin américain, publié à partir de lundi dernier dans la version papier du Soir.

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CETA: « Il n’y a pas d’alternative »

La controverse sur le CETA a suscité un florilège d’accusations croisées, mais cette crise serait mal comprise si l’on ne s’interrogeait pas, avant qu’il ne soit vraiment trop tard, sur l’impact politique délétère de la forme de libéralisme économique qui domine le projet européen et inspire les accords de libre échange internationaux.
«Notre civilisation, dans la mesure où elle est libérale, est aussi une civilisation du citoyen et pas seulement du consommateur, pas seulement du producteur, rappelait en 1981 l’un des penseurs les plus éminents du libéralisme, Raymond Aron, qui, ironiquement, qualifiait de « représentation marxiste dévoyée » cette réduction de l’homme aux sphères de la consommation et de la production.
Ces trente dernières années, le projet politique des Pères fondateurs européens, démocrates chrétiens, sociaux-démocrates et libéraux, s’est effiloché. Le modèle du « capitalisme rhénan », fondé sur la concertation, la protection et la redistribution, a été largement remplacé par un modèle anglo-saxon plus individualiste, compétitif et inégalitaire. Les règles de la globalisation l’ont emporté sur celles de l’européanisation, évacuant la notion d’intérêt général, favorisant l’explosion des inégalités et détricotant, dans une troublante opacité, les régulations sociales et financières.
Ces changements ont-ils été accomplis dans le respect des valeurs démocratiques? Continuer la lecture

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