Migrations: la presse “interdite de séjour”

La controverse déclenchée par l’arrestation administrative, mercredi, d’une équipe de la RTBF qui filmait aux abords du centre fermé pour demandeurs d’asile, à Steenokkerzeel, sera sans doute traitée par le gouvernement comme un « court mauvais moment » à passer. Après quelques jours, l’affaire fera partie de l’histoire des « recadrages » officiels et sera promptement oubliée (1).
Et pourtant, cet incident n’est pas mineur si on le replace dans le contexte plus large de la gestion médiatique des politiques migratoires. Comme le dénonçait au début de la semaine un rapport de Reporters sans frontières, la presse qui couvre ces dossiers est de plus en plus mise sous pression, partout dans le monde. « Des obstacles sont délibérément mis en place par les États pour entraver la couverture médiatique de la plus grave crise humanitaire du début du XXIe siècle », écrit l’ONG.
L’enjeu politique du sujet est tel que les gouvernements tentent de maitriser à tout prix « le poids des mots et le choc des photos ». En septembre 2015, la photo du petit Aylan Kurdi, cet enfant de 3 ans échoué sans vie sur une plage turque, avait fortement ébranlé l’opinion et créé un moment de flottement parmi des responsables politiques guidés par une politique de fermeture et de fermeté. Les vidéos de naufrage en mer Méditerranée ont eu un effet similaire, du moins dans un premier temps, jusqu’à ce que l’on ne sache plus très bien, au vu des résultats électoraux italiens, si elles suscitent un sentiment d’humanité et de solidarité ou si elles créent aussi, dans d’autres milieux, le rejet et la « fatigue de la compassion ».
Aux Etats-Unis, la photo, déjà iconique, de la petite fille latino-américaine en pleurs (une photo qui a suscité une vive controverse, voir Note 2) a sans doute joué un rôle crucial dans la prise de conscience de l’inhumanité d’une politique de séparation parentale appliquée sans état d’âme. Elle a ému jusqu’à la Première dame, forcé des pasteurs évangéliques ultra-conservateurs et partisans de Donald Trump à exprimer leur désaccord et finalement amené le Président à réviser en partie cette politique contestée. Continuer la lecture

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Il n’y a pas de Happy End au populisme

En octobre 1931, Le Soir publiait le testament de Lauro de Bosis. Un texte de six pages dactylographiées, intitulé « L’histoire de ma mort », adressé à ses amis et à son amie américaine, l’actrice Ruth Draper. Quelques jours plus tôt, ce jeune Italien s’était envolé de Corse aux commandes d’un Pegasus et avait largué une pluie de tracts anti-fascistes au dessus de Rome. Avant de s’abimer en mer. « Personne ne prend le risque du fascisme au sérieux, écrivait-il. C’est pour cela qu’il est nécessaire de mourir. J’espère qu’après moi, d’autres soulèveront l’opinion et récolteront ce que j’ai semé ».
Mussolini, dit-on, piqua une colère noire quand il prit connaissance de cette action qui ridiculisait sa force aérienne. Mais personne ne se souleva. Les semences que Lauro de Bosis avait lancées disparurent dans l’ivraie du fascisme triomphant. En ce début des années 1930, les trains arrivaient à l’heure, la malaria reculait dans les marais pontins au sud de Rome, la mafia sicilienne se tenait à carreau et le drapeau impérial italien flottait sur la Cyrénaïque et la Tripolitaine…
Cette folle équipée, que raconte Caroline Moorehead dans son dernier livre A Bold and Dangerous Family (Vintage, 2018), pourrait n’appartenir qu’à l’histoire. Le hasard a voulu que je l’aie lu au moment de l’arrivée au pouvoir à Rome d’une coalition détonnante entre un parti d’extrême droite, La Ligue, et une formation populiste « non identifiée », le Mouvement 5 Etoiles. L’histoire ne se répète pas, elle bégaie, dit-on. Sans doute, mais, comme le martelait le philosophe George Santayana, « ceux qui ne peuvent se souvenir de leur passé sont condamnés à le répéter ». Continuer la lecture

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“La presse est le tocsin de la nation”

Les extrémistes n’ont jamais aimé les journalistes. Spécialistes des formules fourre-tout et à l’emporte-pièce, ils ne voient dans cette profession que des « journalopes » ou des « presstituées ». Mais les « gauchos » et les « fachos » n’ont pas le monopole du média bashing. Un peu partout, la dénonciation grossière de « la » presse est devenue un signe de radicalisation, voire d’encanaillement, de personnes jusque-là apparemment raisonnables et modérées. Les réseaux sociaux ont donné à cette hargne un espace d’expression exceptionnel, comme l’analyse François Jost dans son récent essai La méchanceté en actes à l’ère numérique.
La tentation est grande dans la profession de hausser les épaules. Les pourfendeurs les plus bruyants du « voyeurisme » de la presse ne sont-ils pas ceux-là même qui font la fortune des paparazzi ? Les « critiques média » les plus véhéments ne sont-ils pas à l’image de ces sites de ré-information qui fabriquent des fake news à la chaîne et recyclent à tout va les inoxydables théories du complot?
Le niveau d’hostilité et d’agressivité est devenu tel, toutefois, qu’il ne devrait pas susciter l’indifférence. Il crée une atmosphère qui permet de justifier des entraves à l’information, comme le démontrent les exclusions de plus en plus fréquentes décrétées contre des journalistes considérés comme dérangeants. Il représente une réelle intimidation, lorsqu’il débouche sur des campagnes massives sur les réseaux sociaux, comme l’ont vécu ces dizaines de journalistes juifs américains, traqués par une Alt-Right galvanisée par la victoire de Donald Trump. Il accroît le risque de violences, comme le vivent de plus en plus souvent les reporters qui couvrent des manifestations de rue. Continuer la lecture

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« James, vous êtes avec moi ou contre moi ?»

Mensonges et vérités: le titre de la version française des Mémoires de l’ex-patron du FBI (Flammarion, 2018) a sans doute été choisi pour sa simplicité manichéenne. Brutalement congédié par Donald Trump le 9 mai 2017, James Comey est sans conteste un personnage clivant. Les Démocrates ne lui pardonnent pas d’avoir rouvert l’enquête sur les courriels de Hillary Clinton, à quelques jours de la fatidique journée électorale du 8 novembre 2016. Les partisans de Trump le prennent pour un ennemi juré, proche du vieil Establishment républicain, décidé à engluer « leur » Président dans le goudron des accusations de collusion avec la Russie. Son bilan à la tête du FBI est également contesté: le 14 mai, le magazine Time lui imputait même une grande part de responsabilité dans la crise de crédibilité dont souffre le Bureau fédéral d’investigation.
James Comey aurait pu faire de son livre un « rétablissement de la vérité ». Face à un président qui a converti la demi-vérité, voire le mensonge, en mode de gouvernement, il n’aurait pas eu trop à faire. Mais c’est le titre original en anglais, Higher Loyalty (Une plus haute loyauté) qui révèle le propos de ce livre qui s’est déjà vendu à plus de 600.000 exemplaires. Au fil des pages, l’auteur martèle qu’une stricte l’indépendance doit guider les relations entre l’agence fédérale et le monde politique. Barack Obama, rappelle James Comey, l’avait bien compris. Après avoir approuvé sa nomination en 2013, le Président démocrate l’avait invité à un tête à tête à la Maison blanche. « Ce serait la dernière fois qu’ils se verraient ainsi en privé », avait souligné le Président, afin de ne pas compromettre l’impartialité et même « l’apparence d’impartialité » du FBI. Continuer la lecture

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Quand la vérité est un atout dans la guerre

Depuis la dénonciation d’une nouvelle attaque chimique le 7 avril en Syrie, suivie de raids des Etats-Unis, de la France et du Royaume Uni, la polémique sur la véracité de l’information fait de nouveau rage. Les pays occidentaux tonnent, accusant le régime syrien et ses alliés russes. Et ces derniers ripostent. «Montage, intox, aucune preuve“, clament-ils. Circulez, il n’y a rien à voir. Comme il n’y a rien à voir dans l’empoisonnement de l’ex-agent russe Skripal en Angleterre. Ou dans la destruction de l’avion de la Malaysia Airlines au-dessus de l’Ukraine…
En Occident, personne ne doute que la Russie est passée maître dans la « weaponisation » (arsenalisation) de l’information. « Le but n’est pas d’établir la vérité, mais de créer la confusion », dit en substance une récente étude de la Rand Corporation. Afin que l’opinion se dise, désabusée: « Tout le monde ment ». Le conflit syrien a exacerbé ce règne de la suspicion. Le régime s’appuie sur un réseau d’officines de ré-information et d’ «invités spéciaux », qui encombrent le Net, pour relativiser ses barbaries. Il exploite aussi les doutes distillés par de célèbres journalistes occidentaux, comme Seymour Hersh dans la London Review of Books et Robert Fisk dans The Independent, à propos de l’origine voire de la réalité des attaques chimiques.
La polémique qui a éclaté fin février entre Le Media et l’AFP donne une idée des confusions. Un réalisateur de cette chaine de télévision proche de la France insoumise avait alors décidé de ne pas diffuser d’images de la Ghouta parce que, insistait-il, il était impossible d’en vérifier l’authenticité de manière indépendante. «Toutes les photos que diffuse l’AFP de la Ghouta orientale (et plus généralement de Syrie) sont vérifiées et authentifiées par notre desk d’édition photo, moyennant un travail aussi minutieux qu’indispensable, lui rétorqua Christian Chaise, directeur de l’AFP pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord. Ne pas diffuser ces images reviendrait à faillir à notre mission (et notre devoir) d’informer ». Ambiance. Continuer la lecture

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Liberté de la presse, le canari dans la mine

La lumière du printemps hésite encore à se poser tendrement sur Pérouse, en Ombrie. Dans les rues du centre-ville, entre les bâtiments majestueux aux façades ocre, des dizaines d’hommes et de femmes se pressent, s’agitent. Ils sont tous « badgés » et portent des sacs en bandoulière remplis de journaux, d’ordinateurs et de carnets de notes.
Bienvenue au Festival international du journalisme, le rendez-vous le plus célèbre et le plus couru de la profession. Cinq jours de rencontre, 300 conférences et débats, 700 orateurs. Un torrent de mots et d’images…entre un Prosecco au bar de l’hôtel Brufani, des pâtes à la truffe près de la Fontana Maggiore, une crème glacée à la pistache sur la Piazza Italia et une escapade à Orvieto.
Les mots qui annoncent les tables rondes n’ont, pourtant, rien d’estival: migrations, violences sexuelles, surveillance, guerre, Yémen, Mossoul, Turquie, ligne de front, extrême droite, mafia. Trois semaines avant la Journée mondiale de la liberté de la presse, le 3 mai prochain, le Festival de Pérouse donne le ton. Sur une note grave.
Cette année, le Mexique, l’un des pays les plus dangereux au monde pour la presse, est de nouveau à l’affiche, avec un titre sans équivoque: « si tu écris, tu meurs ». La crise des Rohingyas en Birmanie et la guerre sans fin en Syrie font bien sûr l’actu. Mais il n’y est plus seulement question de pays autoritaires exotiques dans lesquels par définition le journalisme est traqué, voire interdit. L’Europe, la vieille et placide Europe, est elle aussi au programme. Pour des assassinats de journalistes: Daphné Caruana Galizia, tuée dans sa voiture piégée à Malte, Jan Kusiak, exécuté avec sa fiancée en Slovaquie. En Italie, selon Ossigeno per l’informazione, plus de 60 journalistes auraient déjà été menacés cette année par le crime organisé. Mercredi, sur la scène de la Sala del Dottorato de l’université, 4 journalistes italiens sont venus témoigner. Deux vivent sous protection policière.
Coïncidence? Au début de cette semaine, au lendemain de la victoire du très « illibéral » Viktor Orban en Hongrie, une délégation du Comité de protection des journalistes, menée par la journaliste américano-hongroise Kati Marton, est venue rappeler à l’Union européenne que la liberté de la presse est comme le canari dans la mine. Son évanouissement annonce le coup de grisou. Un peu partout, en effet, les normes de civilité se relâchent et les politiciens populistes se lâchent. « Vous faites un métier de merde », tonne Jean-Luc Mélenchon, à l’adresse des journalistes couvrant la grève de la SNCF. « Journalopes, pressestituées », scande, sexiste, l’extrême droite. « Les journalistes sont des bâtards, il faut tous les assassiner », éructe Alessandro Battista, le numéro 3 du Mouvement 5 Etoiles du (si peu) « comique » Beppe Grillo. Continuer la lecture

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Cette Amérique qui marche pour nous

L’Amérique est de nouveau en marche. Une « certaine Amérique », celle qui a de tout temps sauvé l’honneur d’un pays hanté par la violence, la ségrégation et l’Empire. Samedi dernier, des centaines de milliers d’Américains, des jeunes surtout, ont envahi les avenues des grandes villes pour dire non aux armes. Non à ces armes qui tuent chaque année des milliers de personnes et sèment à intervalles réguliers la terreur dans les écoles. Non à la National Rifle Association, ce lobby agressif et arrogant qui prend la démocratie en otage.
En cette année commémorative de « Mai 68 », certains seront tentés de faire le lien avec les rébellions, il y a 50 ans, sur les campus de Berkeley ou de New York. Et pourtant, il n’y a pas grand chose de commun entre le gauchisme des années 1960 et cette vague d’indignation et de mobilisation provoquée par la « tuerie de trop », le 14 février dernier, à Parkland en Floride. Le mouvement qui se développe aujourd’hui s’inscrit en effet dans une autre tradition que celle, échevelée, anti-système de l’extrême gauche des Sixties. Il n’est pas en rupture avec le « rêve américain », mais il en propose une exégèse inspirée par la décence et la raison. Séduit, le chroniqueur conservateur du New York Times, David Brooks, a même qualifié la foule de marcheurs de « généreuse et de gracieuse » et a souligné « leur foi dans le système démocratique ». Continuer la lecture

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Liberté d’expression et désinformation : “la vertu, cinquième colonne du vice”

Nos sociétés occidentales, nous serine-t-on depuis des années, sont de plus en plus séculières. Et pourtant, de plus en plus de gens parlent comme des clercs. Des gouvernements voudraient nous protéger contre les pensées mauvaises, les idées erronées et les faux prophètes. Comme s’ils voulaient restaurer l’index et l’imprimatur, en créant des organes de validation des « faits vrais », en favorisant la « bonne parole », en classant les sites d’information selon qu’ils méritent le paradis, le purgatoire ou l’enfer, en plaçant à gauche ou à droite de Dieu les mauvais et les bons. Comme si les citoyens de nos vieilles démocraties étaient d’indécrottables et vulnérables moutons, face au Malin, à ses pompes et à ses oeuvres.
La volonté des gouvernants de protéger leur population contre la désinformation ou le discours de haine est sans doute, la plupart du temps, honorable. L’utilisation stratégique d’Internet et des réseaux sociaux par des usines à trolls russes ou des sbires djihadistes n’est pas du tout rassurante. Les théories du complot et la désinformation qui prolifèrent dans la cour des miracles de nos sociétés désemparées sont sidérantes. « La méchanceté » sur Internet comme la dénonce, dans son dernier livre, François Jost, est insupportable.
Vade retro satanas, donc! Alors, on crée un bureau de la vérité au sein du Service européen d’action extérieure pour traquer les mensonges de la Russie et de ses acolytes. L’Allemagne édicte une loi, mal ficelée, sur les fausses informations et le discours de haine et le président Macron annonce dans la foulée qu’il usera du sabre et du goupillon pour démasquer et punir ceux qui, à l’approche d’élections, se donnent pour mission de mentir et de médire. Continuer la lecture

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Marion en Amérique. Une certaine idée de la France…

La présence de Marion Maréchal-Le Pen au congrès annuel du Comité conservateur d’action politique (CPAC), la semaine dernière à National Harbor, près de Washington, a sans doute surpris les membres les plus « franchouillards » du Front national. L’anti-américanisme ne fait-il pas partie de l’ADN de l’extrême droite française? L’hostilité au capitalisme et à l’impérialisme anglo-saxons, le rejet du libéralisme politique et de la culture de masse hollywoodienne, les fantasmes sur le « lobby juif » new-yorkais, ont traditionnellement alimenté les cercles ultras de l’Hexagone, des nostalgiques de Pétain aux groupes identitaires et aux catholiques intégristes.
Ces dernières années, c’est la Russie de Vladimir Poutine et le « néo-eurasisme » d’Alexandre Douguine qui semblaient attirer le Front national. Ainsi, en novembre 2016, lors d’un voyage de Marion Maréchal-Le Pen à Moscou, le magazine L’Express titrait sur la « russophilie » de la nièce de Marine. « Invitée par l’Institut d’Etat des relations internationales de Moscou (MGIMO), l’élue varoise a vanté le “destin commun” de la France et de la Russie et longuement décliné les positions pro-russes de son parti, critiquant le “rôle délétère” de l’Otan et de l’UE dans le conflit ukrainien, écrivait l’hebdomadaire. Elle a célébré la Russie comme un « partenaire incontournable », qui a su « défendre ses racines » face à “l’uniformisation du monde” et au « multiculturalisme ».
A National Harbor, Marion Maréchal-Le Pen s’est décentrée par rapport à cet héritage, car l’élection du « national-populiste » Donald Trump a, dans une certaine mesure, changé la donne. Continuer la lecture

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Quand Churchill et Kay Graham entraient en résistance

« Nous nous battrons sur les plages, nous nous battrons sur les terrains de débarquement, nous nous battrons dans les champs et dans les rues, nous nous battrons dans les collines ». Nous sommes le 4 juin 1940, pendant ces « heures sombres » où l’Angleterre est seule face à l’Allemagne nazie. Le Premier ministre conservateur Winston Churchill harangue la chambre des Communes. Malgré la Bliztkrieg, malgré la reddition de la Belgique et la capitulation de la France, le Vieux Lion fait face. Il ponctue son discours d’un têtu « Nous ne nous rendrons jamais ». La salle explose sous les vivats. Et l’histoire de la Seconde guerre mondiale prend un autre cours.
« Allez-y». Nous sommes le 18 juin 1971. Les linotypes ont coulé le plomb. Les rotatives du Washington Post sont prêtes. Toute une rédaction attend, tendue, grave, au bord de l’euphorie ou de la révolte. Katharine Graham, la « patronne », doit choisir: publier ou ne pas publier. Le rédacteur en chef, Ben Bradlee, attend son feu vert pour prendre le relais du New York Times, empêché par la Justice de continuer à révéler les Dossiers du Pentagone, l’histoire secrète, brutale, fourbe, de la guerre du Vietnam. Le risque est immense: l’accusation de trahison, la prison, la ruine du journal familial. « Allons-y. Publions! » La phrase tombe. Et dans les ateliers du Post, un ouvrier du livre presse un bouton. Les rotatives s’ébranlent. La salle de rédaction explose sous les vivats. Et l’histoire du journalisme prend un autre cours.
Est-ce une coïncidence? Est-ce l’air du temps qui fait émerger d’improbables convergences? Deux films aujourd’hui à l’affiche rendent un hommage vibrant au courage et à la liberté. Au courage dans la défense de la liberté. Bien sûr entre Londres en 1940 et Washington en 1971, les enjeux n’étaient pas pareils. L’affrontement de Churchill avec le totalitarisme nazi engageait la survie de la nation britannique et de la civilisation occidentale. Le combat de « Kay » Graham et de « Punch » Sulzberger, le patron du New York Times, testait les fondements d’une République qui avait toujours prétendu faire de la presse le chien de garde d’institutions immanquablement, médiocrement, tentées par l’arbitraire et l’abus de pouvoir. Continuer la lecture

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