Blog-notes d’Istanbul: A chacun sa Turquie?

Les événements qui se déroulent en Turquie suscitent bien plus de débats à l’étranger que d’autres sujets de l’actualité. Serait-ce parce qu’ils forcent les « spectateurs » à se définir, à choisir leur camp? Serait-ce surtout parce que les courants qui sont face à face à Istanbul représentent des options politiques fondamentales qui renvoient à des principes et à des valeurs essentiels qui nous interpellent?

Plusieurs Turquies se côtoient dans cette ville tentaculaire. Plusieurs Turquies se toisent sur cet espace réduit que constituent la Place Taksim et le parc de Gezi. Et les étrangers sont inévitablement amenés à préférer l’une à l’autre. Continuer la lecture

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Au-delà des arbres d’Istanbul, la nature du pouvoir en Turquie

 

An anti-government protester gestures while standing on a barricade during a protest in central AnkaraLa nuit a été calme sur la place Taksim hier soir. La police anti-émeutes était présente mais elle n’est pas intervenue, alors que les protestataires s’étaient retranchés derrière de nouvelles barricades dans le pac adjacent de Gezi. Les violences se sont déplacées mais elles n’ont pas dominé l’actualité, qui s’est concentrée sur les initiatives politiques visant à sortir de la crise.

Sur le terrain politique, le premier ministre Erdogan a donné l’impression de vouloir « désescalader la confrontation » en rencontrant des membres de la société civile et en évoquant l’organisation d’un référendum pour décider du sort du parc de Gezi.  De son côté, le président Gul, qui tout au long de cette crise a joué le rôle du « bon commissaire » face à son premier ministre « père-fouettard », a répété que tout devait se résoudre « dans la démocratie ». Continuer la lecture

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Journée cruciale à Istanbul

Une pluie fine tombe ce matin sur Istanbul comme si les cieux voulaient sauver ses habitants de cette forme de pollution si particulière que sont les gaz lacrymogènes. Mais la pluie est aussi tombée sur le parc de Gezi , à côté de la place Taksim, répandant une ambiance déprimante parmi les occupants.

Comment comprendre que les autorités aient décidé un coup de force à la veille d’une rencontre avec des représentants de la société civile, censés agir comme des médiateurs entre le gouvernement et les protestataires? Quel est aujourd’hui la crédibilité de ces quelques intellectuels “libéraux” entre des camps de plus en plus séparés par la stratégie de la tension adoptée par le pouvoir?

Ces jeunes n’ont pas grand-chose à voir avec les groupuscules extrémistes et les casseurs dénoncés à tout propos et souvent hors de propos par Erdogan. Ils sont  essentiellement en attente d’un dialogue, d’une démocratie réelle, où l’adversaire n’est pas l’ennemi à détruire, où le pouvoir accepte les contre-pouvoirs. Et c’est pour cette raison qu’ils sont essentiels pour l’avenir de la Turquie car ce pays ne pourra progresser que s’il se dégage de sa tradition autoritaire et entre de plain pied dans une démocratie apaisée.

Hier soir à 7 heures, j’ai été frappé par les citoyens qui se dirigeaient vers la place Taksim. Ils n’avaient rien à voir avec les groupuscules d’extrême gauche, les « stals » et les ultra-nationalistes qui « tenaient » la place Taksim. Des jeunes semblables à des millions d’autres de par le monde, souriants, modernes, polis, venus proclamer leurs espoirs d’une Turquie tolérante, ouverte, plurielle.

Ces jeunes là, rejoints par d’autres générations, représentent une Turquie adulte, lassée d’être commandée, paternalisée, codifiée, hier par le républicanisme nationaliste laïque, aujourd’hui par l’islamisme « conservateur modéré ». Une Turquie fatiguée par la culture de l’affrontement, de l’exclusion, de la discrimination, hier au nom de la Nation, aujourd’hui au nom de la religion.

Les prochaines heures vont être décisives. Et s’il poursuit sur sa lancée, en comptant sur l’ »appui de la majorité silencieuse, sur le « petit peuple » des banlieues et de l’Anatolie profonde, le premier ministre risque bien de conduire son pays au bord du précipice. Plus que jamais, la Turquie a besoin de sortir de cette polarisation, de cette obsession d’un camp d’imposer à l’”autre » son propre style de vie et sa propre morale.

Erdogan semble convaincu qu’il est davantage menacé par la conciliation, qui impose de respecter des règles et de limiter l’arbitraire du pouvoir,  que par la confrontation, qui accorde un avantage crucial aux détenteurs du pouvoir d’Etat. Mais c’est ainsi qu’il risque de condamner le Turquie, en la fixant dans ses malédictions, l’intolérance et l’arrogance du pouvoir.

Note: une première version de ce blog utilisait l’expression “nouveaux jeunes turcs”. Je l’ai modifiée suite à la remarque judicieuse d’une lectrice soulignant l’ambiguïté de cette expression. Les Jeunes Turcs à la fin de l’Empire ottoman représentaient en effet un mouvement de nature très différente. Je vous réfère aux historiens dont Hamit Bozarslan pour plus de détails.

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Obama, la presse et la raison d’Etat

La réquisition des communications téléphoniques de journalistes de l’agence Associated Press et la saisie de courriels du chef du bureau de Fox News à Washington n’ont pas vraiment surpris ceux qui, aux Etats-Unis, veillent au respect scrupuleux du Premier amendement de la Constitution, pilier de la liberté de la presse « à l’américaine ».

Depuis les attentats du 11 septembre 2001 et l’adoption du Patriot Act, les autorités n’ont guère de tolérance, en effet, pour les journalistes qui publient des informations classées confidentielles et encore moins pour les fonctionnaires à l’origine des fuites. Le président Obama s’est montré particulièrement zélé dans cette traque. Même si le New York Times n’a pas été sanctionné après sa publication en 2010 des « bonnes feuilles » de Wikileaks, plusieurs journalistes ont été poursuivis, dans d’autres affaires, pour avoir refusé de révéler leurs sources. Continuer la lecture

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Videla, “l’homme le plus haï d’Argentine”

La mort du général Videla a permis d’évoquer une nouvelle fois la “sale guerre argentine” dont il fut, dans les années 1970, l’un des principaux responsables. Comme l’ont souligné la plupart des journaux télévisés, celui qui, en 1976, dirigea le « Processus de reconstruction nationale » était aujourd’hui « l’homme le plus haï d’Argentine ».

Au moment du coup d’Etat, toutefois, Videla n’était pas aussi impopulaire. Il n’était pas loin en effet d’avoir l’appui d’une partie importante de l’opinion publique, épuisée par la violence qui venait de tous les côtés : des groupes péronistes montoneros, de la guérilla d’extrême gauche, de la Triple A (Alliance anticommuniste argentine) ou des « éléments incontrôlés » des services de sécurité et de l’armée.

« Toute la société argentine savait ce qui était en train de se passer et très peu protestèrent, écrit le journaliste Jacobo Timerman en préface au livre de Cynthia Brown, With Friends Like These. C’est particulièrement le cas de ceux qui avaient normalement la charge d’assurer la paix et la coexistence : les groupes religieux, la presse, les partis politique, les syndicats ouvriers ». Continuer la lecture

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L’Iran prépare les élections en emprisonnant des journalistes!

Qui va pouvoir informer légalement sur l’élection présidentielle, prévue le 14 juin prochain en Iran ? Ceux qui auront fait acte d’allégeance au pouvoir, tout simplement.

Depuis des mois, les autorités de Téhéran multiplient, en effet, les attaques contre les journalistes et les blogueurs qui sortent des rangs. Ou qui pourraient « perturber » la couverture conforme du scrutin. Pas question que se répètent les événements de 2009 lorsque l’opposition avait réussi à inquiéter le régime, en utilisant notamment les nouveaux réseaux sociaux pour mobiliser et informer. Des millions de sites ont été bloqués et la surveillance électronique s’est généralisée.

Plus de 40 journalistes sont actuellement emprisonnés, selon un rapport du Comité de protection des journalistes (CPJ, New York), un chiffre qui tranche avec celui des années Khatami, lorsqu’un seul journaliste (un de trop, quand même) se trouvait en prison en 2004. Et la répression risque de se durcir à l’approche du scrutin. Continuer la lecture

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Les ravages du narcototalitarisme

On se serait cru à l’opéra quelques minutes avant le lever de rideau, quand l’orchestre teste ses instruments. La salle bruissait de mille conversations, les techniciens toussotaient dans les micros, les interprètes piaillaient dans leurs cabines.

Mais on n’était pas à l’opéra. A l’entrée, des gardes sourcilleux vérifiaient scrupuleusement les badges. Des policiers en uniformes circulaient avec des chiens dans les couloirs. Un peu partout, des hommes au visage revêche, un écouteur à l’oreille, étaient sur le qui-vive, leurs costumes craquant sous des muscles hypervitaminés. Bienvenue à San José du Costa Rica, à la conférence de l’Unesco sur la liberté de la presse 2013. Avec «en tête d’affiche», les narcos et leur violence contre les journalistes latino-américains. Continuer la lecture

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L’info, un revolver sur la tempe

Le 8 avril dernier, un journaliste russe, Mikhail Beketov, est décédé dans un hôpital de Moscou. L’information est passée presque inaperçue. L’actualité internationale était dominée, ce jour-là, par les menaces matamoresques du président nord-coréen, les élections vénézuéliennes et l’affaire Cahuzac. Et pourtant, Mikhail Beketov incarnait lui aussi ce journalisme d’enquête et de dénonciation qui venait juste d’être consacré par Mediapart et par les révélations du Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ) sur l’évasion fiscale, l’Offshore Leaks. Continuer la lecture

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Vote massif du Parlement européen en faveur des libertés au Vietnam

Comme nous l’annoncions dans un précédent blog, le Parlement européen a voté massivement ce jeudi à Strasbourg en faveur d’une résolution demandant au Vietnam de libérer “immédiatement et sans conditions” les journalistes, blogueurs et dissidents emprisonnés et de respecter ses engagements internationaux en matière, tout particulièrement, de liberté d’expression. Les députés exigent également que Hanoï mettent fin à la persécution d’organisations religieuses comme l’Eglise bouddhiste unifiée du Vietnam ou l’Eglise catholique. Continuer la lecture

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La liberté d’expression au Vietnam, sous la loupe du Parlement européen

 Jeudi prochain lors de sa session plénière mensuelle à Strasbourg, le Parlement européen va aborder en urgence la situation des droits de l’Homme au Vietnam et, en particulier, la liberté d’expression. Une résolution y sera discutée à l’initiative, en effet, de six groupes politiques, de la gauche social-démocrate à la droite populiste.

Ce pays du Sud-est asiatique connaît un durcissement politique qui passe largement inaperçu en dehors de ses frontières. Non seulement parce que l’attention de la presse internationale se porte essentiellement sur des pays asiatiques à plus « haute valeur informative ajoutée », comme la Birmanie, la Chine ou aujourd’hui, la Corée du Nord. Mais aussi parce que le Vietnam se présente comme un « tigre économique », qui s’ouvre aux échanges et aux investissements avec le reste du monde et qui, dès lors, fait figure de pays « engagé sur la bonne voie de la transition et de la modernité ». Continuer la lecture

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