De Ross Perot à Donald Trump, chronique d’un naufrage annoncé

Baignée par les eaux du fleuve Illinois, la ville de Peoria, siège de Caterpillar, a été pendant des décennies le baromètre de l’Amérique. Will it play in Peoria? « Est-ce que ça va marcher à Peoria ?», s’interrogeaient les conseillers en communication politique avant de lancer leur nouveaux « produits » sur le marché américain.
Aujourd’hui, la région de Peoria n’est plus le résumé de l’Amérique moyenne. Même si elle est loin d’être un désert économique, elle appartient à la Rust Belt, la « ceinture de la rouille », terre d’industries manufacturières frappées de plein fouet par le basculement technologique et la globalisation. En novembre, certains des Etats de cette région, l’Illinois, l’Ohio, le Michigan, seront « à prendre » et c’est dans ces swing states, pivots de la campagne électorale, que les experts tentent de prédire l’impact du phénomène Trump. Continuer la lecture

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L’Amérique, otage de ses oligarques?

En 1969, le journaliste américain Joe McGinnis publiait un livre au titre choc, Comment on vend un président, qui allait connaître un succès phénoménal. Il y décrivait la « marchandisation » du candidat républicain Richard Nixon et mettait le doigt sur l’une des déformations les plus troublantes de la démocratie américaine. En 1998, Charles Lewis, fondateur du Centre pour l’intégrité publique, renchérissait avec L’Achat du Congrès, un livre qui dénonçait l’influence délétère des groupes d’intérêts sur les députés et les sénateurs.
Depuis lors, rien n’a vraiment changé. Pire, depuis une décision très controversée de la Cour suprême en 2010, les dépenses électorales directes ou indirectes ont explosé. En 2012, Barack Obama et son rival républicain Mitt Romney dépensèrent chacun plus d’un milliard de dollars pour leur campagne. Au 31 juillet de cette année, selon le Washington Post, Hillary Clinton avait déjà récolté 700 millions de dollars, tandis que Donald Trump, qui est milliardaire, en avait engrangé près de 350 millions. Continuer la lecture

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Etats-Unis: les néo-nazis en embuscade

Le Parti républicain a longtemps été un club de notables. Un monde d’hommes en costume bleu marine et de dames en robes discrètes. Une Amérique de fervents patriotes, aux convictions solides comme le granit du New Hampshire. Du moins, c’est l’image d’Epinal que le Grand Old Party (GOP) aimerait continuer à présenter à l’Amérique et au monde. Mais voilà, Donald Trump, avec ses mauvaises manières de bateleur et de rebouteux de la politique, est venu tout gâcher. Les rallyes républicains, naguère encore rendez-vous de gens convenables autour de cookies fondants et de ginger ale tiède, se sont transformés en meetings braillards et plébéiens.
Cette captation du GOP par des aventuriers était prévisible. Déjà, avec la nomination en 1964 du sénateur ultra-conservateur Barry Goldwater comme candidat à la présidence, le parti d’Abraham Lincoln et de Dwight Eisenhower s’était encanaillé. Quelques années plus tard, la mise en oeuvre d’une stratégie visant à ravir aux Démocrates la « tribu blanche » des Etats du Sud Profond attira des politiciens et des électeurs au profil inquiétant: nostalgiques de la ségrégation raciale, chrétiens fondamentalistes, intégristes du port d’armes, ayatollahs du laisser-faire. En 2008, l’irruption de Sarah Palin, candidate populiste à la vice-présidence aux côtés du conservateur traditionnel John McCain, et l’essor du Tea Party signifièrent le basculement massif des Républicains dans la politique de l’irrationnel et du ressentiment. Après cela, rien ne pouvait empêcher l’émergence d’un Donald Trump.
Plus gravement encore, cette mue du Parti républicain a réveillé des sentiments extrêmes, nativistes et xénophobes, qui se sont exprimés non seulement dans les attaques de Donald Trump contre les Mexicains et les musulmans, mais aussi dans une résurgence de l’antisémitisme. Continuer la lecture

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Les droits de l’homme pris au piège

En 1961, Amnesty International avait brisé les dogmes de la Guerre froide en défendant des prisonniers de conscience non seulement dans les pays communistes, mais aussi dans des régimes qui se réclamaient du « monde libre », comme l’Afrique du Sud de l’apartheid ou l’Espagne de Franco. La défense des droits humains s’inscrivait alors clairement dans la lutte progressiste. Elle était le pilier éthique et juridique d’un combat politique plus large pour la justice et la liberté.
La force de cette aspiration à plus d’humanité était telle que les amis des « bons dictateurs » s’en servaient pour affaiblir les « mauvais dictateurs ». Les communistes brandissaient les droits humains pour disqualifier Pinochet, tandis qu’une certaine droite, acoquinée avec le caudillo chilien, en usait pour accabler Castro.
Personne n’était dupe, mais les droits de l’homme, comme l’écrivent Justine Lacroix et Jean-Yves Pranchère dans Le Procès des droits de l’homme (Le Seuil, 2016), étaient devenus « la lingua franca mondiale, même si leur triomphe rhétorique était loin de se traduire par leur extension pratique ».
Aujourd’hui, le mouvement des droits humains est en proie aux doutes, même dans sa rhétorique. Une déconnexion semble s’être opérée avec le progressisme. En partie parce que les droits humains ont été détournés par les néo-conservateurs pour justifier la guerre en Irak de 2003, en partie aussi parce qu’ils ont été recyclés par des néo-libéraux pour accompagner la globalisation inégalitaire du monde. Le résultat en a été une exacerbation des hargnes, avec l’émergence du groupe Etat islamique, et une aggravation des frustrations, avec la montée des populismes et des nationalismes. Continuer la lecture

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Donald Trump, le caudillo d’une Amérique désemparée

« L’un des défauts des Etats-Unis, disait l’illustre diplomate George Kennan, c’est de penser que tout le monde veut devenir comme eux ». Et c’est sans doute avec cette idée en tête que le président Obama s’est rendu à La Havane en mars dernier. En pensant que la normalisation avec Cuba allait inévitablement propager le modèle américain dans le dernier réduit du communisme en Amérique latine.
C’est au contraire une forme très latino-américaine de la politique, le caudillisme, qui semble conquérir les Etats-Unis, comme l’écrit Omar Encarnacion dans la très sérieuse revue Foreign Affairs. Comment ne pas voir dans la morgue, la forfanterie, la tchatche de Donald Trump et même dans ses cheveux gominés, des relents de péronisme (Peron dirigea l’Argentine de 1943 à 1955) et de varguisme (du nom de l’ex-président brésilien Getulio Vargas), avatars sud-américains des fascismes européens? Continuer la lecture

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ONU: la bande des Dix a de nouveau frappé!

Actualisation samedi 28 mai ! La bande des 10 n’est plus qu’à 9. Dans un revirement incroyable et bienvenu, l’Afrique du Sud a revu hier le vote négatif qu’elle avait adopté jeudi, au sein du Comité des ONG de l’ONU, à l’encontre du Comité pour la protection des journalistes, qui demandait pour la 7ème fois son statut d’observateur aux Nations Unies. Le ministère sud-africain des Affaires étrangères a évoqué une “malentendu” et s’est référé à la complication des procédures pour justifier son premier vote.

En tout cas, l’Afrique du Sud se replace fermement dans le camp des “oui”. “Le CPJ accomplit un travail remarquable et impeccable dans le domaine de la promotion et de la protection des journalistes”, note le communiqué, qui se termine par un appel à voter “oui” lors de la prochaine session de l’ECOSOC, en juillet, au cours de laquelle la candidature du CPJ sera mise au vote parmi les 54 membres, dont la Belgique. La composition de l’ECOSOC est plus large que le Comité des ONG (19 membres) et dès lors plus représentative des Etats qui défendent officiellement la liberté de la presse.

Le rejet du CPJ avait provoqué jeudi et vendredi de très nombreuses réactions de la part des groupes de défense de la liberté de la presse, comme Reporters sans frontières, la Fédération européenne des journalistes ou encore Freedom House. Plusieurs gouvernements s’étaient aussi exprimés, dont les Etats-Unis par la voix de Samantha Power, ambassadrice à l’ONU. Interrogée sur ce vote de jeudi, Mme Power avait reconnu que “lire un rapport du CPJ n’était pas nécessairement la manière la plus agréable de passer une soirée”. Elle se référait aux critiques dont les Etats-Unis étaient parfois l’objet de la part du CPJ, mais elle insistait sur la nécessité pour les membres de l’ONU de respecter un de principes les plus fondamentaux, inscrits dans la Déclaration universelle des droits de l’homme.

Nous n’avons pas amendé le texte que nous avions publié vendredi et qui critiquait le gouvernement Zuma…

 

Jeudi, le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) (1) s’est vu une nouvelle fois refuser son accréditation à l’ONU. Dix des 19 Etats membres de la Commission des ONG ont tout simplement dit « non ». Ils ont évoqué des questions administratives dignes de Kafka pour camoufler ce qui est en réalité une profonde hostilité à l’encontre d’une organisation qui pourrait venir renforcer le camp des défenseurs des libertés au sein, notamment, du Conseil des Droits de l’Homme. Le CPJ a introduit sa demande en 2012 et bute depuis contre une coalition d’Etats communistes, « socialistes », islamiques ou nationalistes endurcis qui n’ont pas du tout envie que l’on “protège les journalistes”.
Les noms des « non » ne surprennent guère en effet. On y retrouve l’Azerbaïdjan, le Burundi, la Chine, Cuba, le Nicaragua, le Pakistan, la Russie, le Soudan, le Venezuela, mais aussi l’Afrique du sud du président Zuma, piètre héritier de Nelson Mandela, qui lui s’était battu pour la liberté de la presse.
Le CPJ a quand même reçu 6 voix pour: la Grèce, la Guinée, Israël, la Mauritanie, les Etats-Unis et l’Uruguay. L’Inde, l’Iran et la Turquie se sont abstenus. Cette décision ne reflète donc pas, comme certains le proclament ou l’insinuent, une fracture entre l’Occident et le reste du monde. Elle démontre que la candidature du CPJ a été appuyée par des gouvernements de gauche, comme la Grèce ou l’Uruguay, et de droite, comme Israel, au Nord comme au Sud. Certains de ces pays, d’ailleurs, n’ont pas été épargnés par le regard critique de l’organisation. Continuer la lecture

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Face à Erdogan, aveuglement et servitude volontaires

Les relations avec la Turquie donnent une idée de la confusion dans laquelle l’Union européenne se débat depuis des années. Qui peut comprendre la volonté de « relancer » le processus d’intégration, alors que le président Erdogan affirme clairement qu’il ne partage aucune des valeurs censées fonder le projet européen? Alors que les arrestations de journalistes se multiplient et qu’elles semblent orchestrées pour provoquer l’Union européenne et prouver le manque de principes de ses dirigeants?
En amenant l’Union à négocier dans la panique un accord migratoire bancal et, selon des ONG, illégal, Erdogan a brisé le miroir aux illusions européen. « Vos proclamations démocratiques, dit-il en substance à l’Europe, ne sont qu’une posture condamnée à se convertir en imposture sous la pression de vos peurs ou de vos intérêts ». Et c’est avec morgue qu’il assiste au spectacle de ces chefs d’Etat et de gouvernement qui s’affolent et de ces millions d’électeurs embrigadés par des partis populistes qui nient les « valeurs européennes » au nom de l’ « identité européenne ».
Mais si Erdogan a mis a nu le Vieux Continent, il s’est dévoilé totalement lui aussi, confirmant une trajectoire personnelle et politique qui n’a jamais dévié de son objectif ultime: l’instauration d’un régime « illibéral » d’inspiration musulmane en Turquie, revanche contre 90 ans de kémalisme et de laïcisme honnis.
Au début des années 2000, l’Europe a choisi l’aveuglement volontaire, engagée dans son projet irréfléchi d’élargissement, emportée par son dogmatisme économique ultra-libéral, cornaquée par le grand frère américain alors si proche d’Ankara. Mais si la droite libérale s’est trompée sur Erdogan, présenté comme un « démocrate musulman » comme il y a des « démocrates-chrétiens » belges ou allemands, une certaine gauche s’est elle aussi illusionnée. Au début des années 2000, elle a résumé la Turquie à Orhan Pamuk ou Elif Shafak, à cette brillante communauté libérale d’Istanbul, mille fois plus européenne que des millions d’Européens engoncés dans leurs nostalgies nationalistes, mais tellement minoritaire. Elle a joué sur la mauvaise conscience d’une partie de l’opinion européenne, en accusant de bigoterie chrétienne ou d’égoïsme social ceux qui exprimaient leurs doutes sur l’adhésion d’un « pays de 75 millions de musulmans ». Continuer la lecture

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Contre le terrorisme, l’oxygène du journalisme

Les médias sont « l’oxygène du terrorisme », disait Margaret Thatcher, dont la liberté de la presse n’était pas vraiment la tasse de thé. Ils sont aussi, n’en déplaise à dear Maggie, parmi les cibles préférées des tueurs. L’année dernière, selon le Comité de protection des journalistes, 40% des journalistes assassinés l’ont été par des terroristes islamistes qui ne supportaient pas l’oxygène du journalisme.
Le Prix de l’UNESCO pour la liberté de la presse, qui sera remis le 3 mai, journée mondiale de la liberté de la presse, est d’ailleurs dédié à une victime du terrorisme, Guillermo Cano, patron du grand quotidien libéral colombien El Espectador, froidement assassiné le 17 décembre 1986. Il tenait tête depuis des années aux cartels de la drogue et refusait que son pays ne s’enfonce dans l’indignité de la narcocratie. Deux sicaires à motocyclette l’exécutèrent, alors qu’il venait de quitter sa rédaction. Et trois ans plus tard, un camion piégé visa le siège du journal. « Ils ne réussiront pas à nous vaincre», déclara son directeur Alfonso Cano, au milieu des débris de verre et des gravats. Le lendemain, le quotidien était présent dans les kiosques, la « une » barrée d’un Seguimos Adelante (Nous continuons), splendide bras d’honneur adressé aux narcos.
Le terrorisme, qu’il soit d’extrême gauche ou d’extrême droite, politique ou mafieux, d’inspiration religieuse ou ethnique, a toujours déclaré la guerre au journalisme. Lors des « années de plomb » en Italie, des représentants de la « presse bourgeoise » furent victimes de la jambisation, technique barbare copiée de la mafia, visant à estropier la cible en lui tirant dans le genou. Dans l’Algérie des généraux lors des années 1990, plus de 70 journalistes furent assassinés, la plupart par des tueurs de groupes islamistes. Ils avaient le choix entre la valise ou le cercueil, « condamnés à devenir des acteurs du drame », comme l’écrivait en 1996 la journaliste algérienne Ghania Mouffok. En Espagne, l’ETA lui aussi s’en prit à la presse, allant jusqu’à assassiner en 2000 un vétéran de la lutte anti-franquiste, Jose Luis Lopez de Lacalle, chroniqueur du journal El Mundo. Continuer la lecture

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Procès Luxleaks: mettre la plume dans la plaie

L’ouverture du procès Luxleaks ce matin à Luxembourg concerne directement le journalisme. Non seulement parce que les lanceurs d’alerte sont devenus une des sources principales de la presse sur des sujets d’intérêt public. Mais aussi parce que l’une des personnes inculpées, Edouard Perrin, est journaliste et travaille pour l’agence française Premières Lignes qui produit le magazine d’enquête Cash Investigation.
A l’origine des premières révélations sur ce vaste dossier de montages fiscaux au Luxembourg, il est accusé de « complicité de vol domestique, violation du secret professionnel, violation de secrets d’affaires et blanchiment ». La justice luxembourgeoise, comme le notait Xavier Counasse ce matin dans Le Soir, va même plus loin, puisqu’elle lui reproche d’avoir « manipulé l’un des lanceurs d’alerte ». “Il est honteux que les autorités luxembourgeoises poursuivent un journaliste qui a agi entièrement dans l’intérêt public“, a estimé la Fédération européenne des journalistes.
La société à l’origine de ces plaintes, PricewaterhouseCoopers, risque gros dans cette affaire, car elle associe son nom à un combat contre des personnes qui, aux yeux de l’opinion publique mondiale lassée de la montée des inégalités et de l’ampleur de l’ingénierie fiscale, font figure de héros. Mais on imagine qu’elle a fait une évaluation comparative des risques d’atteinte à son image et que la « porosité » révélée par les fuites lui nuit davantage que sa vindicte contre des lanceurs d’alerte et un journaliste d’investigation.
Au sein du monde des affaires, pourtant, un certain nombre d’esprits plus éclairés estiment que le vent est en train de tourner. La succession de scandales, la dénonciation du poids excessif des lobbies au sein des institutions internationales et européennes, la fatigue devant l’accroissement grotesque des inégalités, rendent de plus en plus insupportable l’impunité totale dont ont joui les firmes impliquées aussi bien dans l’effondrement bancaire de 2008 que dans les montages financiers acrobatiques dévoilés encore récemment par les Panama Papers. Continuer la lecture

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Attentats: le droit de regard des “autres”

Depuis les attentats du 22 mars, la Belgique est à cran. Les critiques dont elle a fait l’objet dans la presse internationale ont été reçues avec irritation ou amertume. Et le réflexe, souvent, a été de les rejeter en incriminant la mauvaise foi, la perfidie et l’ignorance de leurs auteurs. Ou en rétorquant que leurs pays n’avaient -ou n’auraient- pas fait mieux.
Il est vrai que certains commentateurs étrangers ont plongé leur plume dans le fiel, que des caméras ont parfois cruellement filmé en plan rapproché la perplexité des autorités, que des envoyés spéciaux ont pratiqué un journalisme de meute à Molenbeek ou Schaerbeek. Il est vrai aussi que des journalistes de pays que l’on croyait voisins se sont trompés plus lourdement que s’ils avaient couvert des conflits pourris dans des pays oubliés du bout du monde. Et que d’autres se sont acharnés, comme s’ils avaient des comptes à régler avec un pays qu’apparemment ils méprisent.
Soit, mais ce serait ignorer les nombreux reportages sérieux, pondérés, qui ont tenté d’expliquer le plus honnêtement possible notre pays si complexe et parfois si complexé. Ce serait négliger, par exemple, les enquêtes du New York Times sur la rue Max Roos, le « gangster islam » ou la filière franco-belge, qui ont contribué à éclairer un dossier qui nous concerne tous. Ce serait faire fi également des innombrables témoignages de sympathie, comme nous avons pu le constater, la semaine dernière, au Festival international du journalisme de Pérouse. De nombreux collègues du monde entier sont venus nous trouver pour dire combien ils étaient « avec nous ». Comme nous avions été « avec eux », le 11 septembre 2001 à New York ou le 13 novembre 2015 à Paris. Continuer la lecture

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