Vu de Washington, Ben Ali ressemble à Trujillo, Diem et Noriega, des dictateurs devenus encombrants

Vu de Washington, Ben Ali ressemble à Trujillo, Diem et Noriega, des dictateurs devenus encombrants.
Une phrase résonne dans les bureaux et officines situés à l’intérieur du Beltway, la « petite ceinture » de Washington, où les stratèges et les experts évaluent la meilleure manière de protéger les intérêts américains au Maghreb, en particulier en Tunisie.
Cette phrase a été prononcée il y a 50 ans par John Kennedy, confronté à la crise en République dominicaine, un pays dominé depuis des décennies par Rafael Leonidas Trujillo, symbole de la satrapie latino-américaine (et le « héros » du livre de Mario Vargas Llosa, La fête au bouc).
« Il y a trois possibilités en ordre descendant de préférence, avait alors déclaré le président américain. Un régime démocratique décent, une continuation du régime de Trujillo ou un régime castriste. Nous devrions viser la première possibilité, mais nous ne pouvons réellement renoncer à la deuxième que si nous sommes sûrs de pouvoir éviter la troisième ».
En 1961, après avoir exigé le départ de Trujillo et reçu sa réponse (« moi, on ne me sortira que sur un brancard »), Kennedy laissa libre cours à la CIA. Des militaires dominicains organisèrent l’assassinat du « président à vie » le 30 mai 1961. La République dominicaine ne devint pas castriste certes mais elle ne se transforma pas non plus en une démocratie…Il faudra pour cela attendre les années 1980.
Est-ce le sort qui attend Ben Ali ? Les similitudes sont réelles entre les deux régimes : le niveau de corruption, la paranoïa et la dureté de la répression. Les alternatives sont elles aussi très tranchées : soit la démocratie, fondée sur une société civile opprimée mais bien formée, soit une instrumentalisation de la crise par l’islamisme radical.
Ces dernières années, les Etats-Unis ont pratiqué une politique fluctuante à l’égard du Palais de Carthage, écartelés entre, d’un côté, le souci de préserver la stabilité dans une zone à risques et de disposer de la coopération des services de sécurité tunisiens dans la lutte contre le terrorisme, et, de l’autre, la conviction au sein du département d’Etat, que seule une ouverture du régime et une démocratisation contrôlée pourraient garantir à terme la stabilité recherchée.
Les câbles diplomatiques révélés par Wikileaks ont démontré que Washington ne nourrissait aucune illusion sur la nature du régime, décrit comme une mafia brutale. A plusieurs reprises, également, les Etats-Unis ont entrepris des démarches à Tunis pour réclamer davantage de liberté, avec d’ailleurs souvent plus d’audace et de clarté que nombre de pays européens.
Si le clan Ben Ali dispose, dans sa bibliothèque, de bons livres d’histoire, il sait que les Etats-Unis peuvent lâcher leurs alliés lorsqu’ils deviennent trop encombrants, et parfois même participer à leur renversement, afin de mieux maîtriser les conditions du changement. Ce fut le cas avec Trujillo en 1961. Le même scénario fut actionné en 1963 contre Diem au Vietnam et contre Manuel Noriega à Panama à la fin des années 1980.
De nouveau, rien n’est fait mais rien n’est exclu non plus. Toutes les options sont sur la table, comme disent les stratèges qui préparent “de mauvais coups”. A suivre de très près.

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