Fareed Zakaria: attention au “modèle pakistanais” en Egypte

Les nervis du parti officiel et les policiers en civil ont passé le relais aux forces armées, note ce matin le Comité de protection des journalistes (CPJ, New York). Ce sont les militaires désormais qui arrêtent les journalistes et confisquent leurs équipements.

Les autorités, ajoutent l’association, ont également mis en place de « nouvelles entraves bureaucratiques » à l’encontre des journalistes qui couvrent les événements sur la Place Tahrir, au Caire.

Selon de nombreux témoignages, les militaires conservent les cartes de presse que leur présentent les journalistes étrangers et envoient ces derniers au Ministère de l’Information pour y obtenir des autorisations temporaires.

Par ailleurs, les soldats empêcheraient régulièrement les journalistes d’accéder à la place Tahrir.

Cette omniprésence de l’armée n’est pas de bon augure, écrivait lundi Fareed Zakaria. Chroniqueur réputé du Washington Post, Fareed Zakaria ne croit pas à ce stade au risque de débordement de la contestation par les Frères musulmans, qu’il qualifie pourtant de « rétrogrades et pernicieux ».

Pour l’auteur de L’avenir de la liberté (Odile Jacob, 2003), le livre de référence sur l’émergence des « démocraties illibérales », c’est-à-dire de régimes élus mais autoritaires, l’Egypte risquerait moins de devenir l’Iran ou la Turquie que le Pakistan, c’est-à-dire « une dictature militaire derrière une démocratie de façade ».

Fareed Zakaria constate que les militaires, dotés depuis les années 1950 d’un immense pouvoir politiques et économique, ont profité de la « Révolution du Nil » pour accroître leurs prérogatives et marginaliser les personnalités civiles, issues en particulier des milieux d’affaires, que Moubarak avait intégrées à partir de 2004 au sein de son gouvernement.

Certes, note l’essayiste, l’administration Obama a raison de tout faire pour permettre une transition en douceur. Les risques de chaos sont réels. Mais son avertissement est sans détours : « Si Washington est perçue comme négociant un arrangement qui laisserait une dictature militaire à la tête du pays, l’opposition au régime et aux Etats-Unis deviendra, au fil du temps, de plus en plus radicale, de plus en plus religieuse et de plus en plus violente. Et c’est alors que l’on pourra établir un parallèle avec les forces qui (en 1979) menèrent la Révolution en Iran ».

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