L’Occident aurait-il peur de la démocratie chez les autres?

Le paradoxe ne pourrait être plus frappant : les démocraties occidentales qui, dans les enceintes internationales, n’ont de cesse de proposer au reste du monde « leur » modèle politique, semblent aujourd’hui avoir peur de la démocratie chez les autres.

Hier, comme le clamaient l’Union européenne et les Etats-Unis, la démocratie était supposée résoudre tous les problèmes : sans elle, pas de développement ; fors d’elle, point de paix. Et c’est dans cet esprit qu’ils avaient largement accueilli le retour de la démocratie en Amérique latine ou son arrivée en Europe de l’Est.

La démocratisation du monde arabe ne semble pas susciter la même euphorie.

Aujourd’hui, l’angoisse et la contrariété semblent percer derrière les communiqués de circonstance saluant le courage des peuples tunisien et égyptien. Brusquement, les pays occidentaux s’inquiètent d’une « contagion démocratique » qu’ils avaient pourtant officiellement souhaitée. A les entendre, la démocratie ne serait qu’une Boite de Pandore d’où pourraient sortir la remise en cause de l’illusoire processus de paix au Proche-Orient, l’arrivée au pouvoir de l’islamisme aux portes de l’Europe et d’Israël et le risque de nouveaux sanctuaires pour des organisations extrémistes.

Certes, après les élections qui donnèrent le pouvoir au Hamas à Gaza, les chats échaudés craignent l’eau froide. Mais il est quand même choquant de se dire que la sécurité chez nous dépend de la persistance de la dictature chez les autres.

D’une certaine manière, il en va de la démocratie comme du « développement ». Celui-ci est célébré comme un objectif louable tant qu’il est « à atteindre » et qu’il ne se traduit pas par l’émergence de pays qui, à l’instar de la Chine ou du Brésil, se transforment en redoutables concurrents économiques et politiques.

Il est légitime et prudent de s’interroger sur l’impact des soulèvements démocratiques dans le monde arabe et même d’en signaler les risques de dérive. Mais il est surtout urgent pour l’Europe et les Etats-Unis d’imaginer des politiques intérieures et extérieures qui fassent de la démocratie et du développement « ailleurs » un motif de satisfaction plutôt qu’un sujet d’inquiétude « ici ».

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2 réponses à L’Occident aurait-il peur de la démocratie chez les autres?

  1. pifpaf dit :

    “Mais il est quand même choquant de se dire que la sécurité chez nous dépend de la persistance de la dictature chez les autres.”

    Ce n’est pas ce que nous disons.

    Les peuples de ces pays ne sont pas encore éduqués ni préparés à la démocratie.

    Les seuls groupes politiques ayant un embryon de structure sont les islamistes, qui rongent leur frein depuis des décennies. Ils ont eu le temps de s’organiser. Il est donc naturel que pour sortir du chaos post-dictature les électeurs choisissent la seule source de stabilité disponible: les religieux.

    Quand on voit comment ici même en Belgique les extrémistes flamands ont profité de toutes les libertés de la démocratie pour arriver à leur fins, il est justifié de craindre le pire pour ces pays.

  2. Phil dit :

    En tant que simple citoyen, je n’imaginais pas l’ampleur du caractère dictatorial et même mafieux des dirigeants Tunisiens et Égyptiens.

    Avec le recul, les discours lénifiants de nos politiques paraissent indécents pour la population tunisienne et pour ceux qui ici ont voté pour eux.
    Voici un exemple encore en ligne montrant un politicien Belge bien connu sur un site de propagande du couple Ceaucescu, pardon Ben-Ali & Trabelsi :

    http://www.philinfo.net/euro_tunisie.html

    Cynisme ou incompétence (ou les deux ?)

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