L’appui à Kadhafi déchire la gauche latino-américaine

L’Internationale socialiste (I.S.), déjà accusée d’avoir soutenu jusqu’à la dernière seconde les partis officiels de Tunisie et du Caire, a de nouveau du souci à se faire.

Un vent se révolte souffle sur la gauche latino-américaine et cette colère se porte en premier lieu contre le président du Nicaragua, Daniel Ortega, dont le parti –Le Front sandiniste de libération nationale – est membre effectif de l’I.S.  En cause: l’appui sans fard de Managua au colonel Kadhafi.

On aurait pu penser, en effet, que l’ancien « comandante » sandiniste aurait établi un parallèle entre le Néron de Tripoli et Anastazio Somoza, le dictateur héréditaire du Nicaragua, qui, lors de la révolution sandiniste de 1978-79 bombarda les villes rebelles de son propre pays, sans le moindre égard pour la population civile.

Non, Daniel Ortega, comme d’ailleurs Fidel Castro, ne voit dans les événements libyens qu’un complot ourdi par les puissances capitalistes occidentales pour s’emparer du pétrole. Pour lui, « il y a en Libye un peuple qui résiste aux côtés de Kadhafi ».

Combien de temps faudra-t-il cette fois-ci à l’Internationale socialiste pour suspendre le FSLN, un parti qui souille la réputation de tous ses membres ? Si les dirigeants socialistes européens lisaient le site de leur organisation, ils constateraient d’ailleurs une contradiction abyssale entre la position officielle de l’I.S. sur la Libye et celle du « parti-frère » nicaraguayen.

Le 21 février, en effet, l’I.S. a publié un communiqué condamnant les « attaques indiscriminées contre les civils en Libye ». « Les autorités libyennes ont choisi ouvertement et sans hésitation la voie de la destruction et du bain de sang», note l’I.S.

L’Internationale socialiste n’est pas la seule à être pointée du doigt en Amérique latine, où les éditoriaux indignés se multiplient sur les « amis de Kadhafi ».

Le soutien de Hugo Chavez au leader libyen a provoqué une vive réaction au sein de certains milieux de gauche. Les courriels qui nous parviennent de la région dénotent une réelle consternation et un écoeurement face à la caution accordée par des gouvernements « de gauche » à Kadhafi.

Au Venezuela, des intellectuels et militants liés à la gauche socialiste ont pris le contrepied du président bolivarien et appelé à la solidarité avec le peuple libyen dans sa lutte contre Kadhafi. Et le malaise se répand dans le nombreux milieux proches jusque-là du président vénézuélien.

Cet épisode tragique laissera des traces en Amérique latine, surtout si les informations les plus graves sur la répression en Libye se confirment. Un cycle pourrait alors se refermer : celui de l’instrumentalisation du progressisme et du nationalisme par des gouvernements autoritaires,  militaristes et prétendument tiers-mondistes.

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